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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Dim 21 Mar 2010 - 13:07

SAINT ETIENNE Claude a écrit:
pour cause de surcharge, Je prends le train un peu en retard. Jean, j'attends la suite avec impatience....

J'avais relaté ma rencontre d'une nuit d'hiver de 1977, hier ou avant-hier sur le site de "La Royale Forum", et... alors que je le relisais pour corriger les fautes de frappe, le récit a subitement disparu de l'écran. Mais je vais recommencer le plus rapidement possible. J'ajouterai le souvenir que j'ai gardé du fantôme de l'amiral Verninac-Saint-Maur, ministre - assez éphémère - de la Marine ; il était le neveu du peintre Eugène Delacroix et le petit-fils du Delacroix qui avait été ministre des Affaires étrangères juste avant que Talleyrand le devienne à son tour, à la fin de la Révolution.

A bientôt. Il me faut réchauffer un peu ma mémoire.
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Mer 24 Mar 2010 - 8:36

lettre du jour

Culture 16/03/2010 à 00h00
Palace ou musée, où va l’Hôtel de la marine ?
Par VINCENT NOCE Journaliste à «Libération»

Les nouvelles les plus alarmantes ont repris sur l’Hôtel de la marine, somptueux immeuble place de la Concorde qu’Hervé Morin cherche par tous les moyens à céder à un investisseur, Alexandre Allard, pour le transformer en palace. L’état-major doit vider les lieux en 2014. Ayant embauché un ex-ministre de la Culture, ami de Morin, Donnedieu de Vabres, Allard a déjà mis la main sur le Royal-Monceau, où il s’est illustré en organisant en préalable à la destruction de l’intérieur de l’hôtel une demolition party au cours de laquelle un millier de personnalités étaient invitées à tout casser dans les étages. Au moment où il entend redonner ses lettres de noblesse à l’identité nationale, le gouvernement ne pouvait trouver meilleur partenaire pour lui confier les clés d’un bâtiment constitutif de l’histoire de la nation !

La vente de l’Hôtel de la marine ayant été exclue, Morin voudrait le céder pour un bail emphytéotique (de 18 ans à 99 ans). Quitte à modifier la loi sur l’urbanisme, à la demande de l’investisseur, pour lui permettre de défiscaliser son bénéfice, et de faire garantir son emprunt bancaire par l’Etat. «Entre caprice et désinvolture», écrit l’historien de l’architecture Alexandre Gady (1), le patrimoine est «devenu une variable d’ajustement budgétaire». L’Etat a vendu une dizaine d’hôtels particuliers dans les quartiers anciens de Paris, dont celui du prince Roland Bonaparte, avenue d’Iéna, où s’ouvre d’ici à la fin de l’année un autre hôtel de luxe, le Shangri-La. On parle d’installer des paradores dans des monastères ou châteaux, comme en Espagne.

Ces initiatives ne sont pas scandaleuses, tant que le patrimoine est sauvegardé. L’Etat ne peut tout prendre en charge. Tout n’est pas muséifiable. Mais l’Hôtel de la marine ne constitue pas un patrimoine comme un autre. Il a toujours eu une fonction régalienne. Une pétition a ainsi recueilli plus de 1 500 signatures, demandant à «préserver son intégrité» en le gardant «au service de la nation». Comptant 553 pièces, sur près de 25 000 mètres carrés, ce palais est le pendant de l’hôtel de Crillon, rue Royale. Il avait été commandé par Louis XV à son architecte Ange-Jacques Gabriel pour accueillir les collections de la couronne. Bien avant le Louvre, il fut le premier musée parisien : des galeries étaient aménagées à la visite dès son ouverture, en 1774. La guillotine a tranché force têtes, dont celle de Louis XVI et de Marie-Antoinette, devant ses fenêtres. En 1836, Louis-Philippe assista du balcon à l’érection de l’obélisque. En 1848, l’acte d’abolition de l’esclavage fut signé dans ses murs.

«Il est tout entier et authentiquement l’histoire», écrit encore Gady. Il a conservé ses peintures, gravures et meubles depuis l’Ancien Régime, ainsi que le décor de ses galeries et salons, qui viennent d’être restaurés grâce à un mécénat de Bouygues, sous l’égide du ministère de la Culture. Même si Frédéric Mitterrand n’est sans doute pas très favorable à sa transformation en gîte pour milliardaires, il pointe une difficulté : qu’en faire ?

Or, un autre débat s’annonce sur le champ culturel, qui risque de perturber un autre projet présidentiel. Le ministre de la Culture envisagerait un chantier de prestige pour le musée de l’Histoire de France cher à Sarkozy. Le projet est porté par Jean-François Hébert, qui a su apaiser la communauté intellectuelle. Mais, à grand projet présidentiel,Mitterrand voudrait une grande installation. Il songe à l’île Séguin, dont l’aménagement est confié à Jean Nouvel (oui, le même qui a ruiné la muséographie du Quai-Branly), décidément grand maître de l’architecture officielle. Comment, dans un pays aussi centralisé, justifier un musée de l’Histoire à l’écart de la capitale, sans tenir compte des difficultés posées par ce site excentré et mal desservi ? Si l’on sort des calculs, de personnes et d’intérêts, la vérité est que l’Hôtel de la marine aurait toute la capacité et la légitimité historique pour l’accueillir. Sans compter que, en termes d’images, la multiplication des grands projets semble difficilement défendable, à l’heure des restrictions budgétaires. L’Hôtel de la marine peut constituer une première réponse à ce dilemme, qui, s’il n’y prend garde, pourrait placer le gouvernement dans une position difficilement tenable.

(1) Cf. le Mensuel «L’Estampille, l’objet d’art», de décembre 2009.
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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Mer 24 Mar 2010 - 17:42

J'espère que le fantôme sabre au clair va pourfendre ces "bienfaiteurs" qui de leur vivant ne valent rien pour les affaires de la marine, mais que voulez vous, ces "grands hommes" tiennent à la postérité
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Jeu 25 Mar 2010 - 13:06

En espérant que ce conte de fantôme maritime ne disparaîtra pas de l'écran, comme la première fois où j'avais mis ce récit blanc sur bleu.

Chacun sait qu'en hiver, à terre, la nuit tombe avant la fin des heures de travail et que les réverbères de l'éclairage urbain diffusent déjà leur lumière dans les rues alors que les bureaux du centre de Paris se vident de leurs occupants qui courent s'embarquer dans les divers moyens de transport. Un soir de la fin de 1977, ou du début de 1978 - je ne sais plus exactement - il ne restait à l'hôtel de la Marine que le personnel militaire de service, l'entourage du Chef d'état-major, le personnel des entreprises de nettoyage et quelques rares fonctionnaires dont les activités pouvaient enfin s'accomplir dans le calme revenu en début de soirée. Ainsi, pouvaient-ils étudier des dossiers difficiles ou confidentiels. J'étais donc resté après le dégager dans la grande maison de la rue Royale où peu à peu les lumières s'étaient éteintes. Il me restait à opérer une vérification dans une des salles situées au premier étage en arrière de la colonnade qui domine la place de la Concorde.
Pour m'y rendre, j'évitais d'éclairer mon parcours. Souci d'économie et désir de ne pas inquiéter la sécurité qui opérait elle-même ses rondes avec un éclairage portatif. Pour ma part, je connaissais parfaitement les lieux et je savais me diriger sans lumière.
En longeant une galerie, où se trouvaient quelques sièges adossés au mur, dont je connaissais le nombre et la place exacte, mon pied heurte - au niveau d'une chaise - un objet (ou une masse) élastique et mobile qui s'écarte de moi, sans bruit. Je pense d'abord que c'est un oubli des personnes chargées de l'entretien. Je m'apprête en me baissant à palper dans le noir de quoi il s'agit. Et, à ce moment, j'entends quelques mots dont le chuchotement me semble provenir du haut du dossier du siège qui dans l'obscurité reste invisible.
- " ... Trémentin du Panayoti... "
Je sursaute et, en me redressant, je dis à voix forte :
- " Qui est là ?"
- " Mon nom est Trémentin, pilote du Panayoti "
- "Qu'est-ce c'est que cette histoire ?"
- " Ne vous fâchez pas, Monsieur ! Monsieur Hyde de Nauville, le ministre de la Marine, m'a convoqué il a presque cent cinquante ans, au temps du roi Charles X. Je suis revenu ce soir en souvenir de mes camarades, héros du Panayoti, et de notre commandant l'enseigne de vaisseau Bisson qui a préféré faire exploser le bateau plutôt que de se rendre aux pirates."
Ces paroles, pour le moins inattendues, m'inquiètent et je fais alors mouvement pour m'approcher d'un interrupteur et d'un téléphone. Quel est l'intrus qui me débite cette histoire bizarre ? Première chose à faire, prévenir le maître de garde, seconde, si l'individu m'en laisse le temps, avertir l'Osem.
Lumière... Personne n'est là. J'inspecte les lieux. Rien. Ni sur le sol où aucun objet ne traîne, ni aux extrémités de la galerie dont les portes sont toujours fermées à clé.
Troublé, inquiet même, je poursuis mon chemin, non sans m'être plusieurs fois retourné pour regarder derrière moi. Mystère. J'achève ce que j'avais à faire et, de retour chez moi, m'empresse de rechercher une chronique du règne de Charles X. Voici ce que j'y trouve :
" M. Hyde de Neuville, ministre de la Marine et des Colonies, a voulu honorer les héros du Panayoti en offrant en l'honneur du seul survivant de cette petite unité un dîner de soixante-quinze couverts auquel ont assisté tous les officiers supérieurs de la Marine présents à Paris. Au dessert, M. de Neuvile a fait l'éloge des marins du Panayoti et félicité le quartier maître pilote Trémentin pour son intrépidité, son attachement au souvenir de son commandant et de ses malheureux camarades. Pour sa conduite sous le feu de l'adversaire, le ministre a promu Trémentin au grade d'enseigne de vaisseau et lui a remis, de la part de Sa Majesté le roi, une belle épée. Un peintre a reçu la commande d'un portrait de M. Trémentin qui ornera une salle de l'état-major et contribuera à y célébrer l'esprit de Devoir qui anime nos marins. "

On m'a depuis assuré que le portrait de Trémentin avait été transféré au musée de la Marine et qu'il est aujourd'hui au Palais de Chaillot. J'ignore si Trémentin retourne parfois à l'hôtel de la Marine et si quelqu'un d'autre que moi l'y a vu ou entendu.
J'ai fait d'autres mystérieuses rencontres dans ce vénérable édifice. Une des plus curieuses a été celle de M. Verninac-Saint-Maur dont je vous parlerai bientôt.
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Jeu 25 Mar 2010 - 17:07

Bisson, ce nom de bâtiment est il redevable d'un personnage de la marine? Et puis ce Trémentin du Panayoti pilote de son état? Que de recherches à faire quand j'aurai le temps. Merci pour tout ça
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Jeu 25 Mar 2010 - 19:51

Bonjour ami,

Je ne sais pas grand chose de Trémentin (Ma rencontre a été trop rapide et j'étais un peu choqué !), mais j'ai un peu plus d'éléments sur Bisson dont le portrait lithographié était encore rue Royale lorsque j'y étais en activité.
- Hipolythe BISSON né à Guéméné (Morbihan) le 5 février 1796 est mort en 1827 sur son bateau le "Panayoti" dont il avait pris le commandement en octobre de 1827. Peu après, malmené par une forte tempête, il avait été contraint de s'abriter à Stampalia. Là, des pirates ou, peut-être simplement, des brigands (dont on a dit que c'était des Grecs) l'attaquèrent à deux contre un. Malgré le courage de son équipage, le "Panayoti" allait céder sous la supériorité d'un adversaire trop nombreux, quand Bisson prit la décision de faire exploser son bateau plutôt que de le laisser capturer. Seul le pilote, Trémentin survécut. La mort de Bisson, le 5 novembre 1827, a prématurément mis fin à la carrière d'un officier qui était entré dans la Marine, sous Napoléon Ier, comme novice sur "l'Alerte" en 1809 ; il avait ensuite navigué à bord de "La Vedette" qui escortait des convois sur les côtes de Bretagne, auprès desquelles les Anglais s'approchaient un peu trop. Ses états de service lui permirent d'être admis, en septembre de 1811, à l'Ecole spéciale de Marine à bord du "Tourville" en rade de Brest. Le Premier Empire touchait à sa fin lorsqu'il fut nommé aspirant de 1ère classe (février 1815). Quatre mois plus tard, la bataille de Waterloo provoquait l'effondrement de Napoléon Ier.

A Paris, le ministre de la Marine, l'amiral Denis Decrès, duc de l'Empire, que Louis XVIII avait dû remplacer trois fois par des personnalités différentes entre le 1er avril 1814 et le retour de Napoléon de l'île d'Elbe, quittait une nouvelle fois l'hôtel de la Marine, où il ne devait plus revenir. La Marine impériale redevenait la Marine royale. Mais le nouveau ministre, le comte François de Jaucourt ne restait que deux mois et vingt-et-un jours rue Royale. Vers la fin de septembre le ministère voyait revenir François-Joseph Gratet du Bouchage qui n'avait été ministre de la Marine que quelques jours, à la fin du règne de Louis XVI. On a même raconté que la reine Marie-Antoinette s'était appuyée sur son bras pour aller se réfugier à l'Assemblée nationale le 10 août 1792.

C'est lorsque le vicomte du Bouchage est à nouveau ministre que, loin de sa Bretagne, Hipolyte Bisson est affecté aux Antilles, puis à Terre-Neuve à bord du "Huron". Ce marin dont les sentiments n'étaient peut-être pas très royalistes faisait campagne outre-mer. On le fit embarquer au début de 1818 à bord de "La Zélée" et le voilà parti pour l'océan Indien. Après deux ans de mer, il revient en Atlantique. "La Zélée" est envoyée en Guyane. Puis elle reçoit la mission d'empêcher la traite des noirs, revient sur les côtes du Sénégal, où, en septembre de 1819, notre aspirant de 23 ans participe à la prise d'un navire négrier la "Joséphine" qu'il est chargé de ramener à Saint-Louis du Sénégal.
Ce n'est qu'en mars de 1821 qu'il obtient sa promotion au grade d'enseigne de vaisseau. A la fin de l'année, il part une nouvelle fois pour le Sénégal où il embarque sur "La Messagère" pour revenir en métropole. Quelque temps aide de camp du commandant de la Marine à Lorient, il attend de pouvoir reprendre une vie de marin embarqué.

La mort du roi Louis XVIII, en 1824, laisse le nouveau souverain - Charles X - libre de donner à la Marine une place dont l'Angleterre aurait préféré qu'elle restât secondaire. Depuis, que M. du Bouchage avait quitté ses fonctions ministérielles en juin de 1817, trois ministres se sont succédé à la tête du Département de la Marine et des Colonies. Mais, Charles X voudrait que la France retrouve une place estimable et utile. Il voit dans la pacification de la Méditerranée orientale une occasion de reprise des activités opérationnelles que le commerce marseillais attend du Pouvoir.

Notre Bisson est désigné comme commandant en second de la goélette "Daphné" qui, au Levant, croise dans des eaux infestées de pirates. Revenu quelque temps dans les ports français, il est nommé à bord de "La Magicienne" en avril 1827, et reprend une nouvelle fois la mer pour gagner le Levant et ensuite l'Egypte où la Marine française a dès lors une base (on disait une station) ; en effet, un événement maritime d'importance s'est produit au second semestre de 1827. La Triple Alliance de l'Angleterre, de la France et de la Russie permet alors une opération concertée de leurs trois marines pour imposer l'autorité des Européens en Méditerranée. La bataille de Navarin - le 20 octobre 1827 - cause la destruction de la flotte turco-égyptienne et donne, en principe, le contrôle de la mer aux trois pays victorieux. Néanmoins, la tâche n'est pas facile car nombreux sont les forbans qui continuent d'écumer la Méditerranée et la mer Egée. C'est dans ce climat mêlé de puissance retrouvée et d'insécurité qu'au moment même de la victoire de Navarin, Bisson reçoit sa lettre de commandement du "Panayoti", bâtiment grec pris à des pirates.
Or, quelques jours plus tard, le 5 novembre, il se voit contraint de mettre fin à sa belle aventure ; elle avait commencée en Bretagne dix-huit ans plus tôt, alors que la France et l'Angleterre se combattaient sur mer. Il meurt au moment où leur alliance avec la Russie leur fixe des missions communes.
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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Ven 26 Mar 2010 - 7:39

Merci l'ami.
Respect à cet homme mort de toute évidence pour ses valeurs mises en adéquation avec ses responsabilités et son honneur de marin. Je connais assez bien la vie de ceux que je considère comme des grands marins alors que quelquefois leurs "exploits" sont moins brillants. Merci de l'avoir sorti ......

Au sujet du fantôme, celui de Duroy de Chaumareys hante t-il toujours les couloirs à la recherche de son honneur perdu.
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Ven 26 Mar 2010 - 11:03

Chers camarades de l'armée de mer,

Le fantôme de Duroy de Chaumareys n'ose pas hanter les coursives de la rue Royale. Mais j'ai rencontré quelqu'un qui avait vécu quelque temps sur " le radeau " et qui a laissé des notes (toujours inédites) à propos du commentaire d'un autre témoin (commentaire publié à l'époque). On n'a pas été très fiers dans les bureaux du ministère de cette triste aventure dont Géricault a donné une impressionnante et grandiose image. Le jeune Eugène Delacroix aurait posé dans l'atelier de son ami pour figurer l'un des rescapés. M. de Verninac-Saint-Maur devait en savoir assez sur ce sujet ; son oncle avait pu lui en parler, mais je n'ai plus d'occasions de rencontrer son ombre.
Cependant, je rechercherai, dans les notes que j'avais écrites après mes permanences et mes conversations nocturnes, si le souvenir de ce malheureux officier a laissé des traces dans mes papiers.
J'essaierai - avant - de décrypter les gribouillis au crayon que m'a laissé ce malheureux qui avait navigué sur la " Méduse ".
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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Mer 31 Mar 2010 - 22:00

Verninac de Saint-Maur, natif de Souillac (département du Lot) était de deux ans plus âgé que le Breton, Hypolythe Bisson, dont je vous ai donné les grandes lignes de l'assez courte vie, presque entièrement passée au service de la France (1809-1827). Elle s'acheva héroïquement alors qu'il n'avait encore que trente-et-un ans. Verninac vécut jusqu'à 79 ans. Avant de dire ce qui m'a permis de rencontrer son fantôme à l'hôtel de la Marine, je peux - dès aujourd'hui - vous dire que son existence ne fut pas malheureuse, bien qu'il fût témoin d'événements étonnants et même très graves.
Ainsi que Bisson, il a navigué en Méditerranée orientale, mais un peu plus tôt dans le déroulement du XIXe siècle. Lui-aussi, il a vécu des heures de combat, mais sans se trouver isolé devant un adversaire de force supérieure qui pût le contraindre à un destin tragique.
Curieux des cultures d'outre-mer, Verninac fit le projet d'une campagne de découverte d'un genre nouveau, que les nécessités budgétaires de 1838 ont empêché. La Marine opérait alors sa conversion à la propulsion à la vapeur. Il a été engagé dans cette rénovation pour laquelle, son expérience fut utile.
Il était entré dans la Marine comme novice sous Napoléon Ier et il la quittera sous Napoléon III, après avoir vécu la Restauration, la monarchie de Juillet et la Deuxième République. D'une famille d'artistes et d'hommes politiques, son destin aurait pu être plus brillant, si son ambition avait été plus vive. Néanmoins il a eu une vie extraordinaire.
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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Jeu 1 Avr 2010 - 7:50

Bien sur..... J'ai lu l'odyssée de l'obélisque, de son choix jusqu'à sa pose place de la concorde sous les yeux éberlués de Charles X se trouvant précisément dans l'immeuble cité en référence. Dans le poste plus haut, quand vous ameniez son nom associé à DELACROIX je n'avais pas réagi, mais maintenant je me souviens de ce grand monsieur, sur de lui, et surtout de la hâte ou il fallait modifier le tirant d'eau du chaland avec un temps compté à cause des crues attendues. Un travail d'ingénieur mené à bien dans toutes les étapes. Si je me souviens bien lors de son élévation sous le regard d'une foule intéressée il a été fait appel à un treuil à vapeur, premier cas connu de son utilisation.
Quand même fait capitaine de vaisseau puis préfet avant de devenir ambassadeur en Inde, mis en retraite à 44 ans il est devenu écrivain. Une vie bien remplie pour ce monsieur(j'ai lu wikipedia). Merci.
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Jeu 1 Avr 2010 - 13:46

L'érection de l'obélisque ne s'est pas opérée sous les yeux de S.M. le roi Charles X. Le peuple avait trouvé en juillet 1830 qu'il prenait de trop grandes libertés sur son dos et, en particulier, vis-à-vis de la presse. On lui avait indiqué que même Rambouillet était trop proche de Paris. M. Dumont-d'Urville les mit lui et M. son fils, duc d'Angoulême, dernier Amiral de France et dernier roi de France (dont le règne n'a duré que le temps de poser sa signature sur l'acte d'abdication) sur un bateau charter pour qu'ils retournent - en prenant l'air de la mer - en Angleterre.
Celui qui vit, en 1836, l'obélisque se dresser sur la place de la Concorde (comme s'il était encore à Louksor) était le roi des Français, Louis-Philippe Ier, ex-duc d'Orléans.
S.M. le peuple le mettra, lui aussi, sur un navire dont le cap sera encore l'Angleterre. C'est fou ce que les rois ont voyagé au XIXe siècle !!! Mais ce sera en 1848, après la révolution de février.
Et voilà comment notre cher Verninac se retrouvera quelques mois plus tard, au nom de la République, doté de grands pouvoirs en l'hôtel de la Marine.
Je cours voir ce qu'en dit l'encyclopédie. Je crains d'être conduit à lui parler la langue des fantômes. Il y a un mot de passe dans cette langue là ; qu'en ai-je donc fait ? A bientôt.
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Jeu 1 Avr 2010 - 14:01

Méa culpa, si ce n'est lui, c'est donc son frère......
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Mar 6 Avr 2010 - 23:16

Les sonneries des cloches de Pâques ont un peu effrayé mes amis fantômes, mais ils m'ont adressé un message pour annoncer leur prompt retour. M. Verninac m'a fait connaître que son accès aux fonctions de Sous-Secrétaire d'État à la Marine avait presque été l'effet du hasard et qu'il aurait bien voulu que M. Victor Schoelcher les conservât. Si le destin en a décidé ainsi - avec la complicité du gouvernement de la IIe République - c'est sans doute parce que l'on savait pouvoir compter sur sa loyauté.
Quant à son amour des beaux meubles, dont je vous ai peut-être trop hâtivement parlé, il ne faut pas lui donner plus d'importance que cela ne le mérite; Il faut bien admettre cependant que la sensibilité d'un marin de la première moitié du XIXe siècle à toutes les réalisations en bois n'avait rien d'exceptionnel.
Néanmoins, le goût pour les meubles d'acajou, si vif à la fin du XVIIIe siècle et au tout début du XIXe, nous venait plus d'Allemagne et d'Angleterre que des aspirations artistiques des créateurs français de mobilier. L'empereur Napoléon avait essayé - pendant la jeunesse de M. Verninac - d'interdire l'usage de ce bois exotique dont le transport mettait en péril la vie de nombreux marins auxquels les Anglais n'accordaient aucune faveur, bien au contraire ; la prise des cargaisons était d'un bon rapport. L'empereur ne voulait pas que les navires de la Marine impériale prennent le risque inutile d'affronter les forces navales de la Couronne britannique pour l'escorte de billes de bois. Déjà au temps du roi Louis XV, de nombreux marins étaient morts et des bateaux avaient été perdus pour le commerce des bois d'Amérique et des îles. Verninac n'avait jamais eu à servir sur les routes maritimes qui contribuaient à l'approvisionnement des bois précieux destinés aux ébénistes parisiens, mais il savait ce que ce commerce coûtait au pays.
Nous reviendrons sur cela lorsque je rejoindrai mes souvenirs de l'hôtel de la Marine. non non
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Mer 7 Avr 2010 - 8:40

Une approche peu conventionnelle que celle des bois exotiques, intéressant...
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Lun 12 Avr 2010 - 12:15

Un samedi, en fin d'après-midi, alors que le dernier groupe de visiteurs avait depuis un bon moment quitté l'hôtel de la Marine (Je vous précise que dans les années 1978-1990, les groupes culturels pouvaient en effet obtenir des visites guidées tous les samedis et dimanches), on avait attentivement vérifié que rien n'appelait une remise en ordre, que les volets étaient bien clos et que les lumières des grands lustres étaient éteintes. En retraversant l'un des salons, alors plongé dans la pénombre - le salon d'honneur exactement - j'ai aperçu comme une forme humaine, recroquevillée sur une des chaises estampillées Marcion, tout récemment restaurées (C'était donc en 1980 !), près de l'une des consoles de bois sculpté et doré de Jeanselme qui sont dans ce salon depuis le temps de Louis-Philippe, placées entre les fenêtres et symétriquement en face, de même que dans le salon suivant, désigné comme " salon des amiraux " depuis le règne de Napoléon III. Que s'était-il passé pour que quelqu'un soit resté là ? Comment se faisait-il que cette présence soit passée inaperçue lors de la fermeture des volets ?

Je m'approche donc et pose la main - assez fermement, je dois le reconnaître - sur ce qui m'avait paru l'épaule d'un homme apparemment endormi. Sous ma paume, je ressens un objet de contexture assez rigide dont le pourtour paraît garni d'une passementerie. " Mon garçon, que me voulez-vous ? " dit une voix mâle qui semble s'illusionner sur mon âge et ma fonction. A mon tour, je prends un voix grave et assurée pour questionner : " Comment avez-vous pu vous attarder ici après la visite ? "

- " Savez-vous qui je suis ? " interroge le visiteur imprévu qui semble jouer avec moi aux questions sans réponse. Je demande : " Auriez-vous eu un malaise qui vous a retenu dans ces pièces ? " A question posée, question renvoyée ! Entre temps, j'avais, tout de même, analysé la sensation qu'avait eue ma main sur l'épaule de mon interlocuteur et j'en avais conclu qu'il s'agissait d'une épaulette d'officier supérieur ou général d'une époque révolue. Étrange, n'est-pas ? - " Vous êtes bien aimable ", dit la voix quelque peu adoucie, " mais il n'en est rien... je viens m'assurer que certains souvenirs de mon époque sont toujours-là... J'y suis attaché et je ne voudrais pas que continue la dispersion d'un des plus remarquables ensembles mobiliers de Paris ; à travers lesquels l'époque présente peut se relier aux temps anciens. Et puisque vous restez là, à percer l'obscurité en vous interrogeant à mon sujet, je veux bien vous dire que j'ai été dans ces lieux au temps de vos arrière-grands-parents, voire de leurs parents." Et se redressant de son siège, l'étonnant personnage me prend la main et me conduit auprès d'une table-bureau, encore plus dans l'ombre que la place qu'il occupait avant, pour me dire d'un ton plus confidentiel quoique accentué d'autorité : " Je suis le contre-amiral Raymond, Jean-Baptiste Verninac de Saint-Maur, ministre de la Marine de la République de juillet à décembre 1848, puis député du Lot, département dont j'ai aussi été conseiller général de 1848 jusqu'au Second Empire. Ah ! peut-être vous intéressera-t-il de savoir que, après avoir quitté la rue Royale, j'ai été nommé Gouverneur des Établissements français de l'Inde ? - Mais assez causé. Vous avez à faire, moi aussi. Nous nous reverrons "

A peine ces paroles prononcées, le bruit des clés d'un personnel de la Sécurité s'est fait entendre. Un " crabe-chef " chargé de contrôler les différentes salles du bâtiment parcourt en silence la Galerie dorée. Je l'entend pénétrer dans le salon diplomatique ; il ferme les portes derrière lui, revient dans ma direction, traverse le Salon des amiraux ; la lueur de sa lampe portative balaie le salon où je me trouve et le voilà, bien qu'il me connaisse, aussi surpris de découvrir ma présence que je l'ai été, un moment plus tôt, d'entendre la voix de Verninac-Saint-Maur.
- " Ah ! Vous êtes là... Auriez-vous eu un malaise qui vous a retenu dans ces pièces ?" Il me semble avoir déjà entendu ces mots... Je réponds le plus calmement possible - "Non ! Vous êtes bien aimable... Juste une vérification à faire, je vais sortir d'ici avec vous."

Nous nous sommes retrouvés, M. Verninac et moi, quelques jours plus tard. Je vous raconterai cela. aurevoir
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Lun 12 Avr 2010 - 14:44

Attendons...
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Jeu 22 Avr 2010 - 21:54

Je suis bien désolé de ne pas être revenu plus tôt sur le forum, mais une affaire " tordue " m'en a empêché qui ne me laissera pas transcrire ce soir toute la note de ce j'avais inscrit après la seconde visite du très respectable fantôme de l'amiral Verninac de Saint-Maur. Il fut très bavard ; j'avais assez mal écrit le compte rendu de ce qu'il m'avait conté et la tâche de la transcription Rolling Eyes est bien plus longue que je l'avais prévue.

Donc, l'âme errante de ce marin - qui s'était retrouvé ministre de la Marine alors qu'il n'avait encore que le grade de capitaine de vaisseau - m'avait assuré qu'elle reviendrait m'entretenir. Elle s'était manifestée, comme je l'ai raconté le 12 avril, en fin d'après-midi d'un samedi de l'année 1980, dans le salon d'honneur de l'hôtel de la Marine. Avant de vous livrer les circonstances de notre seconde rencontre, je vous précise quelques détails de ce qui l'a précédée :

Il y avait jadis à l'hôtel de la Marine une " galerie " des portraits des ministres qui avaient porté la responsabilité du " bras armé " naval de l'État et qui, pendant une grande partie du XIXe siècle, avaient aussi en charge les Colonies, la Marine marchande et une partie de la diplomatie en pays lointains. Oh ! Il ne s'agissait pas de portraits précieux mais - depuis que la Marine était installée sur les bords de la Seine, au temps de la grande Révolution, jusqu'à celui de la Monarchie de Juillet, ces portraits étaient pour la plupart des reproductions lithographiques d'œuvres originales dont l'acquisition avait sans doute paru trop onéreuse à l'administration. Les cadres de ces portraits et ceux des effigies de quelques marins célèbres étaient en pitchpin, incrusté de filets de bois noir ; c'était modeste, d'un goût assez romantique et rappelait assez bien le style des ameublements des navires de notre nation, dont le luxe de bois exotiques, chers aux Anglais et aux Espagnols, avait été banni... comme la Royauté de 1792 à 1814.
Lorsque le ministère de la Marine avait été supprimé peu après la Seconde Guerre mondiale, un zèle administratif assez ridicule conduisit à mettre les portraits ministériels dans une cave. Les plus beaux furent mystérieusement retirés. Quelques-uns ont cependant récupérés par le musée de la Marine où ils font maintenant heureusement partie des collections. Les autres furent abandonnés aux mauvais effets de l'ambiance souterraine, au manque d'entretien, voire à la malveillance.
Dans ce lot de malheureux notables de jadis, relégués au monde de l'oubli, j'avais - à la demande d'un chef d'État-Major de la Marine, attentif à la protection de notre patrimoine, exhumé quelques ministres " déclassés ". Ainsi avais-je en mains le portrait d'un personnage dont je ne connaissais à peu près rien, sinon qu'il s'était fait remarquer par des opinions républicaines sous la Restauration et pendant la Monarchie de Juillet. J'entreprenais de rendre à son portrait - ou plus exactement au cadre de son portrait - une dignité que la poussière et l'humidité lui avaient fait perdre.
Alors que je tente d'effacer de mauvaises traces sur ce cadre, on m'adresse la parole depuis la porte de mon bureau.

La voix me paraît connue mais ne m'est cependant pas familière. Je pense : " Ce n'est sans doute pas quelqu'un avec qui j'ai l'habitude de travailler, ni qui a pris rendez-vous pour me rencontrer. Cet importun attendra que j'ai achevé ce que je fais pour que je traite avec lui de l'affaire qui l'amène ! " Sans me tourner dans sa direction, je dis du ton que l'on a souvent lorsque l'on n'est pas disponible : " Veuillez m'excuser, je suis occupé." et en mettant une intonation de plaisanterie dans la voix :
- " Je fais la toilette d'un personnage important !"
La réponse me vient aussitôt. - " C'est mon ami Jules Bastide."
A ces mots, je reconnais qui est dans mon dos. Sans doute possible, l'amiral Verninac de Saint-Maur. Il a été ministre de la Marine quelque temps après Jules Bastide. Son fantôme m'avait promis de revenir me voir. Il a tenu parole.
- " Pardonnez-moi, Amiral, je suis tout de suite à votre disposition ; vous m'aviez annoncé l'autre soir que nous nous retrouverions, cependant je ne m'attendais pas à une si rapide venue."
Comme si je ne lui avais rien dit, le visiteur parle et poursuit à propos du personnage dont je tiens le portrait:
- " Jules Bastide était un homme de convictions. Nous l'avons eu parmi nous quelques jours, disons mieux... quelques semaines, en juin-juillet de 1848... Savez-vous comment je lui ai succédé sur le fauteuil de Colbert ? " Je sens que nous sommes partis pour de grandes confidences. Je dépose le cadre et l'effigie de Jules Bastide pour inviter M. Verninac à s'asseoir dans le grand fauteuil gondole que je réserve aux personnes importantes qui osent venir jusqu'à mon petit bureau. Pour l'heure, ce siège est dans la pénombre. Je prends pour m'installer une assise plus modeste, une chaise qui a néanmoins pu servir à une des honorables personnes qui, depuis deux siècles, sont passées par cette maison où les anciens rodent comme chez eux.
- " Je vous en prie, racontez-moi cela !"
- "Eh bien, c'est tout simple, bien qu'un peu long à relater en détail. En février de 1848, M. Arago - soyons précis, M. François Arago - vint ici prendre la suite de M. Napoléon Lannes, qui avait hérité le titre de duc de Montebello. Le Département de la Marine et des Colonies avait été confié à cette personnalité, issue de la noblesse impériale par le roi Louis-Philippe.
Lorsque ce vieux souverain est parti de Paris, chassé par la révolution de février 1848... exit le duc de Montebello !
M. Arago prit presque aussitôt M. Victor Schoelcher comme Sous-secrétaire d'État car ce dernier lui avait, dans les premiers jours de mars, inspiré une décision lourde de conséquences : l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises.
Il faudrait que je vous donne tous les détails, mais on pourra éviter pour ce soir de les mentionner. Puis, M. Arago s'est vu confier le portefeuille de ministre de la Guerre, tout en assurant l'intérim du ministre de la Marine... qu'il avait été. Donc, il conserva - de fait - son autorité sur la Marine jusqu'au 11 mai où vint un nouveau ministre, l'amiral Casy, un méridional du Sud-Est, que l'amiral Ducampé de Rosamel - sur son lit de mort - avait recommandé à M. Arago.
Le vice-amiral Casy était attaché par le cœur à la Méditerranée et à la Provence. il avait cependant navigué en Atlantique au temps du roi Louis XVIII, alors qu'en association avec la marine anglaise nos bateaux pourchassaient les navires négriers ; ceux-ci continuaient à faire traverser l'Atlantique à des Africains destinés aux marchés des esclaves en Amérique et aux Îles. Puis il avait embarqué, de 1822 à 1827, sous les ordres de l'amiral de Rosamel. De là datait leur amitié ; Casy retourna ensuite en Méditerranée. Avant cela, Rosamel lui avait obtenu le grade de capitaine de frégate que ses états de service méritaient bien, mais qu'il n'aurait peut-être pas obtenu en 1827 sans la protection de son commandant. Celui-ci n'avait attendu que six ans pour atteindre ce grade ; il est vrai que c'était au temps de l'Empereur et que Rosamel avait essuyé maintes fois le feu des Anglais.
Sous Charles X, la Marine a repris un peu de vitalité. Notre cher capitaine de frégate Casy retrouve sa Méditerranée, assiste à la bataille de Navarin, participe à la campagne de Morée et à l'expédition d'Alger, à bord du " Trident " qui, depuis octobre 1827, porte la marque du commandant de la Division du Levant.
Sans doute avez-vous deviné quel était le contre-amiral dont la marque flottait alors au mât du "Trident" ? "
J'hésite à répondre, bien que je me doute déjà de ce que va m'apprendre M. Verninac.
- " Claude Charles Marie Ducampé de Rosamel, pardi !" poursuit-il, satisfait que je n'ai pas devancé sa révélation.
.... J'étais captivé par ce récit qui me faisait sentir combien, au temps de la marine à voile, les liens étaient forts entre ces hommes qui avaient navigué ensemble dans de si dures conditions, avaient été mêlés - côte à côte - à de sévères combats et avaient néanmoins gardé une énergie extraordinaire.
Pourtant, j'étais étonné que mon interlocuteur ne m'ait toujours pas appris comment il avait été appelé à diriger la Marine en 1848. Il m'avait prévenu que ce serait long ! Heureusement, il m'avait épargné " les détails ".

Je tâcherai de ne pas vous faire trop attendre la suite de son récit, mais fatigué de trop prendre de notes pendant cette longue conversation, mon écriture est devenue difficile à déchiffrer. Je vais faire de mon mieux pour vous retrouver bientôt.
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Sam 24 Avr 2010 - 18:01

Suite du récit de la visite que fit le fantôme du contre-amiral Verninac Saint-Maur, ancien ministre de la Marine, à l'auteur du précédent message, adressé à "La royale forum" le 24 avril 2010. Pour situer plus précisément l'auteur de ces lignes, il avait alors son bureau de travail entre le salon diplomatique de l'hôtel de la Marine et l'ancien bureau des ministres de la Marine qui avait été - jusqu'à la Révolution de 1789 - la chambre d'apparat de Lemoine de Crécy, Garde général du Garde-Meuble de la Couronne. C'est donc dans cette pièce qui - en dépit de quelques modifications - a gardé ses lambris et ses armoires à livres du XVIIIe siècle, que se situe la scène dont vous avez eu un commencement de relation dont la suite va vous être révélée dans les lignes suivantes.

M. Verninac venait donc de me parler longuement des circonstances qui avaient amené M. le vice-amiral Casy à succéder en mai de 1848 à M. François Arago dans les fonctions de ministre de la Marine. M. Arago avait espéré que M. Victor Schoelcher resterait rue Royale en tant que Sous-Secrétaire d'Etat à la Marine et aux Colonies ; or, par la volonté de ce dernier, le poste fut reconnu vacant et le capitaine de vaisseau Verninac se vit confier les responsabilités qu'avait reçues M. Schoelcher en mars 1848. Ces deux mois - comme on le sait - furent employés avec passion par M. Schoelcher pour faire non seulement décider l'abolition de l'esclavage mais pour établir aussi les divers textes qui rendraient applicable cette importante décision. L'amiral Casy avait renouvelé à M. Schoelcher la proposition qui lui avait été faite par M. Arago. Sans plus de succès ! Il avait tenté de le faire céder en rappelant que lui-même avait, sous la Restauration, agi contre la traite des Noirs ; or M. Schoelcher avait en vue la députation et désirait se consacrer au service de la République, au sein de l'Assemblée nationale. M. Verninac poursuit donc :
- "La République ne fut proclamée que le 4 mai 1848. Cela irritait une bonne partie de la population. on commençait à murmurer que la révolution de février n'avait servi à rien et que cela ne servait qu'à amener une Régence qui effacerait les acquis du soulèvement. Quelle autorité pourrait avoir une régente ? Je commençais à avoir des doutes sur le destin de ce régime qui n'osait pas dire son nom."
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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Sam 24 Avr 2010 - 18:11

Le texte précédent s'est enregistré tout seul (décidément les fantômes sont farceurs) et il y a un trait malencontreux sur une partie de la première ligne. Je serais reconnaissant si un esprit bienveillant voulait bien apporter la correction nécessaire sur les quatorze premiers mots... Transmettez mes remerciements à ce bienveillant correcteur, si vous le rencontrez.
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Jeu 13 Mai 2010 - 21:47

Miracle ! On a retrouvé la clef du bureau où le fantôme de l'amiral Verninac-Saint-Maur devait me retrouver pour me confier certains de ses souvenirs du temps où il eut d'importantes fonctions à l'hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris. Malheureusement tout le remue-ménage causé par la perte de cette clef a fait fuir le chat "Persan" dont la présence donnait confiance aux ombres dont les propos m'avaient entrouvert les portes du passé de l'hôtel de la Marine.

Si vous vous souvenez des propos que j'avais recueillis, l'amiral Verninac avait rappelé qu'en février 1848 M. François Arago était venu prendre les fonctions de ministre de la Marine et des Colonies, et que peu après - au début de mars - M. Victor Schoelcher avait été nommé sous-secrétaire d'État chargé de donner à la décision d'abolir l'esclavage dans les colonies françaises un effet précis, réglementaire et des conditions effectives d'application. L'amiral Casy avait ensuite succédé à M. Arago. La carrière de l'amiral Casy s'était déroulée dans les eaux de celle de l'amiral Ducampé de Rosamel ; en outre cet officier de grande valeur avait jadis participé à la répression de la traite des noirs.

M. Verninac avait été incité à expliquer comment il était lui-même devenu le successeur de M. Schoelcher ; toutefois, il avait dit que ce serait assez long à raconter en détail et il avait paru hésiter à revenir sur les premiers mois de 1848.
Bien que "Persan" ne soit pas revenu pour m'aider à rétablir l'ambiance confiante dans laquelle nous avions pris note de ce qu'avait dit l'amiral, je vais essayé d'opérer un retour lof pour lof sur février 1848. Cela nous écartera apparemment de problèmes maritimes et coloniaux, mais laissera sans doute du temps à "Persan" pour nous rejoindre.

Comme vous le savez, beaucoup de Parisiens et d'ouvriers malheureux s'étaient portés dans la dernière semaine de février 1848 à manifester contre le gouvernement du roi Louis-Philippe et l'avait contraint à s'enfuir. Peut-être les affaires auraient-elles pris une autre tournure si le fils aîné du roi, le duc d'Orléans, n'était pas mort accidentellement, si le duc d'Aumale, autre fils du roi, dont le talent militaire est assez connu, n'avait été en Algérie, si son frère le prince de Joinville - hostile à la politique du principal ministre de son père, Guizot, n'avait été lui aussi absent de Paris... Si, si, si... Vous connaissez le dit-on : C'est avec des si que l'on met Paris en bouteille.
Donc, le roi des Français, qui était monté sur le trône en juillet 1830 à la faveur de la révolution des Trois Glorieuses, avait été chassé par une autre révolution dont les causes étaient bien différentes de celles qui l'avaient porté au pouvoir. En 1830, des ordonnances malheureuses avaient porté atteinte à la liberté d'opinion et à la liberté de la Presse ; on était alors en été ; la chaleur de la saison avait favorisé l'explosion du mécontentement . En 1848, l'hiver était encore loin de céder la place au printemps, le peuple souffrait de la faim et reprochait à celui qui aurait dû être le père de son peuple de lui avoir manqué d'affection, pire de l'avoir trompé.
Après un court temps d'illusion où les ouvriers avaient cru trouver des gouvernants aptes à rendre rapidement leur sort moins misérable, ils avaient exigé - au dernier jour de février - qu'un ministre ait la charge précise de leur procurer du travail, cela ne s'était encore jamais vu en France. Le gouvernement provisoire qui avait vécu des heures affolantes où M. Arago avait, ainsi que M. Jules Bastide et plusieurs de leurs collègues, apporté un peu de raison, où M. de Lamartine - avec une séduisante perspicacité - avait pour souci majeur de rendre des structures à l'État, pensait organiser - au plus vite - des élections. La solution du double problème du chômage et de la faim paraissait nécessaire au Gouvernement provisoire mais y parvenir rapidement ne lui semblait accessible que par des expédients auxquels il faudrait bientôt renoncer. Logiquement, il fallait d'abord remettre l'Etat sur pied, éviter la transmission de la couronne à un enfant, le petit duc d'Orléans, et la régence à son oncle - le duc de Nemours -, sauver la possibilité de proclamer la République dès que des élections seraient possibles. Inspirés par Alphonse de Lamartine, chef du Gouvernement et ministre des Affaires étrangères, chacun des ministres provisoires savait que les puissances étrangères s'interrogeaient sur l'avenir de la France et envisageaient la façon de profiter de sa faiblesse.
Quant au peuple de Paris, il s'interrogeait bien naturellement et prioritairement sur sa nourriture du lendemain..
En perpétuels aller et retour entre l'hôtel de Ville, où siégeait le Gouvernement, l'hôtel de la Marine et celui des Affaires étrangères (alors situé sur le boulevard des Capucines), le ministre François Arago - très illustre savant, membre de l'académie des Sciences, de cœur généreux, désireux d'agir pour rétablir la République dans le respect des idéaux de 1789, mesurait combien grande était la distance entre les nécessités immédiates et les intérêts économiques. il était malaisé de classer ceux-ci selon leur importance réelle. Il voyait à la tête du Gouvernement, l'homme le plus pur, le plus fin, le plus éloquent, le plus courageux mais aussi le plus secret et si diplomate que l'on pouvait craindre des délais fâcheux dans la prise des plus graves décisions ou qu'on les aménage si habilement qu'elles perdent de leur efficacité.
Or, Arago en bon scientifique mesurait la valeur du temps et ne se faisait pas grande illusion sur certains accords politiques dont on pouvait prévoir qu'ils seraient rapidement mis en cause.

Comment ces difficiles équations allaient-elles se résoudre ? Dès que "Persan" sera de retour, je compte vous le dire et vous expliquer pourquoi l'amiral Casy a succédé si rapidement à M. Arago, pourquoi il n'a pas conservé ses fonctions de ministre, comment M. Jules Bastide lui a succédé... quelques jours et pourquoi enfin c'est le capitaine de vaisseau Verninac-Saint-Maur qui eut la succession de M. Bastide. A bientôt, si "Persan" ne tarde pas à revenir... aurevoir
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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Ven 14 Mai 2010 - 10:54

Que ceux qui seraient inquiets à propos de "Persan" se rassurent ; ce familier des fantômes de l'hôtel de la Marine est revenu. Peut-être avait-il vu passer une souris ?

Il me sera beaucoup plus facile de poursuivre le recueil de confidences des anciens de l'hôtel de la Marine maintenant qu'il a repris du service ; il a un don tout particulier pour retenir les "ombres errantes" et pour raviver leurs souvenirs.

Pour ce qui concerne l'amiral Verninac-Saint-Maur, Persan était parvenu à le mettre en confiance, car ses ronronnements felins lui rappelaient ceux des premières machines à vapeur des bateaux qu'il avait eus en Méditerranée. coucou
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Lun 9 Aoû 2010 - 20:35

Excusez Persan ; il a été malade et commence seulement à reprendre un peu de forces. Il n'a pas oublié le forum, mais les souvenirs de M. Verninac étaient si nombreux et les méninges de Persan si embrumées que le récit des événements vécus à Paris par ce ministre , durant la terrible révolution de 1848, paraissaient tellement cataclysmiques que le pauvre Persan en avait la tête qui lui tournait.

Donc, pour reprendre le récit en un point qui pourrait vous faciliter le retour sur cette histoire pleine de frémissements politiques et d'agitation révolutionnaire à laquelle la Marine s'est trouvée mêlée, le fantôme de M. Verninac-Saint-Maur s'était - si vous vous en souvenez - laissé aller à des confidences.
Cela était venu après qu'il avait été question du portrait de M. Jules Bastide, lui-même ministre de la Marine, assez accidentellement, du 29 juin au 16 juillet de 1848.
Comment M. Bastide avait-il reçu le poste de ministre de la Marine ? Il avait dû abandonner le portefeuille des Affaires étrangères, qui lui plaisait, pour prendre celui de la Marine et des Colonies parce que le vice-amiral Le Blanc l'avait refusé alors que le vice-amiral Casy, son éphémère titulaire (recommandé à M. François Arago par le défunt amiral Ducampé de Rosamel), troublé par une situation qui ne lui permettait pas d'agir dans la sérénité, venait lui-même d'y renoncer.
Le passage à l'hôtel de la Marine de l'amiral Joseph Grégoire Casy n'avait duré que quarante-sept jours ! Il y était arrivé une semaine après la proclamation de la République (4 mai) et avait vainement tenté de convaincre M. Victor Schoelcher de rester rue Royale où M. Arago l'avait retenu, à partir du 4 mars, comme sous-secrétaire d'État chargé des Colonies. M. François Arago et M. Schoelcher avaient habilement mené à bien le projet d'abolir l'esclavage. C'était en mai, déjà loin... et plus encore le paraissaient les journées révolutionnaires de février !
Or, le dimanche 23 avril qui était le dimanche de Pâques, M. Schoelcher avait tenté de se faire élire député à Paris et n'ayant pu obtenir le nombre de voix nécessaire, il s'était porté candidat aux Antilles lors des élections partielles qui avaient suivi. Son action avait permis que la Guadeloupe soit représentée par un député noir à l'Assemblée nationale. Lui y siégeait en tant que député de La Martinique, tandis que M. Arago assumait depuis le 9 mai la présidence de la Commission exécutive de la République française exécutif qui tenait en quelque sorte lieu de " Directoire " à la France.
Un mois après sa prise de fonctions, l'amiral Casy et M. Arago ayant renoncé à convaincre M. Schoelcher de rester à la Marine et la presse d'opinion prenant un développement incroyable, précurseur de désordres que l'Assemblée paraissait incapable de pacifier, il parut nécessaire de porter aide à l'amiral Casy. Celui-ci, ayant été élu député du Var, ne pouvait dans une période aussi incertaine conduire son administration, tout en siégeant à l'assemblée.
C'est ainsi que le capitaine de vaisseau Raymond-Jean-Baptiste Verninac-Saint-Maur avait été appelé aux fonctions de sous-secrétaire d'État. Certes, son passé de marin était de nature à inspirer confiance à l'armée de Mer ; mais il n'était pas tout à fait étranger à l'univers politique et à la tradition républicaine.

Nous pourrons voir cela prochainement tout en lui faisant raconter l'évolution des événements du second semestre de 1848. aurevoir
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Mar 10 Aoû 2010 - 13:46

Avant tout je souhaite une bonne santé à PERSAN pour qu'il continue, pour notre plus grand intérêt d'ailleurs, à narrer ses entretiens avec cette figure d'outre tombe de M. Verninac
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: M. Verninac-Saint-Maur pendant la Révolution de 1848 Mar 17 Aoû 2010 - 1:02

J'ai omis de vous dire que parmi les services de la Marine établis rue Royale se trouvait jadis celui qui dirigeait l'administration des bagnes ; cela datait du temps des galères et avait perduré au XIXe siècle. Ce fut un cauchemar pour M. Verninac et cela rendit son séjour à l'hôtel de la Marine, en tant que ministre, moralement pénible... très pénible. Nous allons découvrir cela, si son fantôme accepte de livrer certains souvenirs douloureux du temps où il fut investi de l'autorité directrice au Départemnt de la Marine et des Colonies.
Vous savez par mes messages précédents que les mois troublés de l'année 1848 avaient vu se succéder divers personnalités dans les murs du ministère de la Marine ; or, les événements avaient de plus en plus creusé un fossé entre l'Assemblée nationale élue le dimanche de Pâques et la population parisienne, entre la France conservatrice - encore très liée au monde rural - et la France des ouvriers des grandes villes, souvent privés de travail et généralement d'autant plus mal payés que le revenu financier des entreprises avait fortement baissé. La Monarchie de Juillet qui n'avait pas su mettre à profit le temps de prospérité des premières années du règne de Louis-Philippe, s'était heurtée au problème d'une situation sociale progressivement dégradée. Peut-être le duc d'Orléans, héritier du trône, aurait pu l'améliorer s'il n'était pas mort accidentellement... et si son père avait accepté de suivre ses conseils. Le nouveau régime politique, établi à la fin de l'hiver, après les journées révolutionnaires et anarchiques qui avaient provoqué l'exil du roi, n'était pas assez solide, ni préparé à la tâche qui lui incombait.
A plusieurs reprises on avait cru reprendre la situation en main ; Alphonse de Lamartine avait peu à peu perdu de son prestige, François Arago de même et si la Fête de la Fraternité avait été le 20 avril, une semaine avant les élections législatives du 27 avril, un jour plein d'espérance, on ne pouvait plus avoir trop d'illusions après la proclamation du résultat des élections, bien qu'il parut que l'Assemblée en majorité républicaine aurait une faculté d'écoute des milieux populaires. Ceux-ci étaient de plus en plus portés à l'exaspération. Lyon, Rouen, Limoges étaient en insurrection. Arago dont les sentiments profonds étaient favorables au peuple présidait depuis le 9 mai la Commission exécutive de la République française ; cependant, la gravité de l'heure incite, huit jours plus tard, à désigner le général Cavaignac comme ministre de la Guerre.
Le 15 mai avait en effet été singulièrement troublé. Dès 10 heures du matin, une foule importante (40 000 à 100 000 manifestants suivant les estimations) s'était réunie place de la Bastille et avait suivi les boulevards jusqu'à la place de la Concorde. Il avait été convenu qu'elle ne pourrait accéder à l'Assemblée nationale et s'arrêterait devant un cordon de troupes au pont de la Concorde. Or, le barrage qui devait sur le pont l'empêcher de franchir la Seine, a été levé sans que l'on ait su par quel ordre... Les manifestants, ne rencontrent alors aucune opposition, ils s'avancent, envahissent le Palais-Bourbon, entrent dans la salle des séances, sous les yeux effarés des députés parmi lesquels siège Tocqueville. Une proclamation insurrectionnelle est lancée de la tribune de l'Assemblée, tandis que les forces de l'ordre se ressaisissent et procèdent assez rapidement à des centaines d'arrestations.
On peut alors croire que la paix civile sera maintenue. Des élections partielles peuvent s'organiser. Au ministère de la Marine, l'amiral Casy, ministre depuis le 11 mai, s'inquiète néanmoins de l'apparente incapacité de l'Assemblée nationale à rétablir un exécutif fort, apte à maintenir l'ordre. Il se prépare donc à occuper à temps plein son siège de député, au lieu de rester à la tête de la Marine où son action lui paraît moins immédiatement nécessaire qu'au Parlement. Dès le 6 juin, on désigne le capitaine de vaisseau Verninac-Saint-Maur comme sous-secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies.
Mais voilà que les craintes se vérifient. Le 23 juin des barricades s'élèvent dans les rues de Paris. Les omnibus ne peuvent plus assurer les transports publics dans la capitale. Ceux des employés du ministère de la Marine qui ont pu se rendre à leur travail voient ces omnibus se grouper bloqués sur la proche place de la Madeleine. La Garde nationale rejoint ses postes de service. Le lendemain - 24 juin - au point du jour, on entend tonner les canons ; des Gardes nationaux se croient trahis par la Commission exécutive. L'Assemblée vote la mise en état de siège et concentre les pouvoirs entre les mains du ministre de la Guerre, le général Cavaignac.
A l'hôtel de la Marine, le sous-secrétaire d'État Verninac reçoit, le 27, notification du décret qui vient d'être adopté de transporter aux Colonies les insurgés qui ont été arrêtés ; des instructions lui sont données d'en faciliter l'exécution. Situation fort désagréable à laquelle il ne peut se dérober, d'autant moins que le vice-amiral Casy maintient son intention de quitter les fonctions de ministre de la Marine. Et voilà que le portefeuille ministériel est proposé au vice-amiral Jean Le Blanc et que celui-ci le refuse.
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PERSAN




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MessageSujet: Re: Marine Paris - rue Royale Mar 17 Aoû 2010 - 10:03

Il est bien matinal notre ami Persan !

Tu sortais d'un entretient avec M. Verninac ?

Cool
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