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B.A.N Karouba Bizerte Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
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MessageSujet: B.A.N Karouba Bizerte Dim 19 Aoû 2012 - 21:57

La Base Aéronavale de KAROUBA---Bizerte---Tunisie



De mon Enfance, à Bizerte, je me souviens aussi de tous ces "Avions" qui survolaient "Ma Ville".
J'admirais particulièrement les "CORSAIRS". Leur "bruit, le son caractéristique" de leur moteur; j'aimais aussi beaucoup leur
"Look". Il y avait également des "Aquilons" à la B.A.N.
Les "Mistrals" et "Vampires" de l'Armée de l'Air Basés à Sidi-Hamed.

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MessageSujet: Re: B.A.N Karouba Bizerte Mer 29 Aoû 2012 - 23:25







LA BASE AERONAVALE DE KAROUBA


Au préalable, en préambule, il serait utile, peut-être, de préciser ce qu'est une Base Aéronavale. .. Ou autre base similaire, Aérienne (Sidi-Ahmed), Navale (La Pêcherie).

Une base aéronavale est un support logistique pour aéronefs de passage, en stationnementprolongé ou affectés.
Ces aéronefs, du type "Marine" , chasseurs, bombardiers légers, torpilleurs, gros porteurs, patrouilleurs de haute mer, hélicoptères ou avions de liaison, groupés en nombre de 15 à 20 unités , forment ce que l'on appelle aujourd'hui une flottille et doivent, pour œuvrer, trouver sur cette base, tout ce qui leur est nécessaire pour accomplir les missions aériennes assignées en haut lieu .

Cette base doit se comporter, si l'on veut imager son fonctionnement très grossièrement, comme un hôtel 5 étoiles vis a vis des clients qui le fréquentent ; tout l'hôtel est à leur service et ils doivent pouvoir obtenir tout ce qu'ils désirent dans un confort agréable. C'est cela même, une base logistique. .. Encore une fois. .. Très schématisé, bien sûr...

Une base doit disposer de tout cet ensemble de structures, de services et personnel qualifié qui permet de répondre à ce besoin.
Elle est commandée par un Officier de Marine Supérieur, un Capitaine de Vaisseau, que l'on surnomme le "Pacha".
Il a sous ses ordres, un Etat-Major qui gère le fonctionnement de cette base. Cet état-major et les différentes responsabilités qui lui sont assignées, sont résumés ainsi :  

Un Commandant en Second (CSD) qui supplée le "Pacha" en son absence. Hors cette fonction, il gère l’infrastructure de la base, les énergies, le réseau téléphonique, les pistes, l'espace clôture, avec 1'appui des Travaux Maritimes. Il décide de toutes les manifestations internes, cérémonies. Il est, en outre, le représentant envers le monde extérieur : la presse, les édiles locaux.

Le Chef du Service "Operations aériennes" (CSO). Son domaine est la tour de contrôle. Il assure et contrôle le trafic aérien local, règle le déroulement des missions aériennes des flottilles, surveille ou fait surveiller en permanence la zone aérienne locale (intrusion, ...).

Le Chef des Services Techniques (CST) qui coiffe 5 groupes :

— le groupe aéronautique chargé de l'entretien des aéronefs (moteurs, équipement, cellules,contrôles),
— le groupe industriel charge des travaux industriels, de l'entretien du parc automobile, de la centrale électrique autonome, du réseau électrique, éventuellement des points d'eau,
— le service de l’approvisionnement aéronaval en matériels, appareils, composants carburants et munitions.
_ le service électronique chargé de toute l’électronique et informatique (base, aéronefs , confort du personnel et métrologie).

— le service instruction charge de l'utilisation et entretien de tous les appareils et "trainers" pour la formation au sol du personnel volant.

Le Chef des Services Généraux (CSG), responsable du bon fonctionnement de la baseen général, mais en particulier, de l'hébergement de tout le personnel militaire, base et flottilles, du service commissariat et de la solde, de l'intendance et services qui s'yrapportent : cuisines, cafeterias, salles de détente, de loisirs, du service postal, du service des sports et ses dépendances, du service "manœuvre" pour les sauvetages en mer et bien d'autres services annexes comme l'aumônerie, sans oublier le service de santé dirige par un médecin—chef responsable du bon fonctionnement continu des deux infirmeries — base etpersonnel volant.

Le Chef du Service Intérieur (CSI), comme son nom l‘indique, est responsable de la protection de la base, de sa sécurité, de la police interne, de la protection particulière des lieux dangereux. Il chapeaute la Gendarmerie Maritime, la douane et les pompiers.

Il est clair que tout ceci n'est pas une simple affaire ; il s'agit d'une ville et que pour faire fonctionner tout cela, au service des flottilles, il faut du personnel.

L'effectif d'une base peut atteindre et dépasser 1.000 personnes. 600 pour les petites bases et beaucoup plus pour les grandes bases principales comme Lorient (Lann-Bihoué) par exemple.
A cela, il faut ajouter les effectifs des flottilles et celui du personnel civil des services techniques et travaux maritimes.

Quant aux flottilles, leur quartier de résidence est le "hangar". Une flottille par hangar. Si vous recevez quatre flottilles, il vous faut quatre hangars plus un autre pour les servicestechniques de la base.

Un hangar est une structure à la mesure des aéronefs qu‘il doit contenir ; réalisé  aujourd'hui en béton armé, ses dimensions sont imposantes. Une bonne moyenne pour une flottille de chasseurs est de 20 m de hauteur, 60 m de longueur et 50 m de profondeur.
Le personnel ayant besoin de locaux, de chaque cote du hangar  quand cela est possible — des constructions en "dur" sont érigées sous la forme d'appentis. 50 m de locaux d'un cote, 50 m de l'autre, 60 m de locaux au fond du hangar, avec étage le plus souvent. Tout cela pour permettre au personnel d'œuvrer normalement, chacun dans sa profession aéronautique, administrative.

La flottille  est structurée suivant le même organigramme qu'une base mais avec un effectif limite. L’effectif normal est de 200 a 250 militaires, pilotes compris. Toutes les fonctions sont représentées et reparties dans tous ces locaux attenant au hangar sauf : l'hébergement, les carrés et autres locaux de détente qui sont groupés dans le centre vie de la base sous la responsabilité des services généraux.

Une flottille est commandée par un  Officier de Marine Supérieur mais pilote obligatoirement, cela va de soi. Bien d'autres chefs de service sont aussi pilotes en exercice.

Sur 18 aéronefs qui constituent la flottille, 12 doivent être toujours en état de vol, 2 a 4 sont en immobilisation dans le hangar pour visite périodique et 2 en réserve.

La flottille perçoit son propre budget de fonctionnement annuel, ainsi que les allocations annuelles en carburant et munitions. Elle maintient en l'état, le matériel volant et logistique.
Un aéronef vole en moyenne 2 à 3 heures par journée de 24 heures et, pour son maintien en état de vol, 4 degrés d'entretien sont normalisés.

Les deux premiers degrés sont effectues par la flottille elle—même, ce qui est logique car elle doit se prendre en charge totalement si besoin est, en mission à l'extérieur. Elle possède les moyens et le personnel nécessaire.

• Le premier degré (Vl) est effectue après 75 heures de vol, appelé aussi visite mensuelle. L'aéronef est immobilise 24 heures... ou 48 heures pour un contrôle prévu par une "checklist".
• Le deuxième degré (V2) est effectué après 150 heures de vol, appelé visite trimestrielle.
L’immobilisation dure deux à trois jours en hangar. Les contrôles sont plus poussés, plus complets.

Le troisième degré (V3) ou visite semestrielle, est réalisé après 300 heures de vol. C'est la première grande visite de l'appareil.
Elle s'effectue hors de la flottille mais sur la base même, par le personnel des services techniques (Groupe Aéronautique) dans son hangar agencé pour cela avec des moyens importants.
La durée de la "V3" est de 2 semaines lorsque l'appareil est neuf. Tous les équipements de bord, y compris le ou les moteurs, sont déposés et adressés en ateliers spécialisés pour une vérification, réparation éventuelle et mise aux normes de fonctionnement. La cellule est contrôlée minutieusement pour une recherche de criques, corrosion ou fuites de liquide.

Avec le vieillissement de l'aéronef, après six a huit ans, la durée des "V3" augmente pour atteindre trois, voire quatre semaines avec des travaux supplémentaires sur la cellule : tuyauteries, corrosions, criques, fuites et peinture générale.

Pour effectuer ces travaux spécifiques, le groupe "Aéro" emploie du personnel militaire et civil, de qualification spéciale "Aéro".
Toutes les spécialités sont effectives, œuvrant chacune dans leur environnement ou atelier qui lui est propre.

L'effectif civil d'une base de l'importance de celle de Karouba, base principale, avant 1961, se chiffrait autour de 250 — ouvriers d'Etat, administratifs et cadres compris. (80 à100 pour le groupe Aéro, 120 à 150 pour le groupe moteurs et industriel, et 4 a 5 pour lesTravaux Maritimes).

• Enfin, le quatrième degré (V4) qui s'effectue, pour tous les aéronefs de l'aéronautique, dans une base atelier, unique pour toute la France et Outre—Mer. La base aéronavale atelierde Cuers-Pierrefeu, dans le Var.
Cette visite complète n'a lieu qu'une fois ou deux dans la vie de l'appareil qui est de l'ordre de vingt années. (Seul le chasseur "Etendard" de la Société Marcel Dassault a tenu 30 années).

L'appareil est vide de tous ses composants et équipements. Tout est adresse aux ateliers pour une mise en état d'origine. La cellule est décapée, contrôlée aux rayons et repeinte.
Les grosses modifications sont faites à cette occasion. La durée de l'immobilisation del'avion est de 6 mois.

Voila pour la présentation d'une base logistique….à une certaine époque.

Ceci dit, revenons a notre base aéronavale de Karouba. Elle est née, des ambitions françaises à Bizerte.

Construite au bord de la mer pour recevoir, à l'époque, les quelques hydravions de l'aéronavale, elle s'est transformée depuis pour recevoir, comme toutes les autres, des flottilles d'aéronefs en constante évolution.

Cependant, deux particularités importantes la différencient du schéma présenté :

1/ - L'effectif militaire "base" est plus réduit en raison de certaines charges en moins. La tour de contrôle, les pistes et leur entretien étant assumés par Sidi—Ahmed.

2/ — Le groupe aéronautique des services techniques, effectuant les "V3" des aéronefs, assure en plus, les "V4" des moteurs aéronefs de toute l'aéronavale et ce, depuis 1939 environ.

Plus de 100 moteurs sortaient entièrement révisés, retapés neuf, chaque année.

Apres 1962, cet atelier a été transféré a la B.A.N. atelier de Cuers—Pierrefeu, comme il a été dit, avec les mêmes charges.

L'effectif de la base, en 1960, se résumait ainsi : environ 600 personnes pour la base, 950 pour les trois flottilles et escadrilles stationnées, et 250 civils, soit : 1.800 personnes.



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MessageSujet: Re: B.A.N Karouba Bizerte Sam 15 Sep 2012 - 22:07






BASE AERONAVALE DE KAROUBA

Liste des aéronefs en affectation de longue durée

De 1916 à 1925 :

Hydravions légers
• D.D. Lorraine de 100 CV
• FBA de 100 CV
• PBA de 150 CV
• Donnet—Denhaut de 150 CV
• Donnet—Denhaut de 200 CV
• Tellier de 200 CV
• Tellier de 200 CV avec canon
• Georges Lévy de 280 CV

De 1926 à 1936 :

Hydravions légers
• Escadrilles 4FB - 4B1 - 4B2 - 4Rl équipés de :
• Farman 65 Goliath
• CAMS 37A

De 1936 à 1939:

Hydravions légers
• Escadrille 4B1 :  Latécoère 298
• Escadrille 4S1 :  CAMS 55 - Léo 258
• Escadrille 4S2 :  Breguet Bizerte
• Escadrille 4E2 :  Breguet Bizerte
• Escadrille 4E3 :  Breguet Bizerte
• Escadrille 4E7 :  Loire 70
• Escadrille SES :  FBA 17 — CAMS 37A - CAMS 55 — MS230
• Hanriot 185 - Caudron 635 Simoun

De 1944 a 1951
 Hydravions à coque
• Flottille 9F :  Dornier DO24 Allemand

Avions à roues
• Escadrille SES :  Siebel NC 701 — Martinet NC 702
• Nord 1002 - Junker 52 — Goéland

De 1951 à 1954 :
Avions à roues
- Flottille 9F :  Helldiver SB2C - USA

Hydravions légers et lourds jusqu'en 1954

Escadrille 53S :  Nord 1402 Noroit et 1407
- (Ecole) : Walrus- Anglais (1 ex)

Escadrille 53 S : SNJ- Junker 52 — SO95

De 1954 à 1963 :

Avions à roues uniquement
Flottille  14F :  Corsair F4U1 Chance-Vought
Flottille  12F :  Corsair F4Ul
Flottille  15F :  Corsair F4U7
Flottille  11F :  Réacteur Aquilon
Flottille  17F:  Corsair F4U7
Escadrille 5S :  SNJ — TBM Avenger- SO95
SO30P Bretagne — MD 312 — Nord Atlas 2501

NOTA : La Flottille 14F, dernière  affectée, commandée par le L.V. BLANCHON, a quitté Karouba en octobre 1963, embarquant sur le P.A. "Arromanches".













Preevater de la 28F en survol de B.A.N  Karouba
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MessageSujet: Re: B.A.N Karouba Bizerte Mar 25 Sep 2012 - 10:17



Bonjour,

"Pépé Guy" (à gauche), photo ci-dessus "Localisé" à Bizerte", était présent à la B.A.N  Karouba de 1959 à 1962, comme Mécanicien d'Aéronautique.
Il m'a communiqué gracieusement des photos et des documents de qualité relatifs à la B.A.N et à la "Bataille de Bizerte" en juillet 1961; que je présente ci-après, avec son accord.

Merci Pépé Guy !


Ce ne sont que quelques pages, maladroites et sans prétention, Du Livre d’Or d’une Flottille de « Corsairs ».

Nous voulons les offrir d’abord aux équipages des deux Flottilles Sœur, la 12F et la 17F, qui se sont fondues pendant de brèves mais lourdes journées, en une seule et même unité : «  Le GAN 69 ».

Nous les offrons aussi aux « Paras » des 2ème et 3ème RPIMA en Souvenir d’une action menée en étroite coopération, qui nous a conduits sur les chemins de l’amitié.


« Une chance sur mille », avaient dit certains………Ils voulaient parler de la probabilité d’ouverture de feu.
Mais les prévisions ne sont jamais que des prévisions ; les évènements se chargèrent de le démontrer.
Bien que n’y croyant pas, on avait fait quand même tout ce qui était possible pour « faire face ».
Reconsidérons les évènements.

Les« Yahia Bourguiba », « Al Jala » et autres « As Silah » amènent des sourires sur toutes les lèvres. Ces sourires changent de couleur lorsque le service ordinaire passe au service par tiers, par bordée, à la consigne complète. La 17F participe au service général avec « tout » son personnel : les officiers aux rondes, aux quarts PC.OPS, les officiers-mariniers au B.S.I., aux rondes, les quartiers-maîtres et matelots partout.
Quand on dit « tout » son personnel, il s’agit pour la 17F, du personnel qui n’est pas en permission…De l’intérêt des « perms » à cent pour cent….
L’atmosphère allant crescendo, les permissionnaires de Bizerte sont rappelés ; un second-maître en vacances à Tunis revient de sa propre initiative, après avoir lu les journaux locaux.
Quelle est donc la situation en personnel et en matériel à la veille du 19 juillet 1961 ?
Six officiers pilotes dont le Commandant et l’officier en Second( en perm depuis 13 jours !), un Aspirant mécanicien, un Second-Maître pilote, le Maître-Principal, un P.M. (ne pas lire « Pistolet Mitrailleur »), 2 Maîtres, 9 Seconds-Maîtres, 7 Quartiers-Maîtres de 1ère classe, 8 Quartiers-Maîtres de 2ème classe, 17 Matelots et 7 avions disponibles.
Bien pauvre tout cela pour engager une bataille !
Mais la 12F, bien que faisant déjà la guerre à Télergma, possède un bon échelon arrière à karouba : 2 officiers-pilotes, 1 Aspirant mécanicien,4 Officiers-Mariniers pilotes, 1 Premier-Maître, 2 Maîtres, 3 Seconds-Maîtres, 7 Quartiers-Maîtres de 1ère classe, 5 Quartiers-Maîtres de 2ème classe, 13 Matelots et 2 avions disponibles.
Sur ordre du Commandant de la Base, 2 F4U7 sont déstockés : réglage d’armes rapide, coup de plumeau et …en voiture !
A noter que ces 2 F4U7 avaient été prévus pour un embarquement éventuel de la 12F sur porte-avions. Le mot « prévoir », revient constamment quand  on fait un retour en arrière. Certaines des « prévisions » même si leur objet change au dernier moment, ne sont donc pas tout-à-fait inutiles…
Oui, réellement, « Gouverner, c’est prévoir ».
            ______________
Dés le jeudi 13 juillet, 4 heures du matin, les pilotes se retrouvent à Mérazig.
Une équipe de piste y prend ses quartiers d’été. D’une pierre deux coups : cette équipe servira de groupe de défense, au sa où…Ses armes individuelles sont rangées, cachées, enfermées dans un caisson de vol ; la clef du cadenas est si bien planquée par le chef de piste qu’on mettra une demi-heure pour mettre la main dessus, le jour où, pour exercice on la cherchera !
Tout le monde retrouve l’ambiance des opérations de Télergma : bonne humeur, décontraction, et surtout « boost » terrible (« la boost » dirait M. de La Morandière), malgré le manque de décollage sur alerte. Mais, tout vient à point à qui sait attendre…En veux-tu, en voilà, pourra-t-on dire par la suite.
On s’occupe en effectuant des hautes mathématiques sous la forme de résolution du « binôme char-avion » : Rommel, la guerre sans haine...Mais a-t-on raison de tout miser sur une hypothétique liaison SCR  entre le Corsair et les chars au combat ? L’expérience prouvera le contraire.
Cette période permet aux pilotes de reconnaître la qualité tout terrain du vaillant Corsair. En effet, pour éviter une concentration d’aéronefs au parking de Mérazig, quatre appareils se retrou-vent disséminés sur la piste de crash 11-29. Comme de bien entendu, le jour même ou ces disposi-tions sont prises, un déplacement rapide des appareils s’impose afin de laisser la place à un SO P. Enfin l’imprévu c’est si agréable…



            La 17 F
           MERAZIG                                          KAROUBA



Certains croient voir dans ces nouvelles dispositions une manœuvre fort judicieuse destinée à placer nos appareils dans la meilleure posture possible pour ouvrir le feu sans même avoir à mettre en route. La 17F serait-elle donc en passe de devenir une batterie d’artillerie de forteresse ?
Les pilotes quant à eux, tout secoués qu’ils sont quand ils roulent dans l’herbe, retrouvent le souvenir, réel ou cinématographique, de ces pistes en herbe du temps de guerre. On imagine, on se croit en plein combat….
Patience  mon petit, ça viendra !
Déjà, le lundi 17, certains ordres laissent présumer que des choses se gâtent. Pour la pre-mière fois, par exemple, les vols d’entraînements sont interdits. L’ordre en est transmis par la Tour à une section au décollage.
L’équipier rentre au parking, le leader passe en vent arrière…
Cette interdiction est levée le mardi ; vite, on glisse un petit 1x2 SEC « secteur de travail N.W., durée de vol 1.2, rappellerai fin d’exercice, terminé ».
Le lendemain ,19 juillet, on se remet en l’air encore un petit coup mais la situation évolue et les évènements vont vite. En fin de matinée, des jeux de cartes au 50.000ème sont distribués, car-royés, pliés, malheureusement pas « peaudécouillés », les objectifs sont pointés (jusqu’au n°524…parfaitement, messieurs les jeunes !) A 13 heures, tous les avions disponibles sont montés en piste et armés en roquettes-canons. Ils occupent trois alvéoles complètes et  ils font vraiment guer-riers, ainsi disséminés, armés, plans dépliés, parés à décoller !



C’est bon,
La mèche est allumée !!





Nous allons vers l’épreuve de force, mais personne n’y croit encore.
Le Gouvernement Tunisien a interdit le survol du territoire national par tout aéronef français. Des régiments de parachutistes attendent à Bône, au pied des N.. Beaucoup d’espoir chez tous, car la défense de la Base est assez faible. De plus, la patience dont nous avons témoigné lors des creuse-ments de tranchées autour de l’enceinte, par les Tunisiens, risque de nous être fatale.
Peut-on estimer réellement la force de l’adversaire ?
Des bruits courent : « ils auraient 40 canons »….S’ils savent en faire usage, résisterons-nous avec succès ? Mais réellement, presque personne ne croit que le combat aura lieu ; en particulier notre commandant qui, 30 secondes avant que les Tunisiens n’ouvrent le feu, disait au Pacha de la Base : « Je vous parie ce que vous voulez, qu’il n’y aura pas un seul coup de feu tiré »…
Le Commandant Condroyer se repent encore de ne pas avoir tenu le pari, Pacha de Corsair ou homme politique, mais pas les deux !
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MessageSujet: Re: B.A.N Karouba Bizerte Mer 3 Oct 2012 - 9:29

Mercredi 19 juillet --  15 H.00 A –

Branlebas de combat à la 17F. Sept avions de la flottille en ligne plus un avion de la 12F plus un F4 U7 du VR, tous en 20 mm plus HVAR. Grand briefing pilotes. Le commandant explique la situation :
Des hélicoptères français viennent de se faire tirer.
Les parachutistes ont reçu l’ordre de départ, ils seront là à 18 heures.

Alea jacta est !

Quatre Corsairs décollent vers 16h.50 ; ils doivent assurer la protection des Nords. Le chef de patrouille serre légèrement les fesses (donnant ainsi la preuve qu’il est remarquablement qualifié pour être un chef de patrouille d’assaut…)au décollage, car le Commandant de la Base lui-même vient de lui apprendre qu’il avait de grandes chances de se faire tirer dessus par un canon hostile situé très exactement en bout de piste !
Un break soigné, vers la gauche, dès que les roues ont quitté le sol, et tout se passe bien.
Une section rejoint bientôt la première patrouille.
Vers 18 heures, une vague de Nords 2500 venant de l’ouest à basse altitude, largue sur la Base les premiers parachutistes ; ce sont ceux du 2ème RPIMA. Le spectacle est grandiose, impressionnant et extrêmement émouvant. La terrasse de Mérazig sert de tribune à une bonne partie de l’Etat-Major de Karouba ; le Pacha de la Base ne peut s’empêcher de donner une énorme claque dans le dos de ses deux voisins (le Commandant Mariotti et le Lieutenant de Vaisseau Campredon), tout en s’écriant : « Bravo les gars »…phrase désormais historique.

Ces premières troupes se font tirer pendant leur descente ; les Corsairs encore en orbite se font tirer aussi mais ne s’en aperçoivent pas ; ils ne reçoivent toujours pas l’ordre de feu. Par contre le chef de dispositif a reçu cet ordre digne des plus grands moments de l’histoire :
« Charlie Québec Rouge, vous prenez la direction des opérations »…
Lorsque les Nords de la deuxième vague (portée, celle-là) se posent, ils se font allumer ; vraisemblablement au canon de 57mm sans recul ; l’un est touché.
C’est l’ennemi en bout de piste qui les aligne.
Et c’est alors que la Chasse-Assaut, bordel, bordel, In-ter-vient.
Le  « Captain Vonvon de la French Navy » déclenche la riposte en faisant taire le trouble-fête sans bavure, sans hâte, mais sans attendre..Et c’est la danse qui commence.

« C’est partis les kikis ».
L’ardeur est telle que deux sections se retrouvent en piqué à 180° l’une de l’autre sans s’être concertées ; « ôtes-toi de là que je m’y mette ». Pour une fois les pistards et tous les mécaniciens voient le résultat de leurs effets obscurs.
Après l’exhibition des Nords breakant dans la pampa pour éviter les coups, la Noria à six Corsairs met la Base dans tous ses états. Le C.S.I. couvrant le secteur de la porte principale de sa voix de colonel de la Flibuste, fait ouvrir le feu. Un obus inerte traverse le hangar 5S, endommage un SO95 et vient mourir au pied du SEA, créant une certaine émotion. Jamais le parking entre les hangars n’a été aussi désert…

Tout le monde participe à la guerre ; vers 21 heures, le PC.OPS donne l’exemple du calme le plus serein en demandant par téléphone de lui faire parvenir la feuille des vols d’entraînements du lendemain. Réponse non formulée…
La bataille est commencée et durera jusqu’au cessez-le-feu du 23 au matin. Chacun rassemble ses énergies pour la mener comme il convient et pour faire taire l’angoisse ressentie au sujet des familles qui vont se trouver, encore plus que nous, en plein milieu de la bagarre, sans eau, sans électricité, sans armes, sans hommes ou presque…mais avec le téléphone.

Le bilan de la journée du 19 juillet est le suivant :
• 12,2 heures de vol en 10 missions,
• 530 obus de 20mm,
• 18 roquettes.
La nuit du 19 au 20 se déroule dans une ambiance assez tragique.

Les lucioles, toute la nuit, tombent. Les Aquilons de la 11F sont constamment en l’air ; c’est fameux d’avoir des chasseurs de nuit ; le sifflement des réacteurs rassure. Beau-coup d’entre nous ne trouvent pas le sommeil. A 5 heures du matin, des flammes énormes s’élèvent du côté de la Base Aérienne ; elles sont provoquées par l’incendie d’un Nord mouché par un tir de Mortier.
Déjà, en fin de journée, la veille, un obus de mortier était tombé sur une section de Sidi-Ahmed en cours de rassemblement, avait été meurtrier : (plusieurs morts et de nombreux blessés).

L’alerte générale est déclenchée.

L’optimisme est loin d’être béat.
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MessageSujet: Re: B.A.N Karouba Bizerte Jeu 11 Oct 2012 - 7:52

JEUDI 20 JUILLET –5H.15 –

Peu après le lever du jour, les Corsairs entrent dans la danse. La première section est à peine en l’air que quatre casseroles bleues apparaissent, en provenance de Télerg-ma. Le Lieutenant de vaisseau Jacobi arrive de Télergma dans le courant de la journée. L’union étroite 12F-17F commence. L’OE.3 Gouel se joint à l’équipe. Un tel ensemble nécessite la formation d’un groupe que la rumeur publique appelle déjà Dieu sait pourquoi le « GAN 69 ».
Au début de la matinée du 20, il est possible d’aligner 14 avions. Ce chiffre se maintiendra malgré quelques avaries bien vite réparées ; l’union fait la force, c’est cer-tain ; les quelques 20 pilotes que nous sommes font à peu près 3 missions chacun au cours de cette journée capitale.
Les 4 premiers Corsairs arrivant de Télergma sont utilisés par « Récif » pour ré-duire divers nids de résistance. On soupçonne encore l’officier en second de la 12F d’avoir fait ce matin là, un vol de 4.9. !
La section qui a décollé la première de Karouba inaugure ce que l’on peut appeler le « festival camions ». Surveillant la route au nord de la Base, elle voit passer à toute allure un convoi de camions tractant des canons de 105 ; ce convoi, en passant près des essences, n’est pas du tout inquiété. On se demande si tout le monde a bien réalisé que la bataille est commencée la veille. Cette impression est confirmée par le fait qu’au PC. Défense de Mérazig, c’est le Commandant du « GAN69 » qui conseille aux biffins d’ouvrir le feu sur les individus en mouvement dans les tranchées. Nous n’insisterons pas trop sur le fait que ces « individus » n’étaient autres qu’un chien !
Pour en revenir à ce fameux convoi, le premier camion est expédié dans la nature par les Corsairs qui ont enfin obtenu de Récif l’autorisation d’ouvrir le feu. »Traité » en-suite par les Aquilons et les Mistrals, le convoi n’aura qu’un seul rescapé. Le barrage dressé par les Tunisiens, non loin de la Base, lui aura été fatal, car il aura obligé les( vé-hicules à ralentir), à stopper même, pour passer les chicanes.
Ce festival camions mets les pilotes dans tous leurs états ; au canon de 20 mm, c’est un régal…si l’on peut ainsi s’exprimer. Sur toutes les routes aussi bien dans le sud que dans le nord, des camions sont incendiés. En fin de journée, les Misreps, si consciencieuse-ment rédigées par l’Aspirant Paliard, toujours souriant et tellement patient, donneront le chiffre de 30 camions ou véhicules détruits par les Corsairs, et deux probables (certains pilotes sont encore modestes…).





Mais il n’y a pas que le binôme explosif Corsairs-camions.Le « GAN69 » intervient sur les barrages ; trois d’entre eux sont liquidés. Tout le monde est au courant de l’intervention à la porte de l’Arsenal de Sidi-Abdallah, d’une section de Corsairs ; cette section qui permit à certains d »de conserver le goût du pain »…Quelques roquettes – oh combien judicieusement tirées !- et un joli straffing de 20mm, font un travail tel qu’un bulldozer sera nécessaire pour ramasser les restes.
Mais, n’oublions pas que le Corsair est un chasseur BOMBARDIER. Si le délai pour monter les bombes a été plus long que prévu (les pneus des chariots n’étaient pas gon-flés !) Cette opération se fait néanmoins dans un temps raisonnable. On part pour dé-truire la gare de Sidi-Ahmed où les paras sont sérieusement accrochés. Quatre avions en bombes de 500 livres parachèvent le travail commencé à la roquette par une noria d’Aquilons et de Corsairs ; la voie ferrée est coupée en plusieurs endroits et la gare est presque complètement détruite. M. Bourguiba annonce assez rapidement qu’il est sans nouvelles de sa section de 130 hommes à la gare de Sidi-Ahmed ; c’est assez compré-hensible !






Le PC.OPS, quant à lui, s’emploie à conserver le moral des combattants en ayant toujours le mot pour rire :
« La Tour me demande si les deux Charlie Québec qui sont en l’air vont se poser sur le terrain ou sur le porte-avions ; que dois-je leur répondre ? »… Il est certain que tellement de bruits circulent, et qu’il y a tellement de choses à faire en même temps !...
Au sol les sections de défense font une sortie pour aérer la Base. Le front s’étend de la porte principale jusqu’à Mérazig.
Tout cela devient vraiment  une grande opération combinée qui met toute la Base dans le même bain, pour la plus grande satisfaction de tous. L’OPE Le Sang dirige la manœuvre qui se heurte à de nombreuses résistances. Il est splendide en tenue de com-bat, rapidement, il est à moitié dégradé (l’épaulette arrachée) par un tireur ennemi, qui, d’une rafale de PM, acquiert le mince résultat de 1 pour cent de coups au but sur cible de 3m/3m à la distance d’1m25…
Certains mots deviennent vite légendaires dans ces occasions ; c’est ainsi que le CSI- qui devrait plutôt s’appeler pour ces journées « CSE » (chef du service extérieur)- ordonne à son radio qui ne transmet pas très bien ses ordres : « je ne te demande pas d’interpréter ce que je te dis. Tu n’as qu’à répéter sans réfléchir à la radio mes paroles exactes. Quand je dis : « 1ère section, stop », dis à la radio : « 1ère section, stop » ; quand je dis : « tu es un con… »   Alors là, c’est le seul cas où tu peux dire : « je suis un con »….
Vraie ou fausse, cette histoire fait la joie de tous.

_______________
La ferme Domange située en face du Carré, est un danger pour la Base et pour la Pêcherie ; des ennemis y sont installés. Si, une fois de plus nos adversaires avaient su tirer profit des points stratégiques qu’ils occupaient,, ils auraient pu nous faire beaucoup  de mal. Quatre Corsairs (2x2) en bombes de 500 livres établissent une ronde infernale au-dessus de cette villa. Les fenêtres du bâtiment Commandement en sont fort ébran-lées ; il en est de même de l’objectif ( !) qui, sérieusement endommagé, tient encore debout par l’opération du Saint-Esprit et aussi grâce à l’épaisseur de ses murs. Après le bombardement, la ferme est investie et occupée par les parachutistes ; un bilan de 60 individus mis hors de combat est établi en fouillant la villa et ses alentours.
Tout le monde sur la Base est aux premières loges ; on regarde, on commente, on discute. Les plus brimés sont encore ceux du hangar qui ont un travail obscur, mais effi-cace. Le 17F11 dont l’hélice a été transpercée par une balle (le patron d’appareil s’en est aperçu le premier en faisant la visite après vol), est descendu au hangar vers midi. Il en remonte à 17 heures, hélice changée... »Chapiteau del brousso » !
La piste est vraiment bien dressée. Elle déclare des avions 12F indisponibles car ces derniers n’ont pas la fréquence AGA à poste ! Heureusement que le VOR n’est pas nécessaire pour ouvrir le feu dans ces périodes troublées.
Une opération combinée avec les paras est organisée sur la cimenterie. Une sec-tion en bombes et une section en roquettes s’occupent de la question ; bruit de tonnerre, souffle magistral…

Un globe de PC.OPS Prémar oscille dangereusement, se décroche et tombe, para-ît-il sur la tête du chef d’Etat-Major, le C.V. Javouhey. Nous n’avons pas ,osé aller lui demander confirmation de cette nouvelle…
L’attaque de la cimenterie aura frappé tous les esprits ! Quoi qu’en disent les journaux, l’usine n’est pas rasée ; elle est seulement indisponible pour un petit bout de temps…Les paras cependant se font encore accrocher et subissent des pertes : quel dommage que le Piper ne nous ait pas fait intervenir en appui rapproché ! La cimenterie est occupée et nettoyée en fin de journée.
Dans l’ouest, les troupes amies progressent. Deux sections de Corsairs canardent à la roquette et au canon le bled Sidi-zid, où des Tunisiens se cachent encore dans des débris de camions.

On revoit avec plaisir dans les airs le T28 d’Algérie, les « rancunes » ils doivent nous guider, paraît-il, mais c’est exactement le contraire qui se passe, car ces violents guerriers par la poudre alléchés, n’ont même pas eu le temps de prendre des cartes de la région avant de décoller de Bône. Enfin ! Ils auront participé à la bataille de Bizerte, comme les deux Skyraiders et le B26 que certains ont pu voir. Tout le monde veut un morceau du gâteau…
Cette journée du 20 aura été fort active. L’optimisme devient maintenant général. Des renforts aéroportés sont arrivés dans la matinée ; aux 2ème et 3ème RPIMA s’est joint le 3ème REI. Les « Léopards » sont partout, silencieux, attentifs, efficaces…C’est l’enthousiasme ! Les quatre mois de consigne « type Sakhiet », n’auront pas lieu, ou du moins ne seront pas entamés tout à fait dans les mêmes conditions…
Trois Corsairs ont été touchés. C’est le 17F1 qui l’a été le plus : 3 impacts dont deux dans la porte blindée d’oïl cooler ; un ensemble de câbles électriques est sectionné, ce qui provoque quelques épaisses fumées dans le cockpit. Le 17F11 est touché à l’hélice. L’aileron droit du 17F12 est transpercé de part en part ; un morceau de spara-drap et on repart…A la guerre comme à la guerre !
Devant Mérazig, tous les pilotes voient avec tristesse, la nuit tomber. Mais le re-pos s’impose. En effet, le bilan de cette journée est éloquent ; 69,6 heures de vol en 40 sorties, 9325 coup de 20mm 120 HVAR, 34 T10 et 40 bombes de 500 livres. La soute crie grâce car il ne reste plus que 6 bombes sur la Base ! Au « GAN 69 », on espère avoir des 1000 livres. »A descendre tous les globes ! ».
Et ceux qui regrettent de ne pas décoller pour leur 4ème mission de la journée, en seront quittes pour prendre l’alerte à 4 heures du matin le lendemain.

Les oiseaux de nuit Aquilons, avions lucioles etc.…reprennent leur travail obscur…C’est durant cette nuit du 20 au 21 que la 11F connaît encore une fois le deuil avec la perte du Lieutenant de Vaisseau Maguet, officier en second. Il s’est écrasé au sol à mi-chemin entre Tunis et Bizerte au cours d’une reconnaissance de nuit.
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MessageSujet: Re: B.A.N Karouba Bizerte Sam 20 Oct 2012 - 13:18



TBM....Les pistes de Sidi-Hamed et Bizerte sur l'horizon


VENDREDI 21 JUILLET ---
La journée paraît devoir être plus calme, du moins pour le « GAN 69 ». En effet les avions n’ont pas le droit de tirer en ville.
Une trêve le matin (un ultimatum plus exactement), donne à Mérazig un aspect pacifique. Vers 11 heures, les combats reprennent. Une section de Corsairs intervient sur une jeep, un camion et un canon tunisiens situés en bordure du Fort d’Espagne, non loin du sanatorium. Le tir est précis ; l’objectif est détruit sans bavures, ce qui n’empêchera pas la Mère Supérieure, angoissée, la pauvre par le bruit infernal des roquettes, de saisir son téléphone pour prévenir directement l’Amiral, que les « avions lui tirent dessus… » Nous avez-vous pardonnés, ma sœur de tant de bruit, de tant de peur ?...

Sur une colline, au N.W. de la ville, une compagnie tunisienne qui avait fixé un convoi de paras, est prise à partie au cours de l’après-midi par une section d’avions. Elle se replie dans une carrière que les paras attaquent à leur tour. On dénombrera 70 tués chez l’adversaire. Nous sommes loin de la façon de combattre du fellagha algérien qui a été rôdé par sept  ans de guerre.

Au sol, au GAN 69, la tension est grande. On est affreusement inquiet au sujet des familles en ville. Le Commandant réunit toute la Flottille en début d’après-midi pour expliquer la situation : les paras ont commencé à prendre Bizerte depuis 14 heures ; ils ont reçu des consignes strictes (et fort dangereuses pour eux) de prendre tous les ris-ques pour qu’aucun civil ne soit touché ; les pilotes n’ont pas le droit d’ouvrir le feu sur la ville ; il s’agit donc de viser juste si l’on doit intervenir dans les abords immédiats ; il s’agit aussi que ni un maillon de 20mm, ni une douille, ni un fil d’armement ne risque de tomber dans les rues sur la tête d’un civil. Le Commandant rassure les esprits et affirme la confiance qu’il a. Peut-être essaie-t’-il de nous persuader de ce dont il n’est pas entiè-rement sûr lui-même…

On parle aussi débarquement puisque la veille, un SOA amené le grand chef du CIOA d’Arzew. Amusant spectacle que de voir cet officier de Marine, très digne, enjamber les corps des pilotes fatigués, en train de récupérer à l’entrée de Mérazig. Son sourire jovial montre qu’il nous comprend. Mais il n’y aura pas de débarquement. Peut-être en est-il mieux ainsi ; une démonstration d’une telle ampleur pourrait amener l’adversaire à certaines extrémités. Et puis, serait-ce bien utile ? La démarche sûre, élastique (comme nous…), »Pataugas », du para fait merveille. Au prix de pertes sérieuses dans leur rang, ils font à Bizerte du travail « cousu main », comme se plaira à le dire l’Enseigne de Vais-seau Chevallier qui a travaillé tout le temps avec eux. Nous réalisons tous combien d’astuce, d’énergie et de courage sont nécessaire pour reprendre une ville dans laquelle sont intimement mélangées des troupes adverses qui semblent fanatisées, des familles françaises et des familles tunisiennes qui n’y sont pour rien…

Les Corsairs volent jusqu’à la fin du jour. Deux sections se disputent les tranchées (peut-être vides !) à Tindja. On est à l’affût de l’ennemi.
Nos avions passent du stade de combattant à celui d’agent de renseignements ; une fois posés, les pilotes donnent les dernières nouvelles, la dernière position des trou-pes amies : »Une section au Club Nautique ! (une section des nôtres, bien sûr…)
La nuit tombe. Tout se passe bien ; les familles ne sont pas inquiétées, bien que bon nombre d’entre elles ait passé de très durs moments. Certains commencent à avoir des nouvelles des leurs et ceux qui n’en ont pas encore se forcent à cacher leurs senti-ments.
Les Aquilons reprennent l’alerte de nuit, pendant que les pilotes de Corsair peu-vent aller faire tranquillement leur petit dodo après avoir bu le pot de la victoire…
Pilotes d’Aquilon, nos frères, vous vous êtes tapés le sale boulot, alors que nous avons eu le fromage…Soyez sûrs que nous avons pensé à vous.

C’est vrai.

Le bilan de la journée du vendredi est le suivant :
• 32,6 heures de vol en 18 missions,
• 610 obus de 20mm,
• 28 roquettes.
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MessageSujet: Re: B.A.N Karouba Bizerte Lun 29 Oct 2012 - 9:14

SAMEDI 22 JUILLET 1961 ---

Trois missions seulement ce dernier jour, mais aucune munition dépensée.
Les bâtiments de guerre sont là, à toucher la côte.
Les pilotes vont les saluer par quelques passages joyeux au ras des moustaches.
Tout semble bien fini, mais ça ne l’est, en fait, pas complètement, car si la ville européenne est entièrement occupée, il reste des tireurs d’élite, des tenaces, dans certaines maisons. Et la grande masse des autres s’est réfugiée dans la ville arabe, d’où éclate un arrosage copieux dirigé vers l’OTLA en particulier.
Le para doit tout fouiller. Le « peloton d’AM » - désormais légendaire – de la Base, lui ouvre la voie,  ou « exploite la brèche »…Ce métier est « tout d’exécution » (réf. Manuel de la cavalerie). L’Enseigne de Vaisseau Chevallier, chef des A.M., se fait  allumer par des tireurs situés sur la terrasse de l’OTLA ; il bondit sur le premier téléphone venu et appelle l’habitant (civil et, de surcroît, du sexe faible) :
Et  notre agent de liaison bénévole de grimper 4 à 4 les neuf étages à pied (il n’y avait plus d’ascenseur, faute d’électricité), afin de rendre compte de la situation à l’autorité « supérieure ».
Pour gagner la bataille, fit-il timidement remarquer, le meilleur procédé n’est-il pas de tirer juste, secundo surtout pas sur les copains ?
Et la journée du 22 se termine. Avons-nous pris la ville arabe ? Nul ne le sait encore à Karouba.
_________________


EN GUISE DE CONCLUSION…

Le matin du 23 verra le « cessez-le-feu ». Vite, vite, les armuriers en profitent pour mettre à jour leur comptabilité. Vous pensez ! Trois jours sans prendre note de tout ce qu’on a distribué ! Récapitulons :
• 10 465 obus de 20 mm,
• 200 roquettes de 5 pouces et T 10,
• 40 bombes de 500 livres.
Pour «  livrer » tous ces colis, le « GAN 69 » a fait 124,6 heures de vol en 74 missions.
Bravo à tous ! Il ne manquait pas un bouton de guêtre, sinon quelques pilotes et mécaniciens…Rappelés de permission, ils se sont usés les dents, les méninges et les facultés de persuasion pour obtenir des bureaux, des passages et des commandants de bateau qu’ils fassent plus vite, toujours plus vite dans leur mouvement vers Bizerte. Mais, la plupart ayant reçu le télégramme le 18, n’ont pu, malgré leurs efforts, ne débarquer que le 24 !
On a eu chaud, un peu ; mais avouez-le, ce fut une guerre facile.
   La plus dure reste à faire ; celle des nerfs, celle des consignes, celle des cas sociaux, celle des semaines sans dimanche.
Mais je le sais, j’en suis sûr, celle-là nous la gagnerons tous ensemble.


CHARLIE  QUEBEC  ARC-EN-CIEL
Bizerte, permission, Télergma, Bizerte
Juillet-octobre 1961








Ruines gare de Sidi-Ahmed


Sidi-Abdallah, le 24 juillet 1961

Mon cher Condroyer,
Quand vous aurez un moment, pouvez-vous me dire les noms de ceux qui, au début de la matinée du 19 juillet, ont exécuté les straffing des barrages autour de l’arsenal.
Je voudrais les remercier pour le fini de leur travail et surtout pour avoir conservé à la France l’Arsenal et à nous tous ici le goût du pain !
Bien amicalement.

Signé : F. PICARD-DESTELAN

______________

La Pêcherie, le 26 juillet 1961

Après des semaines d’angoisse et les journées d’action exaltante mais tragique que nous venons de vivre, j’ai la très grande satisfaction de faire connaître aux forces des trois armées qui viennent de résister victorieusement à l’agression dont la Base de Bizerte a été l’objet, que le Général de Gaulle m’a prié de leur transmettre le témoignage de sa confiance et de son affection.
Le Vice-Amiral M .AMMAN
Commandant Supérieur de la Base stratégique de Bizerte.
Signé : Amman

_______________

« Je vous exprime mon entière satisfaction pour la fermeté, le sang-froid, l’habileté dans l’emploi des moyens dont vous avez fait preuve à Bizerte en remplissant votre mission devant l’agression dont le Base était l’objet.
Les forces sous vos ordres, grâce à leur courage et à leurs qualités militaires l’ont emporté sur le terrain dans les meilleures conditions. Veuillez leur transmettre le té-moignage de ma confiance et de mon affection.
Cordialement à vous, Général de Gaulle. »

                         Retranscrit de l’original par G.L. alias Pépé 974.
                            Photographies additionnelles album personnel.              
                                                               La Réunion .Mai 2011.






 







QM2 Riou, en gare de Sidi-Ahmed
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MessageSujet: Re: B.A.N Karouba Bizerte Ven 23 Jan 2015 - 11:50

....Retour sur Karouba...après une période...d'échappée !.... voile

-La BAN en 1930.


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