Le rendez-vous des Anciens de La Royale

Souvenirs et Discussions d'Anciens Marins de la Marine Nationale
 
AccueilRechercherS'enregistrerConnexion
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée

LES HISTOIRES DE BALISSON Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Message Auteur
MessageSujet: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:23

C'est avec l'aimable autorisation de l'auteur que je vous souhaite de découvrir ou de redécouvrir ces textes truculents....Merci Mr Balisson !

Bonne lecture !
LE POSTE REQUIN

Le saviez-vous, en quittant Nemours pour poser nos pieds sur ce piton aride, chauffé à blanc par un soleil sans pitié, que nous allions construire un poste de nos propres mains, en pleine montagne avec une tour de guet, un mur d’enceinte, des créneaux. Bien loin d’égaler, certes, nos grands architectes à l’origine du gothique flamboyant ou même la robustesse des fortifications Vauban ou des casemates de la ligne Maginot il faut reconnaître qu’il avait de la gueule. Nous en étions fiers, sûrement par chauvinisme, mais aussi par la sueur versée.


La pacification implique une présence continuelle et un soutien à la population qui se traduit par une aide sociale, morale, alimentaire, médicale et également une protection de cette population avec la notion d’autodéfense. C’est la raison pour laquelle, armés de marteaux piqueurs et d’explosifs, nous avions pour mission d’araser ce piton et de construire une base dans cette région qui n’avait pas vu de présence Française depuis une dizaine d’années.


La légion étrangère entretenait jusqu’à présent une légende de bâtisseurs, Jaubert s’attaqua avec enthousiasme à la démystifier. À tour de rôle, par sections, nous allions transformer ce piton en gruyère.
En 1956 le commando Jaubert, d’un coup de gueule « Huonesque « a réinventé l’âge de la pierre, en effet le pain de T.N.T. dans son enveloppe originelle ne se prête pas à ce genre d’exercice et il fallait donc le rendre pulvérulent avec un instrument contondant, une pierre ou un morceau de roc.
Trois exigences
• Une grande souplesse du poignet, car il s’agit d’explosif puissant.
• Le port du « chaddor « pour éviter de respirer cette poussière à base de nitroglycérine.
• Boire du lait qui paraît - il est un antipoison notoire.


Le doute subsiste encore, car à l’époque un ministre avait imaginé écouler la surproduction laitière en obligeant le bidasse à ingurgiter du lait.
Heureusement, sous la IV ème république, les gouvernements étaient éphémères et le bon lait de nos bonnes vaches qui n’étaient point folles à l’époque fut transformé en beurre.
La poudre dans le gruyère, un détonateur, un bout de mèche lente, une explosion sourde, d’énormes blocs de rochers à casser; bien pourvus en masses, pelles, truelles, le poste est né et occupe une surface comparable à celle d’un terrain de foot.
Et puis c’est l’heure du baptême:
Nous sommes avant tout des marins, donc il fallait faire référence à la mer. Des rigolos ont dû proposer:
Morue, Maquereau, peut-être la nostalgie de Chicago aux abords du quai « Cronstadt « ou de la rue Tubano et pour les anciens, de Cholon.
Ces deux noms de poissons n’ont pas été retenus, le pacha a dû trancher : Imaginez fort morue, cela manque véritablement de sérieux.
Le terrible prédateur des mers du sud, le mangeur d’hommes qui d’après Furetière : les marins lui ont donné ce nom parce que son voisinage ne laisse aucune espèce de salut et équivaut pour le nageur un véritable « REQUIEM « .
Le poste fut donc baptisé : REQUIN.
« Ohé les muchachos, j’apporte le courrier” , un tub des année 50 de Dario Moréno.
Qui se souvient de cet air entonné par Jaubert lorsque le Morane pointait son nez à l’horizon ?
Au premier passage par temps clair, la grosse libellule nous larguait le sac de courrier. Et puis l’attente angoissante, l’appel de son nom, le soulagement ou la déception. Des nouvelles du pays, d’un proche, d’une petite copine connue à la dernière perm; une lettre, plusieurs, il y avait des Don Juan admirés et jalousés.
Il y a ceux qui lisent et relisent religieusement, qui s’isolent loin des manifestations bruyantes, des propos osés ou grivois, de certains qui font partager leur joie ou leurs exploits.
Quelques photos circulent, les dernières conquêtes, puis sont rangées soigneusement, amoureusement dans le portefeuille, sur le coeur.
Quelques instants d’indicible joie, d’immense bonheur mais aussi de mélancolie au poste Requin, à quelques encablures de la mer et dominé par la masse imposante du Tadjéra.
La prochaine rotation dans huit jours, en souhaitant du beau temps, il n’y a rien de plus démoralisant que de savoir le coucou tourner au-dessus du piton noyé dans les nuages et malgré les fusées éclairantes, l’entendre s’éloigner, le bruit du moteur décroître et s’éteindre. Il n’y aura pas de courrier aujourd’hui.


La vie un instant suspendue aux ailes de l’aéropostale, version 1956, reprend son cours habituel, l’activité essentielle étant les patrouilles, les opérations et les embuscades. Cet intense effort physique provoquait bien évidemment chez des hommes jeunes, un appétit féroce. La logistique assurée par Nemours nous arrivait par LCVP via Honaïne puis par convoi jusqu’à Requin.
La viande fraîche au départ prenait une couleur bistre et nous parvenait escortée par une myriade de mouches. Qu’à cela ne tienne, il faut manger pour vivre et non vivre pour manger.
L’armée sert, accompagnant la viande, un légume de choix :
Pourquoi ? Pour des raisons de surproduction nationale, de conservation, de coût ? Toujours est-il que le fayot au sens propre (et même au sens figuré) est omniprésent. Il faut savoir que le pauvre bidasse tout au long de sa vie de soldat est agressé par le fayot qui provoque des effets dévastateurs sur son estomac, ses intestins et stimule désagréablement le sens olfactif des copains.
Mes amis, je sais que vous ne sentez pas encore le vent venir mais vous pressentez, car vous êtes très inspirés et intuitifs, par où il va venir.
Pour que cette histoire soit cohérente, il lui faut un fil conducteur et un détonateur, qui placé dans une charge de plastic fit sauter en pleine nuit le point d’eau situé à une centaine de mètres du poste alimentant conjointement ce dernier et un douar à proximité dont les habitants étaient soignés et les enfants scolarisés par nos soins.
Grande fut la colère du pacha qui, convaincu d’avoir pacifié la région, n’a pas accepté d’être nargué à domicile.
Des représailles s’ensuivirent, ponctuées par une série d’embuscades dans les environs immédiats du poste. Les premières se passèrent le plus normalement du monde, quatre à six heures de veille sans la moindre trace de rebelles, la routine habituelle, quoi. Mais, au simple soldat, il lui arrive de penser, penser que leur forfait accompli, les rebelles devaient être déjà loin et ne reviendraient pas de sitôt. Tant et si bien que ce soir-là ce fut la dernière embuscade montée si près du poste Requin. La goutte d’eau ou de bière, le ras-le-bol...........
Nous étions tous tapis, qui derrière un rocher, qui derrière un fourré depuis quelques heures lorsque le phénomène fayot se manifesta.
C’est à ce moment précisément où les yeux du guetteur rougis par la fatigue, gonflés par le sommeil, n’arrivent plus à fixer la zone à surveiller et que des formes indistinctes se mettent à danser, où les membres engourdis par le froid et tétanisés par une position très inconfortable et définitivement acquise dès la mise en place de l’embuscade, que le coup de tonnerre éclata sous la forme d’un pet rageur produit par la lente décomposition organique et la mutation du fayot en gaz.
Il est certain que l’intention au départ n’était pas provocatrice et que le malheureux en pratiquant une poussée verticale ne pensait pas que le volume déplacé, en se référant au fameux principe d’Archimède, (non je ne le dirai pas, la contrepèterie est trop aisée), ferait autant de bruit.
Il faut savoir que, dans une embuscade, le silence est d’or et qu’il faut savoir écraser ces manifestations malodorantes.
Le moment de stupeur passé, si d’aucuns n’en croyaient ni leurs yeux ni leurs oreilles, il est certain que l’odeur traduisait irrésistiblement l’acte.
Ce qui caractérise les Commandos Marine, c’est une très grande complicité et cette nuit-là une solidarité unanime non concertée qui se traduisit par une facilité déconcertante à émettre des bruits incongrus à la demande.
À cette heure matinale ce fut donc une aubade, un concert de flatulences orchestré par le maître pétomane, Thomas dit TOTO et chacun en fonction de son anatomie et de ses capacités, joua son air.
Je n’oserai pas établir de parallèle entre le langage des fleurs et celui que nous évoquons, « nez en moins » et, nonobstant l’odeur, on peut discerner certains traits de caractères flagrants. Pour les érudits, je propose plutôt : les caractères de La Bruyère.
En résumé et pour compléter cette étude bien loin d’être exhaustive il y a l’art et la manière de flatuler. En un mot comme en cent, les artistes côtoient les culs-terreux si je puis m’exprimer ainsi.
La diversité du pet est fonction de la région où le fayot a poussé, de la terre qui l’a nourri, de la qualité de l’espèce, des aromates qui l’accompagnent mais aussi et surtout de la puissance musculaire et de la virtuosité de l’émetteur.
On distingue donc :
Le noble sans bavure, le bref et sec, le mou, le long avec modulation de fréquence, celui en cascade, en rafale, le musical avec des dièses, le laborieux, le foireux, le mesquin, le furtif, l’élégant, le discret, le viril, le malade, le plaintif, le canaille, le bourru, le prout ma chère (pour mémoire).
Quelques rires fusent, timides tout d’abord, puis vient la délivrance, impossible de se retenir, le crescendo majeur, le fou rire à gorge déployée, la tempête de rire et ce rire tellement communicatif que même Huon dit La Hure a eu un sourire........
............Jaune.
Et ne dites pas que vous ne vous souvenez plus, que la mémoire vous fait défaut, que vous êtes devenus amnésiques, séniles, vieux avant l’âge, déconnectés, moribonds......
Allons les amis chantons encore une fois en choeur :
La FRANCE est notre mère
C’est elle qui nous nourrit
Avec des pommes de terre
Et des fayots pourris.

Le Mans le 15:11:96
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:27

LE TRAFALGAR DE PORT – FOUAD



Si l’on admet que les anglais sont d’excellents soldats, têtus, obstinés, pugnaces, ils sont et resteront toujours très fair play, sans méfiance et un tantinet crédules.
Ferdinand avait élaboré ce canal pour que nous nous y rencontrions, chacun de son côté comme il se doit car le mélange aurait été explosif, les uns à Port Saïd, les autres, Jaubert à Port Fouad la rive opposée.
Une saine curiosité nous a amené à explorer, tels des Robinson Creusoë , chacun son tour, les quelques îlots à une demie-encablure au milieu du canal.
Pendant que les tommies bataillaient ferme dans la ville assiégée, ce qui leur empêchait d’étendre leur hégémonie dans cette partie du canal, Jaubert s’emparait des îles sans coup férir et sans un coup de feu.
Nous pensions y trouver quelques denrées rares qui nous faisaient défaut à Port Fouad, du pain peut-être pas mais des cigarettes certainement.
Ces îlots étaient aménagés en entrepôts pour y recevoir tout le transit international. Imaginez la caverne d’Ali Baba, la corne d’abondance, le réservoir inépuisable, la source providentielle, Byzance, quoi.
Toute médaille a son revers : tout sauf du pain et des cigarettes.
Dans un élan magistral qui les honore, les anglais prirent rapidement le dessus sur Nasser et toujours mus par ce même élan qui les oblige à consolider et agrandir le commonwealth, faire flotter l’union Jack un peu partout dans le monde, ils vinrent nuitamment visiter nos îles. Mal leur en prit, quelques rafales trouèrent la nuit étoilée et il n’y eu pas d’autres revendications ni incursions intempestives.
Comment surent-ils que le château neuf du pape et le whisky coulaient à flot et que nous manquions de cigarettes?
L’histoire est un éternel recommencement et le troc revint à la mode.
Le crépuscule venu, les anglais nous apportaient des cigarettes et la monnaie d’échange; le whisky.
C’est ainsi que pendant deux mois un « pont maritime » entre Port Saïd et Port Fouad s’instaura au rythme d’une caisse de whisky contre un paquet de cigarettes sans que le stock de savoureux breuvage n’en soit amputé dangereusement car il y avait de quoi étancher la soif inextinguible de plusieurs régiments écossais.
De bons rapports s’établirent entre nous et comme l’occasion fait le larron, en toute amitié et sans aucun esprit de revanche, nous avions décidé d’inviter une « patrouille », le troc ayant un but militaire.
On étale le drapeau égyptien, on met les petits plats dans les grands, service chinois s’il vous plaît, asperges en passant par le crabe, les crevettes, le coeur de palmier, la viande qu’on avait réussi à préserver dans les frigorifiques de Port Fouad incendiés par la légion et des apéritifs, des vins, des alcools du monde entier.
Combien d’heures durèrent nos libations ? toujours est-il que nos invités ayant trop abusés ou n’étant pas suffisamment entraînés à ingurgiter du Nuits-Saint-Georges et du Moët et Chandon sombrèrent dans un coma éthylique qui dura plusieurs heures que nous mîmes à profit.
Tout militaire est attiré par les armes surtout celles qu’il ne connaît pas. Leurs fusils, était-ce des Enfield , la curiosité aidant il fallait les comparer aux nôtres. Qu’est ce qui ressemble le plus à un fusil qu’un autre fusil me direz-vous? il suffit d’appuyer sur la queue de détente et .... bang.
Oui mais le fonctionnement, pour le connaître il faut le démonter et pour démonter une arme il y a toujours un truc et qui trouvera le premier l’astuce?
Entre des mains expertes, le suspense n’a pas duré très longtemps, les fusils anglais ont vite fait de livrer leurs secrets, il s’ensuivit une séance de tir sur la statue du général anglais, Baden Powell, le célèbre fondateur des boys scouts.
On se demande d’ailleurs comment on pouvait faire mouche quand on considère que l’acuité visuelle est inversement proportionnelle à la quantité d’alcool ingurgité, tout autre soldat que les commandos marine aurait été atteint de cécité en fonction de la dose absorbée. Bons fusils, certes mais excellents tireurs et ce n’est pas l’anglais qui me démentira.
Nous n’avons plus rien à découvrir et notre admiration pour cette arme qui nous a livré sans trop de réticence ses secrets, telle une femme impudique, se dissipe plus rapidement que l’alcool qui a remplacé le sang dans nos veines.
Un regard dédaigneux sur les soldats endormis de sa très gracieuse majesté, si leur reine les voyait, et nous nous interrogeons sur le passé, l’avenir, on s’en fout bien que les G I nous attendent à l’autre bout du canal et pas forcément avec des fleurs et que les russes n’ont pas du tout l’intention de nous rendre visite avec de la vodka et du caviar, l’ordre nous étant donné de creuser des trous individuels sous les L V T pour nous protéger des M I G.
Revenons au passé, comment ces succédanés de soldats ont-ils pu nous coller la pâtée à Trafalgar et à Mers el Kébir ? EUREKA !!! parce que nous étions plus ivres qu’eux à ces moments cruciaux où le ratafia coulait à flot sur nos navires.
La vengeance est un plat qui se mange froid, les culasses des fusils plongèrent dans le canal et nous plantâmes là « l’armée anglaise ».
On peut considérer avec du recul que la manière employée n’était pas très élégante mais il faut admettre qu’ils sont à ce point insupportables de :
1) Parler une autre langue que la nôtre
2) Ne pas avoir adopté le système métrique
3) Rouler à gauche
4) Mais là où ils sont le plus impardonnables car la tolérance a ses limites, du temps de la marine à voile, quand le scorbut anéantit des équipages entiers, ils avaient trouvé le remède miraculeux pour combattre efficacement cette maladie : du jus de citron vert mélangé à du rhum. Ces mécréants que dis-je ces assassins ont gardé le secret 50 ans.
Imaginez, nous avons cinquante années de retard sur le : Ti Punch


_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:32

LA GRANDE ILLUSION





Dans la marine tout comme dans les autres armes, il est difficile de passer au travers de certaines corvées.
Dans la marine comme nulle part ailleurs, nous aimons le travail bien fait, surtout lorsque la devise est pensée et dictée par les gradés :
« Un bon commandeur vaut sept faiseurs ».
Il est normal que les tâches les plus rebutantes soient effectuées par le matelot, aidé en cela par le quartier - maître qui, lui, doit donner l’exemple, aussi dans certaines circonstances adoptent - ils le principe suivant :
« Mouillé c’est lavé, sec c’est propre ».
1956 - ALGERIE
Une grande propriété au coeur d’un charmant petit village de bord de mer à la frontière marocaine accueille les 90 baroudeurs du commando Jaubert, tous vétérans de l’”Indo », plus le matricule 8137 T 54 tout frais émoulu du stage commando.
Une arrivée feutrée : un commando ne doit pas se faire remarquer, doit être invisible mais présent.
L’heure matinale nous oblige également à respecter le sommeil de toute une population encore endormie et blottie dans les bras de Morphée.
Seuls quelques chiens faméliques au poil jaunâtre, sûrement croisés avec des chacals, aboient furieusement en reculant.
7 heures, Rassemblement :
Défilé à 11 heures
Tenue n° 1
Rompez les rangs, sauf le deuxième groupe de la 2e section
( Mon coeur bondit).
A la mine abattue de mes compagnons, je m’indigne presque, qu’arrive - t - il à ces héros, à ces surhommes, à ces dignes héritiers du n° 4 commando qui s’est illustré à Ouistreham, rechigneraient - ils à partir en embuscade, à casser du « fell », pourquoi le « bidel « s’adresse - t - il à tous ces veules qui ne sont guère enthousiastes pour accomplir une mission, certes dangereuse mais ô combien exaltante, le rêve même du commando.
Le matricule 8137 T 54 a envie de sortir des rangs et de crier :
Je suis volontaire, je serai le groupe à moi tout seul......
Et le bidel de conclure : les propriétaires nous ont fait l’insigne honneur de nous héberger et la délicatesse de nous autoriser à utiliser leurs W.C.
Si l’on admet que dans la marine la nourriture est plus abondante que dans la biffe, il faut donc prévoir grand et après inspection des lieux, la seule chose qui s’avère nécessaire et dans les plus brefs délais : vider la fosse. Celle - ci, creusée juste après la victoire du duc d’Aumale sur la smalah d Abd El Kadder en 1800 et quelques, est archi pleine.
Maintenant je suis tout à fait sceptique.
Le valeureux matricule 8137 T 54 va, comme il le souhaite, participer à sa première opération en territoire ennemi et suprême honneur, désigné par le bidel comme éclaireur de pointe.
Ici on n’est plus à l’école, le bleu va en ch..... .
Mission très périlleuse car en équilibre instable sur une poutre placée en travers de la fosse, muni d’un seau récalcitrant qu’il faut aider en plongeant le bras jusqu’au coude d’abord puis jusqu’à l’épaule ensuite, la matière fécale devenant plus épaisse et consistante vers le fond, le seau allant de main en main, son contenu déversé dans la remorque d’une jeep.
Il n’y a que le chant pour remonter le moral du soldat pendant l’exercice, au repas c’est la « MOQUE » de rouge, au repos c’est une femme.
• Un chant guerrier : la marche des commandos... dans la M.....
• Une chanson paillarde : la digue du c.. en marchant dans la M......

Qui a eu l’idée, l’audace, le courage d’entonner les fameuses chansons de Boris Vian : « le tango des bouchers de la Villette et « le déserteur » que tous les intellos de gauche braillent à Montmartre le soir, chansons interdites dans toutes les armées de France et de Navarre. Il suffit d’ailleurs qu’elles soient défendues pour que tous en connaissent l’air et les paroles.
Nous n’avons nullement envie de déserter, seulement de nous défouler.
On nous fait de grands signes de loin, le bidel s’agite, gesticule, trépigne, mais personne n’ose s’approcher.
C’est au terme du premier voyage que notre « peau d’lapin » commando qui lui non plus n’a pas inventé le fil à couper le beurre va nous faire découvrir les effets pratiques de la force centrifuge.
Premier voyage donc, traversée du village « langsam » afin d’éviter les projections : un kilomètre d’asphalte, un peu de déperdition, un bout de chemin caillouteux, tortueux et malaisé avant d’arriver sur la rive d’un oued qui n’a jamais connu de crue, toujours depuis la reddition du grand chef arabe.
Il est inutile de s’arrêter, un simple coup d’oeil suffit pour nous rendre compte que la remorque est vide.
Et c’est ainsi que dans le cerveau étroit de notre trublion toujours à la recherche de la moindre connerie et très étonné de ne pas être encore passé au grade supérieur jaillit l’idée géniale, celle qui allait transformer un désastre en victoire, transcender, transfigurer les hommes, nous relevons la tête en arborant un large sourire.
Le fusilier marin n’est pas le seul soldat à avoir des idées et plus spécialement des idées loufoques, mais il est certainement un des seuls à les exécuter.
Le fusilier marin a hérité de ses lointains ancêtres (les forbans, corsaires, pirates, flibustiers, boucaniers) du courage, de la fierté, du désintéressement, le mépris de la mort et surtout des cons. La corvée est terminée en un temps record, normalement nous sommes exemptés de défilé, mais au grand ahurissement du bidel nous insistons pour y participer.
C’est ainsi qu’en ce jour mémorable à plus d’un titre, le 14 juillet 1956, le commando Jaubert défile devant des spectateurs très clairsemés se pinçant le nez et sous les seuls applaudissements sincères d’un ancien tirailleur algérien qui a dû perdre l’odorat en gravissant les pentes du mont Cassin.
La rue à cet endroit du village est droite et pourtant le commando louvoie comme la belle poule sortant du goulet de Brest par gros temps sans l’aide du moteur auxiliaire.
Explication : si tant est que le lecteur n’a pas encore compris :
Ce n’est que la concrétisation de l’idée géniale qui s’est traduite sur le parcours urbain par un slalom effréné ponctué de coups de freins brutaux et de démarrages foudroyants, la remorque ainsi chahutée laissa répandre son contenu tout le long du trajet du défilé.

37 années après, qui se souvient de cette fameuse corvée ????
J’ai envie de crier : debout les morts et riez avec nous.
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:32

LE NIVELLE DU DJEBEL ZACHRI

1956 Nemours,
Branle-bas de combat, pas plus de 10 minutes pour s’équiper, apparemment ça urge.
On grimpe dans les camions, la routine, direction le terrain d’aviation de Nemours et embarquement dans les hélicos - Sikorski - une première, c’est surprenant, valorisant et inquiétant tout à la fois. Il doit y avoir du grabuge quelque part avec une concentration importante de HLL.
Le djebel défile sous les hélicos bruyants et poussifs, ils ne sont pas de la première jeunesse, un groupe pas plus avec armes sans bagages.
Une heure de vol, c’est long, un dernier coup d’oeil sur nos armes, pas de supputations bien que ne sachant rien sur la mission qui nous est confiée, nous gardons le silence, portes ouvertes, le bruit assourdissant du moteur et des pales couvrirait nos voix.
Dans ces moments d’attente forcée, il est faux de dire qu’il n’y a pas une montée en charge d’adrénaline canalisée par un esprit de groupe, par le désir de faire au mieux, d’être à la hauteur, non pas un héros mais un soldat et un commando.
L’hélico ne se pose pas, le terrain est trop accidenté, nous sautons, pas de casse, les chevilles sont rôdées.
Tout est calme alentours, néanmoins l’art du camouflage étant omniprésent, le moindre rocher, le plus petit buisson sont occupés à bon escient.
La première section est désignée pour reconnaître le terrain, toujours la première section, un brin de jalousie règne à Jaubert, la première est chouchoutée.....
Quelque 300 mètres de progression et c’est l’accrochage, une katiba bien planquée sur un mamelon rocheux prend à partie la section commandée par l’adjudant Darras. Ce valeureux guerrier haranguant sa troupe au mépris du danger est touché au ventre, il mourra quelques jours plus tard à l’hôpital.
La section est clouée au sol par le tir intense et précis des HLL .
Des tirs d’artillerie pilonnent les Fells et la chasse mitraille le nid de résistance. Des renforts arrivent, la DBFM ( demi-brigade de fusiliers marins) , nous sommes dans leur secteur, puis la légion étrangère qui vient fraterniser avec les autres sections de Jaubert à l’écart de la fusillade.
Bien entendu, Cdos marine et légionnaires attendent la fin du pilonnage pour monter à l’assaut et il nous paraît évident que ce seront les commandos marine qui ouvriront le bal.
C’était un bien mauvais calcul.
Il faut savoir pour les non-initiés que la DBFM était composée de marins appelés, encadrés par des engagés issus des Cdos marine et fusiliers marins engagés et que le pacha de la DBFM commandant le secteur fait sa guerre et veut sa victoire avec des médailles et de l’avancement. On l’appellera X pour ne pas salir la mémoire de l’homme valeureux qu’il fut en Indochine, mais en cet instant précis il a trahi la devise :
HONNEUR, PATRIE, VALEUR, DISCIPLINE.
Après plusieurs heures de matraquage intense et ininterrompu, quel beau tableau de chasse que tous ces Fells hors d’état de nuire, toutes ces armes récupérées, une belle photo en vérité.
Il se fait tard, la nuit ne va pas tarder à tomber, vite il faut en finir, une compagnie de la DBFM se déploie et monte à l’assaut du piton pentu. La fusillade se déchaîne, les rebelles bien abrités derrière d’énormes blocs de rochers n’ont guère souffert des obus des artilleurs et des roquettes des aviateurs. Sous un feu d’enfer, les fusiliers marins tombent comme des mouches et se débandent, un deuxième assaut avorte, la résistance est bien trop forte et ces jeunes soldats arrachés à leur foyer après quelques mois de classe vont mourir sur les pentes noyées de soleil du djebel Zachri.
Jaubert a assisté au massacre, nous pleurons de honte et de colère, les officiers de la légion sont écoeurés, le légionnaire reste calme, résigné mais méprisant.
La nuit tombe, il est hors de question d’envisager une autre attaque, il nous faut resserre le bouclage pour tenter d’intercepter la bande de HLL qui à la faveur d’une nuit noire passera au travers des mailles du filet.
• Bilan de l’opération : 19 morts chez les fusiliers marins
• Morts pour la France
• Morts sur la terre d’Algérie
• Morts pour rien
• Morts par bêtise criminelle
Cet officier supérieur est devenu amiral, je présume, convaincu d’avoir fait son devoir de soldat, il dort certainement paisiblement.
J’allais oublier, autre bilan de cette opération :
• Trois belles dindes venues de je ne sais où, se pavanent à proximité d’une section de la légion. On entend le halètement des hélicos au loin, les légionnaires dans un mouvement tournant bien orchestré encerclent les dindes, mais ordre leur est donné de ne pas inquiéter ces charmants volatiles, et c’est avec assurance et sans vergogne que nous nous emparons du trio glougloutant de gallinacés.
Nous embarquons dans les hélicos sous les yeux stupéfaits et médusés de la légion. Contre mauvaise fortune, bon coeur, ils nous souhaitent bon appétit en plusieurs langues, on leur revaudra ça.
Quelques jours plus tard, le pacha me fait appeler et me passe un savon, il a reçu un courrier de mes parents qui s’inquiètent, leur fils n’a pas donné de ses nouvelles depuis deux mois et la presse a fait état du triste bilan de cette malheureuse opération, en occultant bien évidemment la vérité.
Chers parents, c’est grâce à l’immense mansuétude du commandant X que je lui dois d’être encore de ce monde et pour avoir épargné si généreusement la vie des commandos marine et des légionnaires, nous lui décernons, à titre exceptionnel la croix du déshonneur. Fermez le ban .
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:35

DESTINATION SUEZ


Il était une fois le 6 novembre 1956

Mes amis, il a de cela quarante ans
Pour certains, ils en avaient tout juste dix-huit
Notre vie, c’était la douleur, la sueur et le sang
À cette époque, nous n’avions rien de jésuites.


En pleine nuit c’est le grand départ
La destination nous est encore inconnue
Nous embarquons sur le Jean Bart
D’après les préparatifs, c’est sûrement un coup tordu.


Le grand navire fend les flots rageusement
Et pendant la traversée au son du clairon
On sent que nous allons vivre dangereusement
Car nous sommes de corvée de munitions.

Au large de Chypre se profile la grande armada
Nous quittons fiévreusement je J.B. avec notre barda
Et toujours cette lancinante question qui nous tracasse
Où serons-nous, où allons-nous sur ces barquasses.


Couché à même le pont du L S D Foudre
Au petit matin l’air marin sent déjà la poudre
La mer est couverte de milliers de bateaux
Le ciel est constellé de drôles d’oiseaux

Au loin on distingue la côte égyptienne
Une immense colonne de fumée noire monte au firmament
Point n’est besoin d’être cartomancienne
Pour deviner la nature de l’événement.


Serrés comme des sardines dans le char amphibie
La mer houleuse nous asperge d’embruns
Nous ne voyons rien de la rive ennemie
Heureusement nous avons le pied marin


Le débarquement s’effectue sans dommage
Les paras sont venus rôder dans les parages
Nous nous sentons atteints dans notre orgueil
Mais il est faux de dire que nous avons la larme à l’oeil.

D’autant que l’ennemi apparaît
Sous la forme d’un canot, il rame comme plusieurs
Certainement un déserteur qui fuit les Anglais
Pour se faire couler par nos fusils-mitrailleurs.


Si notre participation fut somme toute modeste
Et bien loin de combler nos ambitions
Le seul résultat concret, c’est la vignette
Tradition oblige, on n’a pas failli d’être con.


Avec bonne humeur, tous les ans à la même date
Sur mon pare-brise, je colle une étiquette
Et il m’arrive souvent de rire à m’en tordre la rate
D’imaginer que sans nous, les vieux seraient dans la disette.


Sécurisé par une puissante force navale
Je me promène, serein le long du canal
Heureux d’avoir mis une déculottée à Nasser
Mais à la réflexion était-ce bien nécessaire?


Que nous reste -t - il de cette campagne peu glorieuse
Au pays des grands rois pharaons
Quelques souvenirs de nature douteuse
Sous l’uniforme des centurions.


S’il vous arrive, en rêve, de revivre cette aventure
Point n’est besoin de brandir le morceau d’étamine
Ayez une pensée pour le bidel, Huron dit la Hure
Figure incontournable des commandos marine.


Toi qui évoquais récemment les celtibères
Guerriers qui ont conquit la France entière
Tu fais partie de ces soldats valeureux
Qui, comme Conan, ne furent pas nombreux


Je sais, il faut se tourner vers l’avenir
Mais la mémoire résiste au temps
Et sans elle, point de souvenirs
A transmettre à nos petits enfants.




Dédié à Debrowski dit « Popof
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:37

UNE CARRIERE MILITAIRE BIEN REMPLIE


Un grand principe : dans certaines circonstances et dans certains pays, éviter de boire de l’eau.
Le corollaire : le matricule 8137 T 54 a raté sa carrière parce qu’au poste Requin, un seul parmi nous ne buvait que de l’eau, l’armée du salut ça existe, ça
Je ne lui en veux surtout pas le pauvre d’avoir chopé la polio, je ne me souviens même plus de son nom mais quel dommage quand même de ne pas avoir profité de la vie à 20 ans.
Outre sa qualification de commando, il avait pour mission de servir les officiers.
À son départ, le pacha a jeté son dévolu sur le plus jeune, en l’occurrence moi, l’usage dans la marine lors d’un naufrage et en cas de survie étant de choisir le mousse, c’est le plus tendre donc le plus facile à dévorer.
Statuant sur le fait que le stage de commando n’a aucune équivalence avec celui de commis aux vivres, je me suis donc interdit d’obtempérer malgré l’insistance paternelle du pacha.
Rien n’y fit malgré la promesse de rejoindre le stage de plongeur démineur prochainement.
Refus d’obéissance = 30 jours fermes.
Rigidité, manque évident de souplesse, pourquoi ne pas avoir accepté et se faire virer pour incompétence notoire en renversant un plat plein de sauce sur la tenue blanche du commandant, que diable il y a toujours mille façons de se sortir d’une impasse avec un peu d’imagination et d’intelligence, Balisson prend exemple sur nos hommes politiques.
Accompagné de mon ami Pétrault James, « menottes aux poignets, le canon du pistolet sur la tempe, » direction la maritime via Port - Vendres avec un arrêt à Chicago City. La maritime n’a pas voulu m’héberger, ouf, j’ai donc purgé ma peine au dépôt.


Retour à Jaubert, par avion, SVP, via Alger puis Oran.
Quelques mois plus tard je suis débarqué définitivement, la prison laisse des traces et il est possible que mon attitude ait pu surprendre désagréablement certains gradés.
Nouvelle affectation :
Amirauté d’Alger où après avoir présenté la hallebarde à un amiral en tournée d’inspection et effectué le même jour devant toute une colonie d’officiers supérieurs parmi lesquels trônait le fameux amiral, une épreuve sportive dont le 100 mètres en deux minutes avec une bière dans la main gauche et un casse - croûte dans la droite, je me suis retrouvé non pas en prison mais au cachot.
C’est ce qu’il ne faut pas faire même si on n’est pas doué pour le sprint et éviter de pique - niquer pendant l’épreuve.
J’avais pourtant bien commencé ma reconversion, maître Lican, un commando m’avait à la bonne, on allait, la nuit, poser des mines factices sur les vedettes rapides de la marine nationale, opération couronnée de succès au grand dam des pachas qui se sont fait tancer par l’amiral en question.
J’avais été également sélectionné au concours de tir inter - armes, je me mesurais avec les meilleurs de la légion et des bérets rouges et pour des raisons que j’aie toujours ignorées, le concours a été annulé quelques jours avant la visite de l’amiral. Vous concevez ma douleur et ma colère qui, elle, s’est manifestée justement dans ces 100 mètres, j’en avais les jambes coupées mais pas l’appétit.
Jaubert devait effectuer à cette époque une grande lessive, car vint me rejoindre pour mon plus grand malheur, le cosaque des Pyrénées occidentales, Canjouan qui n’avait pas pour habitude de se laisser marcher sur le bout des orteils, tant et si bien qu’une soirée dansante a mal tourné et que la P.M. a dû faire venir deux camions remplis de nègres coiffés du béret rouge pour venir à bout de deux énergumènes qui n’avaient d’autres envies que de flirter gentiment.....C’était sans compter sur la pruderie des algéroises que les grosses mains de l’ours mal léché commençaient par importuner.
RE. CACHOT... ET RE. MUTATION ......

Toujours l’amirauté d’Alger mais sur les hauteurs, le fort Dupérré, une station radio, responsable en second de la compagnie de garde, que d’honneurs pour un « malfrat », le second maître loge en ville et me délègue souvent ses responsabilités.
Mes pérégrinations à Alger avec Canjouan sont très coûteuses, ruineuses même, épuisantes et dangereuses, il suffit de rencontrer la légion et de croiser les bérets rouges et l’émeute éclate. Et puis j’ai fait l’acquisition d’un scooter manurhin, je l’ai gardé un mois car je ne pouvais plus supporter les colères de mon ami obligé de descendre à la moindre grimpette pour pousser l’engin, un demi-cheval vapeur ne pouvait pas hisser un quintal de muscles jusqu’au Télémli.
À tour de rôle les appelés de la compagnie de garde vont se libérer de leur angoisse dans la grande ville blanche, un taxi les prend devant une petite épicerie à 300 mètres du poste.
17 heures, Lombard un marseillais et un Breton en tenue n° 1, après avoir passé, l’inspection deux fois, la cravate avait été remplacée par une chaussette, je dois vous dire que ce n’est pas cette partie de vêtement qui m’a obligé à être intransigeant mais l’odeur qui s’en dégagea .
Ils, sont déclarés permissionnaires.
Ils franchissent donc la lourde porte du fort avec les recommandations d’usage : retour à l’heure pour éviter de faire le mur, la chienne du QM1 radio a déjà bouffé les trois moutons qu’un capitaine de frégate était venu mettre en pâture chez nous, arrêtons l’hécatombe.....
Quelques minutes plus tard, plusieurs rafales de mitraillette...
Torse nu, pieds nus, en short, je bondis sur un ceinturon où pendouille un MAC50 et pique un 300 mètres en 30 secondes, belle performance mais l’amiral n’est pas présent, adieu la médaille.
Le spectacle n’est pas des plus réjouissant, quatre corps gisent baignant dans leur sang. L’homme et la femme de la petite mercerie sont morts, le breton a une balle dans la poitrine et une autre dans l’épaule, quant au marseillais, c’est plus grave, 5 balles dans le ventre, mais ils vivent.
Un véhicule est en stationnement pas très loin, je demande au conducteur d’embarquer mes deux blessés, il refuse, je dégaine et lui met le canon de l’arme sur la tempe, il obtempère.
Nous franchissons la porte de l’hôpital, le matelot Lombard agonise dans mes bras, je descends à moitié nu, toujours le pistolet à la main.
ET RE.. RE.. CACHOT ....
Motif : tenue non réglementaire, et avoir menacé un CRS (le conducteur en civil était un CRS qui, s’il n’avait pas été menacé n’aurait pas prêté assistance à personne en danger (de mort). Le matelot Lombard est décédé quelques heures plus tard.
ET RE.. RE.. MUTATION..
Encore amirauté d’Alger, direction Boufarik, encore une station radio, j’ai raté ma vocation mais également la vacation, vous allez comprendre : Alger - Boufarik : 30 kilomètres, la chaleur est insupportable, il faut boire pour ne pas se déshydrater et c’est ma période martini - gin, une vingtaine, ça ne désaltère guère, un peu d’anisette et de bière, je prends le volant de la jeep et arrivée en fanfare je me retourne avec le véhicule devant le bidel. Il y a toujours un bidel, là où il ne faut pas.
ET RE.. RE.. RE.. CACHOT ET RE. RE. RE MUTATION

Cette fois - ci la coupe est pleine, la marine va se débarrasser de moi définitivement.
11 ème CHOC - CCI - DOP de la Calle, il ne me reste plus qu’un an à faire.
Année fertile en événements et je peux affirmer que sans notre participation, les succès remportés sur le terrain n’auraient jamais été aussi déterminants et spectaculaires.
Pour mémoire, j’ai également fréquenté pendant 8 jours la prison de Bône pour avoir fait manger du chat à un adjudant - chef para, grand défenseur de la nature et des animaux mais également grand pourfendeur d’arabes.
1960, fin de mon lien, direction Bône, Constantine, Alger et Oran où je suis démobilisé.
À ce moment, dernière frayeur, le bidel voit arriver un être humain, enfin si l’on veut, ça marche sur deux jambes, ça salue et ça parle mais c’est peut-être aussi un martien, non il n’est pas vert et n’a pas d’antennes, il est habillé, mais non il est déguisé, pourtant on n’est pas Mardi gras. Il a un pantalon et une vareuse bleu marine, pas de col bleu, un béret noir, pas de cravate, des pataugas et un grand sac kaki. D’un revers de main mal assuré, le bidel s’essuie les yeux bouffis par l’alcool, se mouche un grand coup, se gratte la panse, articule quelques mots inaudibles que j’ai l’outrecuidance de lui faire répéter, sa voix s’assure un peu et je comprends qu’il veut savoir de quel régiment je suis et ce que je viens foutre ici, chez les marins bien vêtus, bien propres, bien rasés, bien nourris.
Je lui présente ma feuille de route et décline mon matricule et mon identité, son visage s’empourpre, vire à l’écarlate, son souffle devient court, ses poumons se bloquent, il a un haut le corps et ce qui lui sauve la vie, c’est un hurlement qu’il réussit à extirper de sa cage thoracique, qu’il éructe, qu’il vomit ...........


AU TROU
Il ne comprend pas que l’on puisse se travestir ainsi, déshonorer la marine, le déshonorer lui, 25 années de carrière à passer son temps à inspecter les permissionnaires, s’attacher à ce que le pli du pantalon fende la bise et que la cravate ne dépasse que de deux doigts, l’Arthus du Fantasque et du Jules Verne au sommet de la gloire et de la puissance.
Je me souviens avoir vécu cette même colère aveugle et imbécile au Dourdy après quelques semaines d’école où le second - maître bosco me demande ce qu’il tient dans sa main ?
J’ai répondu : une ficelle. J’avais tout juste 15 ans et je venais de commettre la première faute impardonnable de ma carrière de marin.
J’ai fréquenté à ce qu’on disait l’école du vice, elle était certainement commandée par des vicieux.
Le bidel n’a pas réussi son coup, je reste calme et un tantinet ironique, ne serait - ce que par le regard, sa colère redouble et il m’expédie manu - militari dans le bureau du capitaine. Il jubile tel le pêcheur qui a ferré le gros, genre requin blanc, je suis même sûr que de jouissance il en a sali son pantalon.
Le capitaine est un homme intelligent, et peut - être ne veut - il pas s’empoisonner la vie avec un farfelu ravi de l’ire du bidel mais aussi un peu inquiet de la tournure que prennent les événements.
1) Il écoute mes explications
2) Il comprend que je suis un « enfant abandonné » par la marine et quand je lui dis avoir passé un an dans une DOP, il a une moue significative à la fois réprobatrice et condescendante.
3) Il admet qu’il n’est pas souhaitable que je regagne la France dans cet accoutrement.
4 ) Enfin il m’autorise à revêtir la tenue civile qui gît au beau milieu de la place d’armes depuis que le bidel m’a fait vider entièrement mon sac. Encore heureux que je n’avais pas emporté la « maschine pistole » récupérée sur un « Fell » le mois précédent.
Quelques heures plus tard, les formalités accomplies, la mention : conduite passable, écrite au crayon papier par le capitaine, il ne pouvait décemment faire plus, gommée par le scribouillard de service et remplacée par : très bonne conduite, je franchis l’aubette en civil, arborant un large sourire sous le regard médusé et rageur du bidel.
Je ne regrette rien, si ce n’est avoir quitté Jaubert trop tôt.
Je m’attendais à trouver beaucoup plus de personnes intelligentes dans le civil, que nenni, la banque est un repaire de faux jetons, d’arrivistes, de carriéristes, de spéculateurs et de menteurs.
Cette deuxième partie de ma vie, la vie civile, a été égale ment très mouvementée, mis à part la prison, et encore une fois je ne regrette rien, une petite montée d’adrénaline de temps à autre fortifie le coeur et brise la monotonie.
La troisième partie va commencer, exactement dans 15 jours, le 13 novembre 1997 à 12 heures....
Ce sera la retraite, du calme Balisson, langsam.....................
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:38

SYSTEME D
1959, La Calle, Algérie, frontière tunisienne.
« Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger ».
Je l’ai déjà dit, dans la marine nous sommes privilégiés quant à la nourriture.
À la DOP de La Calle, nous dépendons des chasseurs alpins et leurs grandes gapettes n’ont jamais été conçues, malheureusement pour recevoir du rab, les portions étant plus que congrues et des plus médiocres.
Nous formons une troupe très hétérogène d’une quinzaine d’hommes avec à sa tête un commissaire de police, ancien du commando Montfort en Indo, trois marins, deux paras, deux civils pieds-noirs, trois harkis et quelques appelés : un lorrain, un parisien, un basque......
Bien que divisés militairement parlant, le groupe était très soudé, très discret et très efficace et pour être efficace on ne peut pas se contenter de la « boustifaille » des chasseurs.
Tous les matins, les pêcheurs au lamparo, grande barque plate à l’arrière évasé sur laquelle une énorme lanterne appelée « lamparo » attirant les poissons comme un aimant, débarquent leur pêche encore toute frétillante. En pleine nuit noire, les lamparos se balancent mollement à l’horizon, au gré des vagues et ressemblent à des lucioles ou à un théâtre de marionnettes, une lumière disparaît une autre naît, c’est un spectacle magique.
Ce bon poisson frais que nous convoitons depuis plusieurs semaines donnerait le change à une morue trop salée et souvent éventée et pour accompagner des rougets grillés sur sarments de vigne, une dorade aux herbes de là - bas dit, ou des calamars à l’huile d’olive, on ne boit pas de l’eau mais du bon vin rosé frais du pays. Tout cela n’est pas donné et il nous faut de l’argent.
Argent = caisse noire.
Le no man’s land entre La Calle et la frontière tunisienne est giboyeux à souhait, depuis les événements , la chasse est interdite.
L’idée est trouvée et acquise, nous allons chasser le sanglier et le canard et ainsi compléter les plats de lentilles aux cailloux et les pâtes trop cuites avec du filet et du magret, vendre le surplus et enrichir notre caisse noire.
Sitôt dit, sitôt fait: deux fusils-mitrailleurs en batterie sur la dune surplombant la route côtière, de l’autre côté c’est la forêt.
22 heures, nous nous postons, vers minuit les gorets sortent de la forêt, méfiants ils attendent, ils se regroupent et en un seul bond franchissent la route et se regroupent au pied de la dune, les petits chênes leur offrent leur nourriture préférée: le gland.
Le vent souffle de l’intérieur vers les dunes là où nous sommes embusqués, le gibier ne sent pas notre présence et s’avance tranquillement vers les gueules noires des deux F M.
Les rafales de traçantes crépitent, ils sont pris dans un faisceau croisé de petits points lumineux mortels qui ne leur laissent aucune chance. Il ne faut pas en tuer trop à la fois, 5 suffiront pour cette nuit, nous les chargeons dans le 4/4 et direction La Calle.
Dépeçage, récupération des filets et des abats, le reste est vendu chez le boucher du village, la caisse noire se remplit, ainsi nous pouvons varier nos menus en achetant du poisson et en dévalisant le caviste du coin.
LE COUP DU ROI :
La chasse au canard est tout à fait différente car réservée aux huiles sur invitations.
Il était totalement impensable que dans une unité normalement constituée (biffins ou chasseurs alpins) on prenne l’initiative de chasser autre chose que ce qui nous était militairement dévolu, depuis 5 années déjà. Imaginez le kilo de paperasses pour obtenir un blanc - seing de la part des autorités civiles et militaires. Il aurait fallu pour cela que la guerre s’éternisât encore une dizaine d’années, il y aurait eu plus de cochons que d’arabes.
La DOP ayant une entière liberté de mouvements de par ses « statuts » très spéciaux, lorsque la caisse noire résonnait comme un tam - tam, il suffisait de lancer les invitations: le colon, lui ne venait jamais car il avait la trouille du gégène, le commandant; le capitaine, le toubib.....
Quelques gus de chez nous pour assurer la couverture, le coin est mal fréquenté.
Vous allez assister à la chasse à la « passée » :
Toujours dans le no man’s land, un lac bordé d’une forêt, un paradis pour le gibier, il s’agit d’arriver avant le crépuscule, aujourd’hui en plus de ma mitraillette, Quillichini, le commissaire me confie un fusil de chasse, peut - être me suis - je un jour vanté d’être un fin tireur ? Avant que la nuit ne tombe les canards survolent le lac très haut et à grande vitesse. C’est la première fois que j’ai un fusil à deux coups entre les mains, je piaffe d’impatience, je ronge mon frein et à la force de le ronger il casse laissant libre cours à mes instincts sanguinaires.
Droit comme un I , à la verticale (le coup du roi), je vise, je tire et le canard tombe à mes pieds.
Stupeur, stupéfaction, un tout petit, pas même un sous - officier, un presque sans grade, un roturier a réussi ce qu’il y a de plus difficile. J’avoue être le premier étonné, mais ne le fais pas voir, j’évite de me congratuler, de me serrer la main, de me taper dans le dos, de m’embrasser, de me décorer car aux dires de ces messieurs les officiers, c’est un pur hasard, il ne pourrait en être autrement.
Quillichini ne pipe pas, lui n’est sûr de rien, le pot? le hasard? .
Ma fierté est durement éprouvée et je fais fi des sourires sarcastiques des invités attribuant à ce coup royal une flopée de bémols, je me dois donc de rééditer ce coup.
Je vise, je tire et un second canard tombe à mes pieds. À ce moment, on n’en croit pas ses yeux, silence gêné, on va même vérifier si ce pauvre volatile n’a pas succombé à une crise cardiaque, du sang a maculé son beau plumage verdâtre (c’est un col-vert), aucun doute possible c’est encore le coup du roi.
Quillichini arbore un sourire discret. À partir de là plus rien ne m’arrête, j’ai envie de leur faire voir que même les yeux bandés les centaines de canards qui évoluent tout là - haut dans le ciel seront tout - à - l’heure à mes pieds.
Pauvre imbécile, deux bons canards valent mieux que trois tu l’auras. Troisième essai, le canard est blessé et s’en va choir à une vingtaine de mètres, mon auréole est tombée avec le troisième canard, dans la vase. Ce demi-échec va mettre un terme à ma démonstration qui aura eu comme principal effet d’importuner les officiers qui n’ont pas eu le courage, l’audace, la sportivité de relever le défi de peur de se ridiculiser. La nuit tombe, je prends ma place en protection du groupe, c’est le moment précis où le canard va rejoindre l’élément liquide pour étancher sa soif et se garnir le gésier.
En décrivant de larges cercles, il descend lentement vers le lac et à quelques mètres de la surface, suspend son vol une fraction de seconde et s’abat lourdement dans l’eau. C’est cette fraction de seconde qui est mise à profit pour le tirer à bout portant.
Plusieurs sacs seront remplis, c’est tout bon pour la caisse noire.
Je contemple cette parodie de chasse d’un oeil méprisant, jamais en tant qu’officier, je n’aurais participé à un tel massacre sans avoir relevé le défi d’un quartier-maître simple. D’ailleurs mes deux canards n’ont pas rejoint le charnier, je les ai gardés jalousement, ils sont morts parce que j’étais un fin tireur et non point attirés dans un guet - apens à l’aide d’un appeau.
Quillichini a eu le grand mérite de me signifier, avec un sourire complice, qu’en de telles occasions, je n’aurais plus le droit de m’exprimer ainsi, pour des raisons de convenances.
Quelques mois après mon retour en métropole, comme quoi le ridicule tue, j’ai appris que le toubib avait été blessé et que l’adjudant para, lui, était mort. Ils attendaient les canards, les rebelles attendaient un plus gros gibier...............
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:40

UNE EMBUSCADE REUSSIE




Un jeune aspirant arrive de la métropole et doit nous rejoindre au poste Requin, via Honaïne par L C V P; Honaïne est un petit village de bord de mer que le poste Requin situé à une dizaine de kilomètres surplombe de ses 600 mètres d’altitude.
Le trajet aller, Requin - Honaïne que l’on qualifie « ouverture de piste » avec un groupe équipé de la poêle à frire, un autre qui progresse en couverture sur la pente dominant la piste, une Jeep et un GMC.
Pourquoi tout ce déploiement? simplement parce que le Fell a pour fâcheuse habitude de miner cette piste, mon ami Gilles Gaudin de Penfentenyo a morflé lorsqu’ils sont venus nous remplacer, ainsi que des tirailleurs sénégalais dont la plate-forme du GMC a été transformée en passoire (une dizaine de morts).
La piste est claire - RAS - le retour se fera dans les véhicules.
Le pacha a concocté un baptême du feu sous la forme d’une embuscade à quelques centaines de mètres du poste Requin.
Un groupe prend position sur les hauteurs, des grenades OF sont piégées à mi-pente et dès que le convoi pointera le bout de son nez, toutes les armes devront tirer au plus près au-dessus des véhicules.
La section montante a reçu des instructions très spéciales de la part du pacha :
1) Faire croire à l’aspi que la région est infestée de rebelles, ce qui n’est pas tout à fait faux
2) Lui ôter les balles du chargeur du MAC 50
3) Dès le début de l’embuscade, répondre par un feu nourri (en l’air) et arriver en trombe au poste.
Le convoi aborde le dernier virage, un feu d’enfer se déclenche, longues rafales, éclatements des grenades, la totale quoi.
Notre aspi n’est pas au bout de sa peur, de sa stupeur, de sa frayeur, le poste est quasiment déserté, seul, le pacha qui se fait passer pour fou avec sa grande barbe rousse, gesticule et donne des ordres incohérents à des sections imaginaires pour poursuivre les rebelles qui ont attaqué le poste et son second allongé sur une civière et recouvert d’un drap blanc maculé de sang (de poulet) , témoignent de l’âpreté et de la férocité du combat.
C’était une embuscade réussie, brève, rapide, intense et comme tableau de chasse :
Un pauvre aspi, blanc, blême, transparent, livide, translucide, encore moins lucide, tremblant, tremblotant, larmoyant, vacillant, trébuchant, ânonnant, et qui n’a même pas pensé une seule seconde à dégainer son arme, la trouille de sa vie.......
En opération : mon copain Chaudron. De longues années ensemble : école des pupilles, école des mousses, école des fusiliers marins, stage commando, commando Jaubert
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:41

LE SOUS - MARIN DE PORT – SAY



Pour quelles raisons la marine a-t-elle décidé ou la pacha a- t-il demandé qu’on nous livre un DUKW ?
C’est un véhicule amphibie de l’armée américaine qui a eu ses heures de gloire sur tous les théâtres d’opérations de débarquement, pacifique, Normandie, Provence etc... Nous sommes des marins -biffins et comme cet engin a des roues et une hélice nous devions en être les dignes dépositaires.
La livraison a lieu à Nemours et nous allons le convoyer jusqu’à Port Say, petit village de bord de mer à la frontière Marocaine, où si vous avez l’occasion d’y aller un jour, vous dégusterez des haricots de mer accompagnés d’un petit vin rosé bien frais, ne rêvons pas ce n’est pas encore pour demain.
Nous sommes fiers, ce char aquatique fait un peu figure de brontosaure tout au long du trajet où nous croisons des convois de la DBFM et autres armes qui se demandent ce que les bérets verts sont encore entrain de concocter, quels coups tordus vont-ils exécuter avec un engin pareil, les oueds sont à sec, débarquer à Gibraltar paraît peu probable, alors quoi ? On n’ose pas se moquer car l’engin est relativement menaçant avec ses grosses mitrailleuses et ses occupants qui se prennent très au sérieux.
Vitesse de croisière en convoi : 40 kmh, le gros bébé avale les 60 kilomètres sans rechigner, il est vrai que le conducteur n’a pas le pied lourd.
Nous arrivons à bon port ( Port Say) , maintenant qu’il a démontré des qualités routières indéniables, vous pensez bien qu’avec cette chaleur caniculaire notre canard a besoin de se ré hydrater et une petite plage à l’extrémité du village nous offre toute la sécurité et le secret voulus pour ce genre d’opération.
La mer est bleue, la mer est d’huile, à quelques centaines de mètres se dresse un rocher, paraît-il couvert de moules.
Le DUKW s’avance lentement dans l’élément liquide comme pour mieux savourer ce moment, maintenant il flotte, un mécanisme intelligent stoppe les roues et fait tourner l’hélice, il s’éloigne du rivage en direction du rocher qui nous fournira à n’en pas douter le repas du soir.
La marine forme en un tronc commun des fusiliers marins, à l’issue de ce cours (8 mois) deux stages sont proposés :
• Celui de commando
• Celui d’amphibie
La technique, la conduite d’un engin de débarquement et d’assaut n’ont aucun secret pour le fusilier marin breveté amphibie, le rôle du commando marine se borne quant à lui à grimper faire le voyage d’un point à un autre, le plus court possible c’est le mieux et à débarquer.
Or qui pilote aujourd’hui ? un commando marine qui tout à la joie d’avoir réussi le premier exploit, franchir les 60 km, était en passe de réaliser le second, naviguer.
Sans pour autant être aussi complexe que le tableau de bord d’un Boeïng 747 il y a quelques manettes et leviers auxquels il ne faut pas toucher lorsque le canard prend son bain et ce qui ne serait pas arrivé avec un amphibie arriva avec un commando, doucement, irrésistiblement comme attiré par la douceur du chant des sirènes de l’île de Caprée, le char s’enfonce dans les flots, la mitrailleuse tel un périscope se dresse vers le ciel implorant une aide, c’est fini, il repose désormais par quelques mètres sur le fond.
Ses occupants nagent vers la plage, tout habillé, un exercice maintes et maintes fois répété pendant le stage commando, ils sont ahuris, consternés et sans moules.
Des ordres fusent, tout n’est pas perdu, le GMC arrive, s’arc-boute sur la plage, le nez face à la mer, on déroule le filin du treuil, on plonge pour l’amarrer au « sous-marin », manoeuvre inverse, on enroule le filin, le moteur du GMC s’affole, le filin d’acier se tend et se rompt, encore quelques tentatives toujours aussi infructueuses et de guerre lasse nous abandonnons.
Le DUKW gît au fond de la mer, ce sera son cimetière pour l’éternité. Mort peut glorieuse à l’image de l’époque et de l’épopée.
Je me pose encore une fois cette question ?
À quoi nous aurait-il servi ? à aller aux moules ?
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:43

ADIEU CAMARADE


Tout frais émoulu de B E de fusilier à Sirocco, je n’ai pas encore l’âge requis pour effectuer le stage commando qui n’ouvre ses portes qu’à partir de 18 ans révolus.
Je rejoins donc la métropole à Toulon sur le Fantasque, ancien contre - torpilleur rapide devenu une poubelle flottante, base à « terre » des commandos à Saint - Mandrier.
Quai Cronstadt, j’embarque sur le « Pipady », barcasse poussive qui a du mal à fendre le clapotis de la merveilleuse baie de Toulon. Le Fantasque est mouillé près de l’école des mécaniciens, je grimpe sur le tas de rouille, un officier deux galons se tient à la coupée, surtout ne pas manquer de saluer le pavillon qui flotte mollement à l’arrière de la vielle baille, première épreuve réussie, l’officier m’invite à le suivre dans une cabine où immédiatement il me donne l’ordre de vider mon sac et de le présenter au carré.
L’inspection de sac n’est pas ce qui est de plus réjouissant, à vrai dire j’en ai une sainte horreur, tout doit être plié 25/25, bien aligné et le matricule de chaque vêtement doit être apparent et clairement marqué. L’officie r m’en impose, grand, svelte, le visage marqué par la petite vérole, il va et vient derrière moi, s’impatiente, se précipite sur mon chef d’oeuvre et d’un geste rageur éparpille mon sac au travers de la carrée en m’enjoignant de le refaire illico - presto, comme le manuel du parfait marin le préconise. Il me plante là en proférant des menaces que je prends forcément très au sérieux.
Un quart d’heure plus tard, un matelot, grand, svelte, le visage marqué par la petite vérole s’avance vers moi en se tordant de rire, content et fier de son coup, ce n’est autre que Rossello, 4 ans de commando, toujours matelot, la crasse de meule, quoi.
En tant qu’anticonformiste, excessif et moqueur tout à la fois, il devient rapidement mon ami. Je ne compte plus les sorties nocturnes au nez et à la barbe d’Arthus, nous faisons le bord non pas par la coupée mais à califourchon sur la chaîne d’ancre qui relie le Fantasque au quai. Avant le stage commando, je m’entraîne déjà au bout sur mer.
Sa vieille Simca 5, telle une Rossinante sillonne les rues de Toulon à la recherche d’esseulées qu’on arrive à tasser sur mes genoux ou dans le coffre, ce n’est qu’une deux places.
Les seules escapades où je suis exclu (trop jeune) : ses incursions à la B A N de Saint Mandrier, déguisé en officier, il se fait inviter au mess; un culot monstre.
Après le stage commando, nous nous retrouvons à Jaubert, dans le même groupe, voltigeurs de pointe.
Trente ans plus tard, j’ai appris que Rossello, devenu civil et résident à Alger, sa ville natale, avait été assassiné sur une plage.
OAS ? SAC ? Double jeu ? en cette période trouble et sanglante, ce magicien des coups tordus ne pouvait guère espérer mourir à 90 ans dans son lit.
Debrowski dit « Popof » et Rossello
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:44

50 ème ANNIVERSAIRE DE LA VICTOIRE DU 8 MAI 1945
LES FORBANS MAGNIFIQUES
Poème épique, en hommage et à la mémoire d’hommes hors du commun: LES FUSILIERS-MARINS de la FRANCE-LIBRE (1 er R F M) ( compagnon de la libération), et à travers eux, à tous les français qui se sont sacrifiés pour la liberté et la justice.
Note : Forban n’a aucun rapport avec soudard ou voyou. Ce nom, dans la Marine Royale, se donnait au corsaire qui, prenant la mer sans autorisation, allait faire la guerre pour son propre compte.... Reproche que le général de la 1 ère D F L, Diégo Brosset, adressait parfois à cette extraordinaire unité.
∑ Le battle-dress britannique
** « La 1 ère D F L » du Général Yves Gras - page 260.
Bannis de la patrie humiliée... asservie...
Patriotes fervents. Marins jeunes et forts.
Intrépides, ils avaient sacrifié leur vie.
L’espoir, par le combat, était seul réconfort.

Combattants absolus à la foi souveraine,
Sous l’uniforme ami, qu’en France on condamnait.*
À peine une poignée sous la croix de Lorraine :
Symbole dans lequel leur lutte s’incarnait.
Le Fusilier-marin de notre France-libre,
Des sables aux montagnes, aux nazis s’opposa.
Artilleur, cavalier, mais Marin dans ses fibres
Et qui, à Bir-Hakeim, un contre dix, osa !

Au regard tous avaient la lueur intraitable.
Ô France souviens-toi... tes héros dérangeaient !
Et l’allemand craignait ces hommes redoutables
Qui, dès quarante-deux, la débâcle Vengeaient !

Labourant le désert, abreuvés d’eau croupie,
Étouffés par le sable en ouragan cinglant...
Sachant que, sous leurs roues, la mort était tapie :
Les mines ennemies dans leurs fracas sanglants !
Puis vint El-Alamein, Tunis et l’Italie...
De joie pleurant, aux plages du débarquement !
Leurs tombes ont jalonné nos campagnes jolies
De Cavalaire aux Vosges, au contact allemand.

Enfin jusqu’à l’Authion, ils portèrent l’épée.
Les ultimes tués... luttaient depuis quatre ans !
L’histoire connaît peu de semblable épopée...
Fantastique aventure, ils allaient l’illustrant.


D’aucuns ont qualifié l’unité héroïque
Fortes têtes, exaltés, même Royal-Voyou ! **
« Pauvres crétins enviant mes forbans magnifiques,
Jugea le grand Brosset, Général casse-cou!





Et le temps a passé... Sublimant leur mémoire.
Sakos n’évoquant pas de doux Enfants de Chœur...
Quel drapeau cependant assume autant de gloire ?
Fors la tâche sacrée, indomptés et vainqueurs !

Ô frère inhumés sous tant de croix grossières !
Après cinquante années... Si vos corps ne sont plus;
Humus ou noir terreau, mêlés à la poussière...
De nos coeurs, nos pensées, jamais exclus !


A.J. Ragot - 1 er R F M, matricule 2111 C 36
avec son accord
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:45

F N F L ETERNELLES !
Ce poème, conçu à l’occasion du cinquantenaire de l’appel du 18 Juin 1940, est dédié aux Forces Navales Française Libres.Corvettes ALYSSE et MIMOSA : torpillées en mer du Nord en 1942. Équipages presqu’entièrement disparus. Même époque : la Corvette ACONIT coule deux sous-marins allemands dans la même journée.


Enthousiastes, ils avaient sacrifié leurs vies !
Au plus lointain des mers, marins jeunes et forts.
Bannis de la patrie humiliée... asservie
L’espoir, par le combat, était seul réconfort.

Combattants absolus, à la foi souveraine,
Que les traîtres, les veules, en France condamnaient !
À peine une poignée sous la croix de Lorraine,
Symbole dans lequel leur lutte s’incarnait.

D’un continent à l’autre, intrépide navette,
Le bateau Français-Libre aux nazis s’opposa.
Avisos, torpilleurs et vous frêles corvettes;
L’une avait nom ALYSSE... une autre, MIMOSA...

Labourant l’océan, y veillant sans répit,
Dans la plainte des vents, giflés du froid cinglant.
Sachant qu’en dessous d’eux la mort était tapie...
La torpille ennemie, dans son éclair sanglant !

Cinquante années déjà... Le flot nous les a prises.
Engloutissant, des voix, les appels déchirants.
Le coeur F N F L ..., en l’évoquant, se brise...
Ainsi qu’au premier jour, St Pierre * va pleurant.

Au regard tous avaient la lueur intraitable.
Ô France souviens-toi... Tes héros dérangeaient !
L’allemand les craignait; étranges, redoutables,
Et deux fois en un jour, notre ACONIT Vengeait.

Frère, la mort n’est rien, car ce n’est qu’un passage !
Quand le suprême don s’écrit ; Fécondité.
Lorsque le sacrifice est un glorieux message,
Au front du temps, tu as, Marin, l’éternité !


∑ St Pierre et Miquelon, base navale F F L

A.J. Ragot - 18 Juin 1990 , matricule 2111 C 36
avec son accord
_________________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Mar 27 Nov 2007 - 22:46

UN SOUVENIR DE VACANCES

Provence de beauté, de douceur et de paix !
Le poète est timide et qui pourtant seul ose,
Pleurer la tragédie sous tes monceaux de roses.
Oh ! mais tu pleures aussi... Dis-moi ce que tu sais.

( Partie d’un sonnet)

C’était au plein d’un été récent et des pleines vacances sur la côte varoise.
Partis de Toulon très tôt le matin, afin de rouler par la fraîcheur et alléchés la veille par les dépliants des offices de tourisme, nous avions, mon épouse et moi, décidé de visiter et filmer cette délicieuse vallée qui, sur cinq ou six lieues de profondeur à partir du littoral, s’ouvre vers le Nord entre Toulon et Hyères.
Bordée à l’Est par le massif des Maures, à l’Ouest par une série de collines boisées et urbanisées, elle va montante et se rétrécissant du Nord-Ouest par la « barre de Cuers ».
Célébrée, chantée par une pléthore de poètes et d’écrivains depuis le siècle dernier, touristes et estivants de toutes races et nations y affluent, non seulement à la belle saison, mais un peu au continu toute l’année.
Il suffit des doigts d’une main, pour compter les adorables localités blotties dans ce merveilleux coin de Provence. Autant que leur joliesse, les vestiges nombreux de leur passé chargé d’histoire attirent également touristes et vacanciers.
Cependant, malgré cette affluence, ces bourgades enchanteresses, fraîches et tentantes pour le repos, respirent la paix. Et lequel, d’entre ces visiteurs, n’a pas eu un peu l’envie de prendre pied dans cette douceur, ce parfait bon vivre ?
Les offices de ce tourisme recommandent, mais en la conseillant le matin afin d’éviter le torride après-midi du lieu, une vue d’ensemble depuis le nord de la vallée, en gravissant la « Barre de Cuers », dont le « Pilon » culmine à plus de 700 mètres.
Gravir vraiment ! Car seul un sentier de randonnées conduit au faîte. Mais cette fatigue, d’ailleurs bénéfique, offre à la vue non seulement l’inoubliable vallée, mais embrasse en retrait une région de vallons boisés, d’où dépasse un essaimage de localités aux villas blanches et toits rouges du plus saisissant effet.
Et puis aux limites éloignées, mais comme à portée de main, le regard s’enfonce entre les croupes de montagnes ravinées, sauvagement tailladées, écharpées en tous sens...
En se tournant vers la vallée, la vue rejoint la mer... Celle que l’on a surnommée « la grande bleue » scintille à l’horizon et situe son littoral, aussi bien que s’il était ourlé d’un feston de diamants.
Au premier plan, c’est le plongeon de deux à trois cents mètres sur Cuers. La rançon de sa beauté le rendant assez grouillant et saturé de voitures au mois d’Août. C’est déjà un peu la ville... Mais ici, dans ce site sauvage et grandiose de « La Barre », la nature est toujours vierge.
Immobile, l’air qu’on y respire délicieusement, avant que la brise du soir venue de la mer ne l’emporte, est fait de quintessence de parfums !
À peine tracés, des sentiers naissent pour aussitôt disparaître sous les plantes aromatiques et les fleurs de minuscules arbrisseaux... La moindre fente du sol granitique et schisteux, le plus petit interstice, nourrit une racine ! Et cette senteur qu’exhale leur profusion, violente et douce à la fois, semble se mêler à nous. Savoureuse comme une friandise, elle émeut la chair et l’esprit, nous imprègne, exalte, enivre...
Heureux pleinement, la pensée n’est que paix... Paix.
Transportés, on ne sent plus que joie de vivre... Vivre.
C’est la réflexion pensée que se faisait notre couple aux sens si abondamment comblés. Puis, fut-elle muette, une réflexion en libérant une autre, nous nous aperçûmes en même temps que cette félicité était également (et pourquoi pas ?), apéritive. Elle ouvrait l’appétit !... Alors soudain pressés de rejoindre notre véhicule parqué plus bas, le caméscope rejoignit son étui et nous décidâmes, après un dernier regard sur Cuers, d’aller nous y restaurer.
La matinée était déjà avancée. Après avoir vaincu le parcours pédestre et déjoué l’encombrement vacancier de la localité, nous abordâmes l’avenue où (toujours l’office du tourisme), nous avions repéré une alléchante « remise en forme ». Vite située, puis dépassée à la vue des parkings archi-complets, nous roulâmes encore quelques centaines de mètres avec l’intention d’y revenir par nos moyens naturels.
Rien ne nous pressait, à part notre fringale. L’auberge semblait comble et déjà nous envisagions des sandwichs, lorsque plus loin, occupant l’avenue qui devenait route nationale en direction de Toulon, une foule assez dense attira notre attention :
∑ Un accident, émit ma compagne !
∑ Je ne crois pas, fis-je. C’est trop calme...
Puis apostrophant des piétons qui se pressaient dans cette direction :
∑ Excusez... S’il vous plaît, que se passe-t-il ?
∑ On inaugure peuchère, me dit une femme manifestement du pays. Vous êtes vacanciers ? Vous avez bien le temps, suivez-nous, vous verrez bien...
∑ Bah! ...Pourquoi pas, avança mon épouse...

L’instant d’une mimique appuyée d’un coup d’oeil et nous leur emboîtâmes le pas...
Nous pensions à une inauguration d’intérêt public, ou bien à un buste ou statue d’ancêtre Cuersois méritant. Mais, mêlés à une foule sérieuse, plutôt grave et endimanchée autant qu’on peut l’être dans un pays où l’on circule en short presque toute l’année, nous vîmes découvrir une simple « plaque de rue ».
∑ Aucun intérêt pour nous, soufflais-je à ma compagne. Allez viens... On a faim!

Mais la curiosité qui nous avait poussés aux premiers rangs assez denses nous immobilisait bel et bien ! Déjà, à quelques pas devant moi, un grand vieillard, un paquet de feuilles en main, commençait une allocution...
L’assemblée s’était tue. Les murmures mêmes avaient cessé, faisant place à un silence quasi religieux... Le seul bruit venait des voitures qui, canalisées, circulaient au-delà des barrières délimitant et protégeant la cérémonie sur plus de la moitié de la chaussée.
∑ Tant pis, murmurai-je pour moi-même. On va subir...

Le l’avoue, très contrarié de ne pouvoir bouger, je n’écoutais pas, bien que mon oreille absorbât incidemment des mots au passage : « Rassemblés - Enfants de Cuers tombés - Cinquante ans - Libération. »
Ainsi les Cuersois, en Août 1994, baptisaient une rue (pardon, une avenue) du nom d’un des leurs tombé lors du conflit 39/45.
Cinquante ans ! Cinquante ans après !...
C’était toujours et partout pareil... À croire qu’il faille un demi-siècle aux faits pour remonter à la surface, où, peut-être, aux consciences pour se réveiller ! ? ...
Quelle c.......! Ça servait à quoi, à présent ? ...Les allemands de cette fin de siècle étaient devenus nos partenaires depuis des décennies, sinon nos amis...
Le bonhomme continuait, tout raide, imperturbable et grave : « honteux armistice - occupation - résistance - France-Libre ».
Des clichés archi-connus tout ça ! Rabâchés, épuisés, presque des Antiquités... Au minimum des banalités pour la plupart des jeunes saturés de téléfilms aux surhommes fracassants et autres Rambo !
Un peu malgré moi, je déchiffrai alors la plaque que l’on venait de découvrir et que j’avais devant les yeux : « avenue Léon AMIC - Mort pour la France (et autres détails). »
Sans vouloir minimiser, c’était arrivé à des milliers de milliers de pauvres types... qui étaient fichtrement oubliés ! Qu’avait - il de spécial, leur Léon AMIC ?!... Cinquante ans après...et en plaine saison de vacances... Je vous demande un peu...
Le discoureur tenait une bonne dizaine de feuilles et, je l’avais remarqué, n’en avait encore transféré qu’une seule en dessous du paquet.
- « L’affaire d’un bon quart d’heure quoi, pensai-je « furax ». Je te jure, le Pépé ! ».
Un Pépé qui en prenait à son aise... en »vieux machin » pas du tout pressé. Sa vois était forte et bien timbrée... Soixante-quinze ans, lui donnai-je... Quatre-vingt ?... Non; le « vieux machin » lisait sans lunettes !
Des mots me heurtèrent à nouveau : « Marine nationale - escadre - Méditerranée - ».
Tiens, un marin ! Moi aussi, j’avais servi dans la Marine quelques années plus tôt...
Esprit de corps, solidarité des marins, fraternité ou tout ce que vous voudrez, mais, sans m’en rendre compte, mon ouïe, non pas plus attentive mais déjà moins subordonnée à ma contrariété, enregistrait...
Ma compagne, au même instant, tiraillait discrètement la manche de ma chemisette en murmurant :
∑ Oh ! tu sais que j’ai toujours faim...

Mais, stupéfaite; écarquillant des yeux ronds, elle m’entendit penché sue elle :
∑ Attends... écoute ça bon sang!...

Bien qu’inattentif aux premières feuilles lues, je récapitulai vite que le matelot mécanicien Léon AMIC, Cuersois engagé en 1938, avait, après l’armistice de 1940, été coincé sur son croiseur en Méditerranée, dans une possession anglaise d’Egypte.


Interrompant ici mon récit, la suite, ci-dessous, n’est autre que l’allocution du « Pépé », parent de Léon AMIC, rapportée avec un maximum de fidélité.


Les parents de Léon, de vieille famille Cuersoise, n’avaient plus de nouvelles de leur fils...
Si pourtant, chaque mois, une carte probablement imprimée à Toulon, envoyée par les services administratifs de la Marine et soi-disant émanant de leur fils disait : »je vais bien »... ..Ceci jusqu’à fin de 1942.
Là, les envois cessent et, pour les parents de Léon, commença l’angoissante attente... Pourquoi ce silence? ...Que lui est-il arrivé? ...Où est-il? ..Rien... Les jours, les mois... Deux ans passent encore sans apporter le moindre renseignement aux parents plongés dans une inquiétude mortelle...
Huit Juin 1944 ! C’est le débarquement en Normandie... Fol espoir... Les jours passent... Rien... Aucune nouvelle...15 Août 1944 ! ...Nouveau débarquement, cette fois sur les côtes varoises... Nouvel espoir... Cruelle attente, cruelle inquiétude...
La zone des combats se rapprochant de Cuers, la plus grande partie de sa population, craignant des bombardements, se disperse dans les collines, cherchant un abri dans les cabanons...
La famille de Léon AMIC se trouve entassée avec d’autres parents dans un cabanon entre Cuers et Valcros...;où elle se croyait à l’abri alors que, sans le savoir, elle s’était installée juste dans le plan de tir des batteries alliées qui tiraient sur le fort du Coudon, occupé par l’ennemi...
Un voisin qui était resté chez lui à Cuers, arrive hors d’haleine en criant entre deux essoufflements :
∑ Je viens de voir Léon...Je viens de voir Léon !...

Il apporte aussi un message. Une simple feuille de cahier écrite au crayon, à la vite-vite... Le mot est bien de Léon, premier signe de vie vraiment de sa main, après plus de quatre ans !
Il leur écrit que son commandant, le Lieutenant de vaisseau BRASSEUR-KERMADEC, sachant qu’il est de Cuers, lui donnera la permission d’aller embrasser ses parents, lorsque l’attaque sera terminée... Quelle attaque?... Qui est ce commandant?... Qu’importe, fous de joie, les parents replongent cependant dans l’angoisse... Quelle attaque?... Leur fils est en danger et l’inquiétude se poursuit.
Cuers est libérée... Les familles rentrent chez elles... Le village a été épargné... Quelques jours passent et le canon gronde toujours en direction de la côte... Le 22 Août, un porteur de message se présente à eux : « votre fils a été blessé à l’attaque de La Valette. Ce n’est pas grave, un bras cassé... Il se trouve à l’antenne chirurgicale de La Valette. »
Fous d’angoisse, incapables, sur le moment, de réagir, c’est la soeur de Monsieur AMIC qui réussit à trouver le taxi de Cuers et à persuader son propriétaire, ami de la famille, de les conduire à La Valette...
Arrivés à l’antenne (hôpital de campagne), on les rassure. On leur dit : »votre fils vient d’être évacué sur l’antenne de La Crau. Il a un bras cassé, ce n’est pas grave... »
Le taxi repart pour La Crau... Nouvelle antenne chirurgicale... Là le personnel est très réservé... On leur dit : »votre fils a été transporté à Hyères, à l’hôtel du Golf »... Impossible d’avoir un autre renseignement...
Arrivés à l’hôtel du Golf, c’est l’embouteillage ! Les morts et les blessés arrivent par camions entiers... c’est la cohue... Ils essaient de se renseigner... Finalement, une infirmière leur montre du doigt le couloir qui traverse le bâtiment et leur dit : « Là-bas... au bout... »
Là-bas... au bout, c’est un terrain vague derrière l’hôtel...
Une pelleteuse creuse une tranchée... Les cadavres y sont alignés bout à bout et un petit bulldozer recouvre aussitôt le tout.
Leur fils est déjà recouvert, des fleurs sont déposées sur sa tombe ainsi que sur les autres... Des fleurs fraîchement coupées que des jeunes filles en larmes étalent sur les tombes à peine refermées...
Des jeunes filles d’Hyères, qui venaient pleurer sur les tombes d’hommes qu’elles n’avaient pas connus, comme si l’instinct maternel était en elles et si, inconsciemment, elles en voulaient au destin de leur enlever les hommes pour lesquels elles étaient faites...
Plus tard, les parents effondrés ont connu la longue aventure de leur fils Léon :
Léon AMIC, élevé dans les principes d’honneur et d’amour de la Patrie, ne supporte pas la passivité imposée par les dirigeants de la France occupée. À Alexandrie, il rallie les Français-Libres de la première division, commandée par le Général Koénig.
Bir-Hakeim - Tobrouk - Benghazi - Tunis - Cassino - Rome et la poursuite des allemands jusqu’en Toscane...
Le 16 Août 1944, quartier-maître d’half-track, il débarque à Cavalaire avec le premier régiment des fusiliers-Marins (formé à Londres en 1940 et qui n’a cessé de combattre depuis). Parti de Pierrefeu, en appui d’un élément d’infanterie, il est l’un des premiers à pénétrer dans Cuers, peut-être le premier...
Il ne peut se retenir de faire un détour jusqu’à la maison de ses parents qu’il espérait embrasser et laisse un petit mot à son voisin qui le connaissait très bien...
Blessé sans gravité à l’attaque de La Valette, l’ambulance qui le transportait à La Crau a pris de plein fouet, au carrefour de La Pauline, un obus tiré par la batterie du Coudon.
Devant la détresse de ses parents, à l’antenne chirurgicale de La Crau, puis à l’hôtel du Golf à Hyères, personne n’avait eu la force de leur dire que leur fils venait d’être tué...
À ceux qui m’ont écouté. Aux jeunes surtout qui n’ont pas vécu ces années douloureuses de 39/45, lorsque vous passerez devant cette plaque, ayez une pensée émue pour ce jeune Cuersois mort pour la France à 24 ans.
Je remercie ceux qui ont oeuvré pour que cette plaque puisse rappeler pendant longtemps le souvenir de ceux qui ont tout donné pour que nous puissions vivre libres...


Il n’y eut pas d’applaudissements, tout au moins immédiats, lorsque la voix du « Pépé », devenue rauque, avant de se casser aux dernières phrases, se tut...
L’émotion ambiante, celle même qui me nouait la gorge et inondait les joues de ma compagne, n’avait pas besoin de cette extériorisation bruyante...
Personne dans l’assemblée ne bougeait. Seuls bruissaient comme des sanglots étouffés et on se mouchait un peu partout...
Toujours immobile, le grand vieillard, très droit, très pâle, n’essuyait pas ses joues...
Puis, doucement, très doucement, comme pour ne pas trembler, il glissa sa dernière feuille sous les autres...

AJ Ragot, 1er RFM, matricule 2111 C 36

_____________
Matricule 8137 T 54


école des Pupilles 1953, école des Mousses 1954,
Fusco 1955, Cdo Jaubert 1956-1957, Alger 1958-59,
11 ème Choc 1959-1960
avatar
ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: LES HISTOIRES DE BALISSON Dim 15 Juin 2014 - 21:19

Merci !....Belle lecture  ! .....à nos Anciens !
_________________
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

ADMINISTRATEUR-MODERATEUR
avatar
marcjean




Age : Date d'inscription : 20/08/2013 Nombre de messages : 2749 Localisation : 83 Emploi/loisirs :

Revenir en haut Aller en bas
LES HISTOIRES DE BALISSON Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le rendez-vous des Anciens de La Royale :: 

Les Embarquements-Histoires de Marine

 :: 

Nos Histoires de Marine

 :: 

Fusiliers / commandos

-