Le rendez-vous des Anciens de La Royale

Souvenirs et Discussions d'Anciens Marins de la Marine Nationale
 
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Et j'entends siffler le train Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
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MessageSujet: Et j'entends siffler le train Mar 11 Déc 2007 - 18:51

Et j’entends siffler le train

D’Avril 1953 à 1955 du même mois j’ai souvent voyagé par le train ; Le Mans-Quimper, pour y rejoindre l’école des Pupilles puis celle des Mousses au Dourdy.

Seule note distrayante et attractive, à Auray le chef de gare annonçait d’une voix de stentor en roulant fortement les R : « Auray, 5 minutes d’arrêt, les pissotières au bout du quai », pas une seule fois en deux ans il n’a manqué à son devoir, un véritable métronome, j’aurais été très déçu qu’il ne manquât ce rendez-vous.

Sur cette ligne je n’ai jamais connu d’aventures extraordinaires, peut-être aurait-il fallu aller jusqu’à La Rochelle ou passer par Camaret…..

Par la suite, ayant épousé la spécialité de fuscos, il me fallait passer par Paris pour rejoindre la base arrière de Toulon à Saint-Mandrier, à l’époque sur le « Fantasque ».
« Passant par Paris, vidant la bouteille,
Un de mes amis me dit à l’oreille …… »

Au Mans, me rejoignaient tous les bretons, ils étaient une palanquée et déjà bien imbibés, le trajet est long et en Juin ( date importante, vous verrez par la suite), il fait chaud. Le Mans- Paris, 2 heures de chansons paillardes, ça donne soif, alors : buvons un coup, buvons en deux… pour passer le temps…..

Arrivés à Paris, direction la gare de Lyon, le train est bondé, et avec nos sacs marins c’est une véritable galère que de circuler dans le couloir très étroit et embouteillé, en 1956, le confort du PLM en troisième classe était tout ce qu’il y avait de spartiate et était bien loin d’égaler celui de notre actuel T G V . Contre mauvaise fortune il faut faire bon cœur. La plupart des rideaux des compartiments sont tirés, ce qui signifie qu’ils sont complets, que nenni, celui-ci n’est occupé que par quatre personnes : près de la fenêtre, un homme d’une cinquantaine d’années et une demoiselle, 16-17 ans assise en face, le père et la fille certainement, et deux autres femmes, 25-30 ans, jolies et avenantes ma foi.

Nous nous installons à trois matafs, une mémé, 70 berges, très BCBG réussi à s’intercaler dans le dispositif et demande avec beaucoup de délicatesse : » où me mets-je », un de mes deux compères, la gueule enfarinée, mais sans méchanceté aucune lui rétorque : « mets-je toi là et nous fait plus chier ».

S’i est vrai qu’aux fuscos il ne nous est pas dispensé de cours de savoir-vivre, que le baisemain ne figure pas dans le manuel de démolition par explosifs, et que les bonnes manières n’étaient pas compatibles avec le close-combat, il aurait pu trouver une autre formule moins saignante, ou tout simplement s’abstenir de répondre.
Offusquée, elle s’assied sans mouffeter, et apparemment, mis à part moi, personne ne semble choqué, les deux nanas sont même amusées, quant aux personnes près de la fenêtre elles sont totalement indifférentes à la scène qui vient de se dérouler sous leurs yeux.

Le train démarre, tout ce petit monde est confortablement installé, les deux potes qui n’ont pas leur langue dans la poche entament une conversation avec les deux nanas, et je m’aperçois rapidement que les propos échangés sont très loin d’évoquer les « caractères de la Bruyère » ou plus simplement les fables de La Fontaine. Cette dérive verbale atteint très vite des sommets, enfin quand je dis des sommets, c’est plutôt le contraire, on se dirige vers ce qui se situe bien en dessous de la ceinture. La mémé nous lance des regards furibonds mais n’ose rien dire, elle a déjà été rabrouée d’une manière que l’on pourrait qualifier de peu orthodoxe.

Le soleil décline rapidement à l’Ouest, évidemment s’il se lève à l’Est, il ne peut se coucher qu’à l’Ouest, inondant la verte campagne d’une couleur rougeâtre, un merveilleux spectacle que le père et la fille admirent, ignorant les propos égrillards que nos quatre parasitaires échangent sans vergogne ; le papa et sa fille seraient-ils sourds et muets ?

Le soleil a disparu à l’horizon, vous l’avez deviné puisque tout à l’heure il déclinait, donc tout ce qui décline tend à disparaître, attention les vieux, donc la nuit est tombée, ça va de soi, quoique, il y a des exceptions : les pays nordiques ; revenons à nos lions : l’éclairage est éteint, seule l’ampoule de nuit nous diffuse une lumière pâlotte propice à l’endormissement.

C’est sans compter sur nos deux lascars ; Je disais au début de ce récit que nous étions en Juin, et chaque mois a son importance : en Mai fais ce qu’il te plaît, en Juin les péripatéticiennes parisiennes effectuent le déplacement vers la côte d’azur et pas pour y faire la cueillette des olives, nos deux nanas sont donc des putes. Excellente affaire, et sans beaucoup de préambules, la pénombre aidant, les opérations d’investigations vont bon train. La mémé se rebelle : « Messieurs, s’il vous plaît… on ne connaîtra jamais la suite, elle est interrompue par un tonitruant : « dors la vieille et bouche-toi les oreilles ».

Cette fois-ci le père et sa fille ne cachent plus leur désarroi, ils sont peut-être sourds et muets, mais pas aveugles, le père cherche de l’aide, tel un homme tombé à la mer qui s’accroche à une bouée de sauvetage, sa fille est blottie dans son coin, le regard rivé sur la vitre, elle est frêle et adorable à la fois.

Tout jeune j’aimais les romans de cape et d’épée, les trois mousquetaires par exemple, je m’imaginais dans la peau de d’Artagnan, croiser le fer et mourir pour une belle…..
L’occasion fait le larron, là il n’est point question de mourir, peut-être que dans un mois les fells en décideront autrement, dans l’instant il me faut réagir, agir et rapidement. J’expédie manu militari hors du compartiment les quatre fornicateurs en puissance en leur spécifiant qu’ils seront plus à l’aise dans les chiottes pour accomplir leur mission qu’on appellera « clitoris » à chaque mission on attribue un nom, celui-ci me plaît bien, il est très évocateur. Dernier conseil : ne pas y entrer tous les quatre ensemble, le territoire est relativement exigu ;
Ceci dit, et en d’autres circonstances, je n’aurai certainement pas laissé ma part aux chattes, pardon aux chats .

La vieille en larmes me congratule et vient m’embrasser, avouez que je le mérite, je pratique le baisemain, réparation oblige. Elle devient très causante et même curieuse, me demande la signification des deux fusils croisés sur la manche de ma vareuse st s’interroge sur le sigle commando. Elle pourra écrire un bouquin, de Dixmude en passant par Ouistreham, du 1er RFM à la DBFM, Jaubert, Hubert, de Montfort, de Penfentenyo, Trépel, François, Tempête, Ouragan, Ponchardier, tout y est passé, et j’ai même réussi à convaincre cette vieille dame que seuls, les marins et la légion étrangère se suffisaient largement à eux-mêmes pour former la totalité de l’armée française.

Le sourd-muet se lève et se dirige vers moi, me tendant la main il prononce à ma grande stupéfaction : « Thank you very much,,i you am obliged »

J’ai compris, leur surdité, leur aphonie, merde ce sont des anglais, je ne pratique pas très bien cette langue, et puis il y a des antécédents qui ne plaident pas en notre faveur, Trafalgar, Mer El Kébir …..

Et « le v’la t’y pas qu’il me cause en français » hésitant certes, mais compréhensible, la glace est rompue.

- Ils vont en vacances à Nice
- Christine me donne son adresse
- Nous nous écrivons pendant un an
- Je l’aime et c’est réciproque
- Je suis invité à Birmingham
- J’irai leur rendre visite pendant mon mois de perm
- J’attrape 30 jours de tôle à Jaubert
- Je ne suis pas allé à Birmingham, mais à la prison du dépôt à Toulon
- Je n’ai jamais revu Christine LLOYD
- J’ai toujours sa photo
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J’entendrai siffler ce train toute ma vie

Le Mans le 09 01 2007
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BALISSON




Age : Date d'inscription : 11/12/2007 Nombre de messages : 4 Localisation : Le Mans Emploi/loisirs : Retraité, généalogie, tyrosémiophilie

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MessageSujet: Re: Et j'entends siffler le train Mar 11 Déc 2007 - 22:00

cheers Suis FAN !!! Merci !!!! bravo super
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ecofousec




Age : 53 Date d'inscription : 12/11/2007 Nombre de messages : 583 Localisation : 31 merville Emploi/loisirs : COMMERCIAL

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MessageSujet: Re: Et j'entends siffler le train Mer 12 Déc 2007 - 10:06

belle histoire bravo
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PHIPHI80




Age : 56 Date d'inscription : 19/11/2007 Nombre de messages : 1018 Localisation : AMIENS Emploi/loisirs : pêche à la ligne,en mer,apero

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MessageSujet: Re: Et j'entends siffler le train Mer 12 Déc 2007 - 10:17

Encoooore Super Hip hip hip Hourrrrra cheers super tchin
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Jack Sparrow




Age : Date d'inscription : 10/11/2007 Nombre de messages : 3087 Localisation : France Emploi/loisirs :

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MessageSujet: Re: Et j'entends siffler le train Jeu 13 Déc 2007 - 0:12

OH BRAVO NARRATION DE PREMIER ORDRE bounce bounce bounce bounce cheers cheers cheers cheers cheers
_________________
Rien ne sert courir, il vaut mieux arriver en retard au boulot que d'arriver en avance au paradis surtout sur la route .....
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bout de bois
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MessageSujet: Re: Et j'entends siffler le train


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