Le rendez-vous des Anciens de La Royale

Souvenirs et Discussions d'Anciens Marins de la Marine Nationale
 
AccueilRechercherS'enregistrerConnexion
Rechercher
 
 

Résultats par :
 
Rechercher Recherche avancée

1766 à la révolution Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3
Message Auteur
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Lun 30 Nov 2009 - 18:26

Bataille des Saintes - Conseil de guerre -

Composition du conseil de guerre
Président
lieutenant général Haudenau comte de Breugnon.

Lieutenants généraux
comte de Guichen - comte de Lacarry - comte d'Arbaud de Jouquès - comte de Lamotte-Piquet.

Chefs d'escadres
comte de Marin - chevalier d'Apchon - comte de Chérisey.

Capitaines de vaisseau
marquis de Nieuil - chevalier de Balleroy - chevalier Huon de Kermadec - Thevenard.

Capitaine de vaisseau rapporteur
vicomte de Pontevès Gien.


Rendu du jugement

Le conseil loue la tenue par le sieur de Poulpiquet chevalier de Coatlès lieutenant de vaisseau, qui prit le commandement de "l'Hercule" à la place du chevalier de la Clocheterie fut tué pendant le combat.

Admoneste le sieur Renauld d'Aleins capitaine de vaisseau commandant le "Neptune" pour n'avoir pas fait tout ce qui était possible de faire.

Décharge de toute accusation le sieur de Glandevès capitaine de vaisseau commandant le "Souverain".

Décharge de toute accusation le sieur Martelly de Chautard capitaine de vaisseau commandant le "Palmier".

Loue la mémoire du sieur de Sainte Césaire, capitaine de vaisseau commandant le "Northumberland", et la mémoire du sieur de Lamettrie qui fut embarqué comme second et qui remplaça monsieur de Sainte Césaire lorsque celui-ci fut blessé mortellement. Décharche de toute accusation le sieur Combaud de Roquebrune enseigne de vaisseau à bord du "Northumberland" qui prit le commandement lorsque monsieur Lamettrie fut tué.

Déclare la conduite du sieur de Bougainville irréprochable jusqu'à midi du 12 avril, mais ce chef d'escadre n'ayant pas dans l'après midi personnalisé ses signaux, et n'ayant pas fait manoeuvrer son escadre le plus rapidement possible au corps de bataille, le condamne à être admonesté en présence du tribunal assemblé.

Décharge de toute accusation le sieur de Castellan capitaine de pavillon du vaisseau "l'Auguste".

Déclare la conduite du sieur de Gouzillon commandant "l'Ardent" irréprochable jusqu'au moment ou il a amené son pavillon. Mais pour n'avoir pas prolongé sa résistance autant qu'il aurait pu le faire, l'interdit pour trois mois de ses fonctions.

Loue la conduite tenue par le sieur Clavel capitaine de vaisseau commandant le "Scipion" qui bien que très malade se fit transporter sur le pont.

Décharge de toute accusation le sieur Fuschamberg d'Amblimont, capitaine de vaisseau commandant le "Brave".

Loue unanimement la conduite et les manoeuvre du sieur d'Ethy, capitaine de vaisseau commandant le "Citoyen" et le décharge de toute accusation.

Loue la conduite du sieur de Beaumanoir lieutenant de vaisseau second de "l'Hector" dont il pris le commandement à 16h15 et a continué le combat malgré l'état de délabrement ou se trouvait ledit vaisseau, et le décharge de toute accusation.

Loue unanimement la mémoire du sieur de Marigny commandant le "César" pour avoir combattu avec la plus grande valeur jusqu'à 09h00 heure ou il fut tué au combat. Loue la consuite du sieur Paul second de ce vaisseau dont il a pris le commandement et continué le combat jusqu'à 15h30 avec la plus grande opiniâtreté et fait la plus belle défense jusqu'au moment ou il fut obligé de céder devant des forces supérieures en nombre.

Met le sieur de Montpéroux commandant le "Dauphin Royal" hors de cour et de procès sur l'accusation intentée contre lui, cet officier ayant combattu valeureusement le matin du 12 avril, mais étant le soir éloigné de son poste au corps de bataille.

Décharge de toute accusation le sieur baron d'Arros, capitaine de vaisseau commandant le "Languedoc", et supprime tous mémoires, lettres, écrits, en ce qu'ils contiennent d'attentatoire à son honneur et à sa réputation.
(c'est une réponse au mémoire rédigé par de Grasse).

Décharge de toute accusation le sieur de Lavilléon capitaine de vaisseau commandant la "Ville de Paris" capitaine de pavillon de l'amiral.

Décharge de toute accusation le sieur de Mithon, capitaine de vaisseau commandant la "Couronne", et supprime tous mémoires, lettres, écrits, en ce qu'ils contiennent d'attentatoire à son honneur et à sa réputation.
(c'est une réponse au mémoire rédigé par de Grasse).

Décharge de toute accusation le sieur Legardeur de Tilly capitaine de vaisseau commandant "l'Eveillé".

Décharge de toute accusation le sieur Rigaud comte de Vaudreuil chef d'escadre (il venait d'être nommé) commandant le "Sceptre".

Témoigne ses regrets sur la perte du comte d'Escars capitaine de vaisseau, commandant le "Glorieux", et loue sa mémoire ayant fait une vigoureuse défense jusqu'à 09h00 heure ou il a été tué.
Décharge de toute accusation le sieur Trogoff de Kerlessy qui prit le commandement du vaisseau, loue sa conduite et son opiniâtreté, sa résistance, sa valeur et sa résolution.

Décharge de toute accusation la mémoire du sieur de Monteclerc, capitaine de vaisseau commandant le "Diadème".

Décharge de toute accusation le sieur Dumaitz de Goimpy, capitaine de vaisseau commandant le "Destin".

Décharge de toute accusation le sieur le Bègue capitaine de vaisseau commandant le "Magnanime", lui enjoint d'être à l'avenir plus circonspect dans ses termes et expressions qu'il ne l'a été dans son journal et son conte rendu au ministre.

Décharge de toute accusation le sieur de Médine capitaine de vaisseau commandant le "Réfléchi".

Décharge de toute accusation le sieur de Lagrandière capitaine de vaisseau commandant le "Conquérant".

Décharge de toute accusation le sieur Macarty Macteigue, capitaine de vaisseau commandant le "Magnifique" , et loue de sa valeur dans le combat du 12 avril et de son activité tant dans les mouvements de son vaisseau que pour rallier la "Ville de Paris" avec le commandant de son escadre et de son attention à conserver son poste.

Décharge de toute accusation le sieur Rigaud marquis de Vaudreuil lieutenant général (il venait d'être nommé à ce grade) commandant l'arrière garde sur le "Triomphant", et loue sa conduite dans toutes les circonstances de la journée, tant que comme commandant dudit vaisseau que comme général supprime tous les mémoires lettres ou écrits en ce qu'ils contiennent d'attentatoire à la réputation et à son honneur.
(allusion au mémoire de de Grasse).
Décharge de toute accusation le sieur Montcabrié de Peyte, capitaine de pavillon à la place du sieur du Pavillon tué pendant le combat. Loue la mémoire du sieur du Pavillon pour avoir combattu valeureusement jusqu'à sa mort.

Décharge de toute accusation le sieur de Charitte capitaine de vaisseau commandant le "Bourgogne", et le loue de ses manoeuvres pendant la journée du 12 avril.

Pour le sieur Coriolis d'Espinouse, chef d'escadre montant le vaisseau "Duc de Bourgogne" , s'être occupé pendant la journée du 12 du danger de démâter au lieu de faire tout son possible pour ne pas s'éloigner de son escadre, le conseil de guerre le condamne à être admonesté en présence du tribunal assemblé.
Décharge de toute accusation le capitaine de Chamartin dudit vaisseau.

Décharge de toute accusation le sieur Castellane Marjastre, capitaine de vaisseau commandant le "Marseillais", le loue de son zèle, de sa fermeté et de son attention la plus suivie dans les mouvements généraux de son escadre et de son vaisseau.

Décharge de toute accusation le sieur d'Albert de Rions capitaine de vaisseau commandant le "Pluton" et loue sa conduite tenue pendant la journée du 12 avril.

Décharge de toute accusation le sieur Bourgarel de Martignan enseigne de vaisseau, commandant la frégate "l'Amazone" à la place de monsieur de Monguyot.
Honore la mémoire dudit Monguyot tué dans un combat postérieur.

Décharge de toute accusation le sieur Suzannet, lieutenant de vaisseau commandant la frégate "l'Aimable".

Décharge de toute accusation le sieur vicomte d'Aché enseigne de vaisseau commandant le côtre "le Clairvoyant" et loue sa conduite dans la journée du 12 avril.

Décharge de toute accusation le sieur Roquart lieutenant de vaisseau, commandant la frégate "la Galatée" .

Décharge de toute accusation le sieur baron de Paroy lieutenant de vaisseau, commandant la frégate la "Cérès".

Loue la mémoire de monsieur le vicomte de Mortemart commandant la frégate la "Richmond", dont la manoeuvre hardie a été utile au "Glorieux". Sa conduite valeureuse justifie les regrets que le corps conserve d'avoir perdu ce brave militaire.

Jugé Lorient le 24 mai 1784.
(suivent les signatures)


On fut plus sévère envers le capitaine du "Caton" : le comte du Framond fut frappé d'une peine perpétuelle et fut conduit au château de Ham.
Le chevalier Couètes de Village qui commandant le "Jason" fut simplement admonesté.

Les griefs que de Grasse avait élevés contre les capitaines de vaisseau baron d'Aros d'Argelos et Miton Genouilly du "Languedoc" et de la "Couronne" matelots d'avant et d'arrière de la "Ville de Paris", étaient si nombreux qu'en attendant le jugement, ces deux officiers avaient été enfermés le premier dans le chateau de Saumur, l'autre dans celui d'Ouessant.

Le ministre de la marine a écrit au chef d'escadre de Bougainville que le roi était satisfait de sa conduite et trouvait son service agréable.

De Grasse ne fut pas jugé responsable de la reddition de son vaisseau, mais responsable de la défaite du combat du 12 avril 1782.
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Mar 1 Déc 2009 - 8:28

En cas de jugement sévère il reste a penser que la presque totalité de notre marine aurait été privée d'officiers apte au commandement.
Merci gégé
avatar
SAINT ETIENNE Claude




Age : 71 Date d'inscription : 17/11/2008 Nombre de messages : 1228 Localisation : Normandie / CALVADOS/ LECAUDE Emploi/loisirs : Retraité - Cinéma - lecture principalement histoire

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Mar 1 Déc 2009 - 9:40

D'une part oui, d'autre part il fallait ménager les suceptibilités de ces messieurs, la plupart était "bien en cour".
Il y a tout de même plusieurs paramètres disons curieux :
- pourquoi Versailles n'a pas remplacé de Grasse à son commandement, alors qu'il était malade, mal aimé de ses hommes et haï par certains de ses officiers.
- pourquoi avoir laissé une escadre à Cadix ? (nous verrons cela bientôt) au lieu de mettre le paquet en mer des Caraïbes et sur la Jamaïque ,
- pourquoi aucun vaisseau espagnol n'était dans ces eaux alors que l'attaque de la Jamaïque était une de leurs idées ?

bateau-a-voile
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Dim 13 Déc 2009 - 20:33

Batailles des Saintes 12 avril 1782 - Rôles tenus par chacun des navires (détails et fin de l'affaire).


"L'Hercule" se trouve très au vent de l'armée lorsque de Grasse fait le signal de laisser porter, il ne peut prendre son poste à temps, il reste au vent de la ligne.
07h45 Chadeau de la Clocheterie fait ouvrir le feu sur le quatrième vaisseau anglais.
Blessé mortellement, Chadeau de la Clocheterie donne le commandement au lieutenant de vaisseau de Coatlès.
Une heure après la fin de l'engagement, il aperçoit la "Ville de Paris" à 6 milles sous le vent. Il fait route sur elle, mais ayant trop de toile, il la dépasse.

Le "Neptune" est lui aussi bien au vent lorsqu'on laisse arriver, comme "l'Hercule", il prend sa position au vent. Il reçoit alors l'ordre de laisser arriver davantage et de forcer les voiles. Il n'exécute cet ordre que tardivement car il ne peut canonner que le quinzième ou seizième navire anglais. Le capitaine Renaud d'Aleins se place entre "l'Auguste" et le "Northumberland" et combat à ce poste. Le soir, il est à plus de 2 milles de la "Ville de Paris".

Le "Souverain" arrive lui aussi trop tard pour prendre son poste, il se place et combat au vent de "l'Auguste" bien que le chevalier de Glandevès eut reçu l'ordre de se mettre en ligne. C'est le seul vaisseau à s'être approché du "César" et de "l'Hector", mais il se retire devant la supériorité de l'ennemi.

Le "Palmier" ne laisse pas arriver assez vite, c'est le quatrième vaisseau à former la seconde ligne au vent. Plus tard, le capitaine de Martelly se laissera culer derrière "l'Ardent" et combat quelques temps à ce poste.
A 10h00, il reçoit un ordre de Bougainville de doubler "l'Ardent" car il tire dans la mâture de "l'Auguste". Lorsque la brise tombe, il aborde "l'Auguste".
Dès que la fumée se dissipe, il envoie le signal qu'il ne peut plus combattre, il n'a plus de munitions, et il en demande au premier vaisseau qui passe près de lui.
Séparé de l'armée par plusieurs vaisseaux anglais, il est obligé de gouverner sur bâbord bien que cette route l'éloigne du "Ville de Paris". Il soutient l'attaque contre deux navires anglais qui finissent par abandonner le combat.

Le "Northumberland" combat à son poste et suit les mouvements de "l'Auguste". Le capitaine de Saint-Césaire mortellement blessé est remplacé par lieutenant de Lamettrie qui est tué à son tour. C'est l'enseigne de vaisseau Gombaud de Roquebrune qui prend le commandement.

"L'Auguste" souffrit beaucoup dans la passade du matin, à midi, bien qu'il ne manque pas de munitions, il signale qu'il n'est pas en état de combattre; à 12h45 il rend sa manoeuvre indépendante. C'est à ce malheureux signal que l'on peut attribuer le manque d'harmonie entre les vaisseaux de l'avant garde.
Au lieu de se diriger vers "l'Hector" et le "César" qui demandaient assistance, le chef d'escadre de Bougainville signale de porter secours aux vaisseaux qui avaient plusieurs adversaires. (ou qui continuaient de se battre les deux versions existent dans les rapports).
Cet ordre vague ne fut exécuté pour partie que par un seul vaisseau (le "Souverain").
17h00, les avaries de "l'Auguste" sont réparées, le navire est en état de faire de la voile. Poursuivi par cinq vaisseaux anglais, il ne peut rejoindre la "Ville de Paris" il se trouve à 5 milles sous le vent lorsque l'amiral amène son pavillon.

Le "Zélé" était le serre file de "l'Auguste" dans l'ordre renversé. La difficulté avec laquelle ce vaisseau évoluait lui fit aborder le "Jason" pendant la nuit du 10 avril. Cet abordage aurait pu être évité si le capitaine de Gras-Préville n'avait pas commencé son mouvement aussitôt que le signal de virer tout à la fois avait été en l'air. Son abordage avec la "Ville de Paris" la nuit suivante fut aussi occasionnée par une mauvaise interprétation de la tactique. S'inquiétant peu du signal de virer tout à la fois qui était fait de le but de tenir tous les vaisseaux au même bord, le capitaine Préville ne songeait qu'à s'élever au vent; et, quoique bâbord amures lorsqu'il croise la "Ville de Paris" il ne laisse pas arriver pour l'éviter. Le "Zélé" démâte de son beaupré et de son mât d'artimon dans cet abordage. Malgré les efforts de "l'Astrée" qui l'avait pris en remorque il tombe sous le vent. Chassé au jour par une division de l'armée anglaise, il est comme on l'a vu la cause de la bataille.

Le poste de "l'Ardent", du fait de l'absence du "Zélé" se trouvait derrière "l'Auguste". Le capitaine de Gouzillon s'y maintient jusqu'à 10h00 lorsque le "Palmier" vient s'interposer entre "l'Auguste" et "l'Ardent".
Après le combat, "l'Ardent" veut rallier la "Ville de Paris", quatre navires anglais lui coupent la route et l'attaquent.
L'Ardent est un mauvais marcheur, son capitaine et l'équipage le savent, ils n'ont que peu de chance d'échapper à l'ennemi. Il est encerclé, isolé, nul ne vient à son secours, l'équipage est démoralisé. Canonné à porté de pistolets par le "Monarch", "l'Ardent" répond par une volée et amène son pavillon.

Le "Scipion" se maintient constamment à son poste, le capitaine de Clavel suit les manoeuvres de son chef d'escadre.

Au jour du 12 avril, "le Brave" reçoit l'ordre de passer à la poupe de l'amiral qui veut lui faire prendre le "Zélé" en remorque. Le capitaine d'Amblimont ne voit pas le signal et ne l'exécute pas.
Lorsque le vent refuse pendant la bataille, le "Scipion" met le "Brave" dans l'obligation de laisser arriver et de changer d'amures pour retourner à son poste.
En parcourant la ligne au vent, il tire dans les intervalles des vaisseaux et en inquiéte plusieurs, notamment "l'Hector".
A la fin du jour, le "Brave" était à une portée et demi de canon de la "Ville de Paris".

Le "Citoyen" ne suit pas son escadre lorsque la ligne est coupée. Il reste combattre auprès de "l'Hector" et du "César" jusqu'à 14h30. Il n'abandonne ces vaisseau que lorsqu'il est persuadé qu'aucun secours ne viendra les rejoindre. A 17h00 il est à portée de fusil de la "Ville de Paris".
De tous les vaisseaux de l'avant garde, il est le dernier à cesser le feu, et malgré cela il fut l'un des vaisseaux qui se tinrent au plus près de l'amiral.
Le capitaine d'Ethy était blessé.

Le "Jason" abordé par le "Zélé" dans la nuit du 10 eut quelques voiles déchirées, et tombe sous le vent. Le capitaine Couète de Village fait route directement sur la Guadeloupe et relâcha à Basse Terre.

"L'Hector" se retrouve séparé de son escadre lorsque la file est coupée. Se retrouvant le dernier vaisseau de l'avant garde, il doit soutenir le feu de la majeure partie des vaisseaux ennemis qui traversent la ligne. Les avaries qu'il subit le rendent incapable de rallier son escadre, il est alors attaqué par plusieurs vaisseaux anglais.
Après la défense la plus honorable, le lieutenant de vaisseau Beaumanoir qui avait remplacé le capitaine de Lavicomte tué pendant le combat, fait amener le pavillon.

Le "César", fort malmené sur l'arrière lorsque la ligne est coupée, il devient serre file de l'avant garde, et se fait écraser par les vaisseaux anglais qui longent cette avant garde à contre bord.
Il réussit néanmoins à rallier le "Citoyen" qui a mis en travers pour l'attendre.
Attaqué par un nouveau groupe de vaisseaux anglais, il est abandonné.
Blessé mortellement le capitaine Bernard de Marigny est remplacé par le capitaine de vaisseau Laub qui continue le combat jusqu'à épuisement de ses munitions avant d'amener son pavillon.

Le "Dauphin Royal" masque lorsque le vent refuse dans la matinée. Deux vaisseaux ennemis l'attaquent; ils l'abandonnent après trois quarts d'heure.
Il allait se porter en aide au "Glorieux" lorsqu'il voit le signal fait à la "Richmond" de lui passer une remorque. Le capitaine de Montpéroux se dirige alors vers la "Ville de Paris" et se place à quatre encablures sur son avant. Quand on prit les amures à tribord, il se trouve donc entre l'avant garde, alors à 3 milles sous le vent et les vaisseaux qui combattent près de l'amiral.
Le "Dauphin Royal" attendra la nuit pour s'éloigner et rejoindre son chef d'escadre de Vaudreuil.

Le "Languedoc" s'est tenu constamment près du "Ville de Paris" dont il était le matelot d'avant. Dans l'après midi c'est avant le vaisseau amiral qu'il est attaqué.
Lorsque l'ordre de se former en bataille tribord amures, il dépasse le "Ville de Paris" et se place sur son bâbord. Le capitaine d'Arros d'Orgelos ne cesse de combattre que lorsque le "Triomphant" lui fait signal de forcer les voiles et de le rallier. Deux vaisseaux le séparaient alors du bâtiment amiral.

Lorsque la "Ville de Paris" cesse d'être canonnée par dessous le vent, c'est à dire vers 11h30, elle laisse arriver pour combattre deux vaisseaux anglais qui étaient séparés de leur armée. En moins de deux heures, la "Ville de Paris" étaient entièrement dégréée et presque hors d'état de gouverner.
La manoeuvre de l'amiral avait été imitée par plusieurs vaisseaux français, et bientôt tout le corps de bataille gouverne sur l'arrière garde qui était sous le vent.
Après un court moment de répit, la "Ville de Paris" est attaquée par deux vaisseaux anglais, à 17h00 la "Ville de Paris" se bat contre 9 bâtiments anglais, tous les efforts de l'ennemi se concentrent sur le navire amiral.
Toute l'après midi, les manoeuvres incessantes de l'amiral pour découvrir ses assaillants, arrivées, oloffées... rendent le ralliement difficile et la formation de l'ordre de bataille impossible.
A plusieurs reprises, l'amiral est à portée de voix de ses navires, à aucun moment il ne demande une remorque, il refuse même celle que le "Pluton" lui propose.
De Grasse n'envisage pas non plus de quitter la "Ville de Paris" pour passer sur un autre bâtiment.
Il juge qu'il n'est pas possible de résister plus longtemps, mais il veut aussi fixer l'attention de l'ennemi pour préserver le convoi marchand, à 18h30 il ordonne au capitaine de Laviléon d'amener le pavillon.

La "Couronne" est à portée de voix du "Ville de Paris" à 16h15. Sur ordre verbal de de Grasse, Mithon de Genouilly se place sur la hanche tribord du navire amiral, mais il ne tient pas sa position. Après avoir mis en travers et envoyer une volée aux navires anglais les plus proches, il augmente sa voilure précisément au moment ou le navire amiral est attaqué. Il le dépasse tellement qu'il doit mettre en panne.
Lorsque la "Ville de Paris" amène son pavillon, la "Couronne" est à deux milles sur son avant.

"L'Eveillé" blessé dans sa mâture ne peut imiter la manoeuvre de la "Ville de Paris".
Le capitaine Le Gardeur du Tilly fait signal d'incommodités, puis d'incapacité de combattre lorsque de Grasse donne l'ordre de former la ligne.
Dès qu'il n'a plus de navire anglais par le travers, il laisse arriver et rejoint l'arrière garde.

Le "Sceptre" masque au changement de vent et abat sur l'autre bord : il signale être hors d'état de combattre parce que la rupture de plusieurs manoeuvres l'empêche d'arriver comme il le désire. Cette circonstance lui permet de protéger la manoeuvre de la "Richmond", lorsque cette frégate passe une remorque au "Glorieux".
Mais lorsqu'il parvient à orienter ses vergues, de Vaudreuil ne reste pas auprès de la "Richmond", et il dépasse la "Ville de Paris" qui lui fait signal de diminuer sa voilure.
Toutefois il reste sur l'avant du navire amiral et se trouve sous le vent lorsque l'on prend les amures à tribord.
Il est du nombre des vaisseaux le plus sous ventés lorsque de Grasse amène son pavillon.

A bord du "Glorieux" le vicomte d'Escars tué dès le début de la bataille est remplacé par le lieutenant de vaisseau Trogoff de Kerlessy.
A 11h30, rasé de tous ses mâts, le "Glorieux" cesse de combattre. Le "Magnanime" et le "Sceptre" étaient auprès de lui et au vent, mais le "Glorieux" ne reçu d'aide que de la frégate la "Richmond" qui le prend à la remorque.
Le capitaine de Mortemard tente pendant trois quarts d'heure de lui faire rallier le gros de l'armée qui était cependant sous le vent.
A 13h30, profitant de la fraîcheur qui s'élève, plusieurs vaisseaux anglais se dirigent vers le "Glorieux" l'entourent et mette la "Richmond" dans l'obligation de couper la remorque. Ainsi abandonné, le lieutenant Trogoff de Kerlessy fait amener le pavillon.

Lorsque le vent masque, le "Diadème" change d'amures.
Le vide qu'il laisse dans la file permet le passage à plusieurs vaisseaux anglais.
De 13h00 à 17h00 le chevalier de Monteclerc combat sans interruption des groupes de vaisseaux ennemis.
Il se tient près du "Triomphant" jusqu'au moment ou l'on prend les amures à tribord, mouvement qu'il exécute avec retard.
Serre file de son escadre, après cette évolution il ne peut pas se maintenir à son poste.
"Il était toujours de l'avant quoique sa voilure eut été réduite autant qu'il était possible de le faire". Que faut il penser de cette phrase que l'on trouve dans le commentaire du commandant O. Troude ? Le "Diadème" était un très bon marcheur ou était il fatigué de combattre ?

11h00, le "Destin" envoie le signal qu'il est dans l'incapacité de combattre, il suit les mouvements de son escadre tout en réparant ses avaries. Au coucher du soleil il est à 3 milles sous le vent de la "Ville de Paris".

Le "Magnanime" essuie le feu de l'avant garde et d'une partie du corps de bataille anglais.
Lorsque le vent change, il doit combattre bord à bord contre deux vaisseaux trois ponts ennemis, l'un est sur son tribord l'autre sur bâbord.
A 10h30 il envoie le signal de n'être plus en état de combattre, et demande des ordres au "Destin". Celui ci répond qu'il n'est pas nécessaire de réparer, et promet au capitaine le Bègue son appui absolu.
Canonné par 4 nouveaux vaisseaux anglais, le capitaine le Bègue est blessé. Le "Magnanime" fait route pour rallier le "Triomphant" et dépasse ce vaisseau d'un mille.

Après les évènements du matin,le capitaine de Médine est blessé, le "Réfléchi" se trouve à 4 ou 5 milles sous le vent de la "Ville de Paris". Cette situation n'est pas expliquée.
Ce vaisseau est l'un de ceux qui se forment sur l'avant de la "Ville de Paris" lors du virement de bord de la troisième escadre. Mauvais marcheur, il arrive après les autres.
La nuit tombée, son chef d'escadre lui envoie l'ordre de le suivre.

Le "Conquérant" se tient constamment à son poste, et suit les mouvements de son chef d'escadre.

Le "Magnifique" se tient constamment à son poste, il est l'un des vaisseaux qui se tient le plus près de la "Ville de Paris".

13h30, la fumée se dissipe. Le "Triomphant" est sous le vent de la hanche de la "Ville de Paris".
De Vaudreuil rallie les vaisseaux de son escadre auprès de la "Ville de Paris". Anticipant les problèmes rencontrés par l'amiral, il envoie les signaux vers la troisième escadre. De Grasse approuve ces signaux et les reprends à son tour.
Un seul vaisseau sépare le "Triomphant" de la "Ville de Paris" lorsque l'amiral amène son pavillon.
Le capitaine du Pavillon a été tué.

La conduite du capitaine de Charitte à bord du "Bourgogne" lui vaut l'approbation générale du conseil.
A 17h30, il est à moins d'un mille de la "Ville de Paris", et après le virement de l'arrière garde, il est le vaisseau situé le plus près de l'amiral.

Dans la matinée du 10 avril, le "Caton" sous venté demande du secours. Un frégate lui est envoyée. Malgré cela et sans autorisation, le capitaine de Framond fait route sur Basse Terre ou il relâche la nuit suivante.

Le 12 au matin, de Grasse envoie le signal de laisser arriver et de serrer l'ennemi au feu.
Le "Duc de Bourgogne" court si longtemps au S.O. qu'il se trouve sous le vent de la ligne, il vire vent arrière pour regagner son poste de serre file ou il arrive en même temps que les navires anglais.
Dans cette position il essuie le feu de plusieurs vaisseaux ennemis, et pour reprendre sa place, il passe au vent du "Pluton" et aborde le "Bourgogne".
Une fois dégagé, il laisse arriver mais de peur de voir sa mâture, qui était très endommagée tomber, il signale des avaries de mâture irréparables à la mer et court vent arrière toute l'après midi en ayant établi une bonnette basse.
Son chef d'escadre Coriolis d'Espinouse indique qu'il ne pouvait exécuter aucun ordre.
A 17h15, le "Duc de Bourgogne" manoeuvre pour rallier la "Ville de Paris", mais il a courut si longtemps au O.N.O. qu'à 18h30 il est encore à 15 milles sous le vent.
A 18h00 il passe au vent d'un trois ponts anglais démâté et pris en remorque par une frégate anglaise, il le croise sans lui envoyer de volée.

Le "Marseillais" est au vent de toute l'armée lorsque l'amiral envoie l'ordre de laisser arriver.
Le feu est commencé depuis 10 minutes lorsque le capitaine de Castellane prend son poste dans la file.
Ce vaisseau est l'un de ceux qui se forment sur l'avant du "Ville de Paris", position qu'il conserve jusqu'à ce que l'amiral amène son pavillon.



Nous avons vu que lorsque l'amiral envoie le signal de virer tout à la fois le "Pluton" reçoit l'ordre de commencer la manoeuvre et ne l'exécute pas.
Le capitaine d'Albert de Rions se justifie en indiquant qu'un seul bâtiment ayant renvoyé le signal, il juge la manoeuvre hasardeuse, et est persuadé que ce vaisseau se trompe dans la répétition du signal.
Le "Pluton" est l'un des vaisseaux qui se rapproche et reste auprès de la "Ville de Paris" jusqu'au dernier moment.

Le capitaine vicomte de la Mortemard n'aperçoit pas le signal qui lui est fait de passer une remorque au "Glorieux". Il fait cette manoeuvre de son propre chef.
Le soir, la frégate est sous ventée car elle est allée porter au "Duc de Bourgogne" l'ordre de tenir le vent.

Les frégates "Aimable" "Amazone" et le côtre le "Clairvoyant" se placent à distance convenable pour répéter les signaux.
La "Galatée" et la corvette la "Cérès" ne se rapprochent suffisamment.
Lorsque la ligne fut coupée, tous ces navires prirent tribord amures et s'éloignèrent de la zone de combat.


Pertes anglaises :
Les rapports anglais sont à prendre avec beaucoup de précautions, le bilan des dégâts matériel reste inconnu.
Cependant l'on sait que le capitaine Blair de "l'Anson" a été tué, le capitaine Manners de la "Résolution" est blessé.


Le convoi marchand a profité de la bataille pour quitter Basse Terre et faire route sur Cap Français ou il arrive le 20 avril.
L'on peut dire que les deux parties avaient atteint leurs buts : les anglais sauvergarder la Jamaïque et porter un méchant coup à la marine française, et les français sauvegarder le convoi marchand... on se console comme on peut !
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Dim 13 Déc 2009 - 20:47

Voilà, avec ces détails, nous avons fait le tour de ce qui se passe d'important aux Caraïbes en 1782.

Nous allons observer les mouvements de notre marine côté métropole, ce n'est guère brillant.
Il semble que seul Suffren, en mer des Indes, se révèle être énergique et motivé. Cependant il est peu suivi par les officiers de marine qui se présentent pour la plupart de ceux qui sont en Indes comme des hommes cupides et soucieux du commerce qu'ils se sont aménagé.
Les philosophes de France jugeront inutile le travail fait par nos marins en outre mer.

bateau-a-voile
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Lun 14 Déc 2009 - 12:31

Le propre des philosophes est bien sûr de faire de la philosophie, mais... après coup, au salon, le ventre plein de bonnes choses, c'est quand même beaucoup plus facile au vu d'un plan de bataille passé de dire ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire pendant cette dernière.

Mais sur place, dans le feu on ne se faisait pas de cadeau, si les ponts de ces vaisseaux étaient peints de couleur rouge, il y avait bien une raison.... Ces vaisseaux bien ou mal placés, à cause du vent, de la volonté du capitaine, par chance ou malchance, des ordres mal vus ou mal interprétés, il n'en reste pas moins que ces marins attaquaient et pire, recevaient ce qui suit:



Boulet enchaîné[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Les chaînes servent à couper les manoeuvres et déchirer les voiles, envoyés dans les airs, la chaîne se tendait et brisait ou coupait tout ce qu'elle rencontrait y compris tout ou partie du corps humain si par malheur.....


Boulet plein[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Les boulets pleins servent à détruire la coque. Tous ces boulets peuvent être préalablement chauffés à rouge de manière à mettre le feu à la mature et par conséquent au navire ennemi. Cette technique était peu employée car, peu pratique et quelquefois même se retournait contre son auteur.


Boulet ramé[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien][Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Les boulets ramés ou à rames multiples servent pour couper les manoeuvres et déchirer les voiles. Ils sont aussi appelés par les marins "anges à deux têtes"



Mitraille[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Les mitrailles sont des projectiles destinés à anéantir l'équipage




Tromblon (ou espingole)[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
Outre les sabres, haches et poignards destinés au corps à corps, pour le combat à distance les marins se servaient du tromblon.

A l'issue du combat digne de ce nom, un navire se retrouvait sans voiles ni mâts, sur le pont les hommes tués gisaient dans leur sang (le plus souvent décapités tête, tronc ou membres). Une odeur de poudre prenait aux yeux, une épaisse couche de brindilles provenant de l'arrachage du bois, jonchait le pont de ces navires touchés par l'infortune. Les autres, ceux qui n'étaient pas morts, avaient été touchés par les projectiles, quelquefois même par les éclats de bois propulsés à leur encontre, selon leur grosseur et leur emplacement, on allait de l'insignifiante égratignure au handicap profond, ces mutilations profondes touchaient pratiquement tous les membres de l'équipage.
avatar
SAINT ETIENNE Claude




Age : 71 Date d'inscription : 17/11/2008 Nombre de messages : 1228 Localisation : Normandie / CALVADOS/ LECAUDE Emploi/loisirs : Retraité - Cinéma - lecture principalement histoire

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Lun 14 Déc 2009 - 15:46

SAINT ETIENNE Claude a écrit:
Le propre des philosophes est bien sûr de faire de la philosophie, mais... après coup, au salon, le ventre plein de bonnes choses, c'est quand même beaucoup plus facile au vu d'un plan de bataille passé de dire ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire pendant cette dernière.....


C'est encore valable aujourd'hui !...et ça ne changera surement pas.
Juste une rectif, c'est l'infirmerie qui était peinte en rouge, (quand on voit les trousses des chirurgiens de l'époque, ça ne donne pas envie d'avoir un malaise !) les ponts étaient lavés et briqués.

barreur
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Lun 14 Déc 2009 - 16:43

Pas d'accord les ponts étaient en rouge.... Je vérifie
avatar
SAINT ETIENNE Claude




Age : 71 Date d'inscription : 17/11/2008 Nombre de messages : 1228 Localisation : Normandie / CALVADOS/ LECAUDE Emploi/loisirs : Retraité - Cinéma - lecture principalement histoire

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Lun 14 Déc 2009 - 18:24

Voici ce qu'en dit Jean Boudriot au sujet des 74 canons. La finition des autres types de navires ne devait pas être bien différente.

"Cale et faux pont : peinture à la chaux. La face inférieure du faux pont et du premier pont sont également peints à la chaux. Les bordages de des plates formes de la fosse aux câbles et de la soute aux poudres ne sont pas peints et il en est de même pour le bordage du faux pont.
L'intérieur de la première batterie est peint en ocre rouge sauf l'intérieur de la Sainte Barbe qui est peint en gris. Les bordages du pont et le coussin des grandes bittes ne sont pas peints. Les parties métalliques sont peintes en noir.
L'intérieur de la deuxième batterie est peint à l'identique de la première. La grande chambre et le dessous du gaillard sont peints en gris. Les moulures et fenêtres peuvent être peintes en blanc ou en gris..."


Il est étonnant que la teinte de l'antre du chirurgien ne soit pas précisée, mais c'était couleur rouge en sol, murs et plafond c'est certain.
On retrouve un peu une idée de la "déco" en voyant les photos du "Victory" sauf que chez les anglais les paroies sont blanches ou jaunes, mais dans les deux marines, les bordages des ponts ne sont pas peints.

Le briquage des ponts s'impose par le risque d'apparition d'une espèce de mousse verdatre (peut être une sorte d'algue) qui rend le pont très glissant.
corvée
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Lun 14 Déc 2009 - 18:35

Je reste momentanément sur ma position le temps de faire des vérifs sur mes doc.... Peut être en temps de guerre uniquement ou bien chez les Anglais, mais j'ai vu cela quelque part....Afin d'éviter la peur ou la folie.....

J
Ce matin 15 dec
'ai vu cela sur une thématique de artée, j'ai la cassette mais je ne sais où (déménagements + arrivée du dvd). Je pense que cette reconstitution de la vie des équipages de cette époque était réelle, mais gégé a raison également.

Pour les algues, celles-ci étaient produites par l'eau de mer et dégageaient une odeur nauséabonde qu'un lavage estompait quelque peu, mais se faisant, la production d'algues se trouvait alimentée par les lavages répétés.
avatar
SAINT ETIENNE Claude




Age : 71 Date d'inscription : 17/11/2008 Nombre de messages : 1228 Localisation : Normandie / CALVADOS/ LECAUDE Emploi/loisirs : Retraité - Cinéma - lecture principalement histoire

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Mer 16 Déc 2009 - 9:35

Retournons vers l'année 1782, si l'affaire des Saintes reste l'évènement le plus important de notre marine des Caraïbes, il ne se passe que peu de choses en Europe (dans le domaine maritime bien sûr), longues attentes, figuration en Atlantique, et à l'heure de l'action il semble que seuls les anglais prennent les bonnes décisiions et osent agir. En mer des Indes, Suffren prend des initiatives et a décidé de remplir sa mission malgré les difficultés dûes au matériel et à la mauvaise volonté de certains de ses officiers.
Commençons par les évènements européens, nous terminerons par l'activité en mer des Indes plus longue à décrire.

bateau-a-voile
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Mer 16 Déc 2009 - 9:38

Du côté de l'Europe :

1782 - Gibraltar -
L'Espagne et la France ne supportaient plus la présence anglaise à Gibraltar, les deux pays décident donc de frapper un grand coup et d'investir le rocher.
A cette époque, Gibraltar n'est pas encore la forteresse que l'on connaît aujourd'hui, mais il faut néanmoins une force considérable pour investir la place forte et en expulser les anglais.

La direction générale de l'opération est confiée au vainqueur de Minorque : le duc de Crillon.
Les lieutenants généraux de Cordova et de Guichen sont chargés de l'attaque par mer.

De Guichen appareille de Brest le 14 février 1782, avec 5 vaisseaux, 2 frégates et 1 brigantin.
Ces navires font route commune jusqu'à sortir du golfe de Gascogne avec deux convois, le premier à destination des Antilles aux ordres du capitaine Mithon de Genouilly, l'autre des Indes aux ordres du capitaine de Peynier.
Ces deux convois ne sont pas insignifiants, le premier est composé de 3 vaisseaux : "le Magnifique" - "la Couronne" - "le Dauphin Royal", de deux frégates : "la Friponne" et "l'Emeraude", les corvettes "la Cérès" et "la Naïade" et le cotre le "Clairvoyan".
Le second est composé de deux vaisseaux "le Fendant" - "l'Argonaute" et de la frégate "la Cléopatre".
De plus, le lieutenant général Lamotte-Picquet escorte tout ce beau monde jusqu'en dehors des zones fréquentées par la flotte anglaise; il sera de retour à Brest le 26 février.

Fin février, de Guichen arrive à Cadix et se range aux ordre de don Cordova.

Il faut attendre jusqu'au 3 juin 1782 pour voir appareiller l'impressionnante force combinée?
Voici l'ordre de sortie de Cadix :

- Le "San Miguel" et le "San Fernando" respectivement 70 et 80 canons.
"L'Arrogante" - " le Lion" - " le Sério" - "le Terrible" (70 - 64 - 70 et 110 canons).

- Le "San Pablo" 70 c. - "l'Espana" 64c. - "le Rayo" 80c. - "l'Atlante" et le "San Juan Batista" tous deux de 70 c. - "le Septentrion" 64c. et le "Royal Louis" 110 c.

- "l'Angel" - "San Justo" - "Sté Isabel" tous les trois de 70 canons et le "Sse Trinidad" 110 canons.

- Suivent cinq 70 canons : "Vencedo" - "l'Africa" - "San Damaso" - "Galicia" - "Terrible" suivis du 110 canons "St Vincente".

- "Firme" 70c. - "Castilla" 64c. - "Oriente" 70c. - "Purissima Concepcion" 110 c. - "l'Indien" 64 c. - "San Joachim" 70 c. - "le Majestueux" 110 c.

- Puis deux vaisseaux de 70 canons : "Brillante" - "San Isidro".

Arrivent ensuite les frégates "Grulla" - "Ste Perpetune" - "Amphitrite" - " Santa Barbara" - "Crésente" et la "Résolution".

Les corvettes "Pandour" - "Nathalia" et "Spewels" sortent à leur tour.

Cette flotte a pour mission de chasser les vaisseaux anglais qui croisent devant Brest, puis de tenir la Manche jusqu'à fin juillet puis de filer sur Gibraltar pour appuyer les opérations d'opération d'attaque et afin d'empêcher les ravitaillements par la mer.

Le 25 juin, un convoi anglais est repéré et pris en chasse. Si tous les navires de guerre anglais s'échappent, 18 navires marchands sont pris et conduits à Brest sous l'escorte du "Lion".

Le 11 juillet, Lamotte-Picquet renforce la flotte combinée avec 2 vaisseaux de 110 canons "L'invincible" et "La Bretagne" accompagnés de 6 vaisseaux de 74 canons "Le Robuste" - "Le Protecteur" - "l'Actif" - "Le zodiaque" - "Le Bien Aimé" et le "Guerrier".

Le soir du 11 juillet, un vaisseau et deux frégates anglaises sont pris en chasse.

Le 12 juillet au matin le vent soufflait du N.O, Lamotte-Picquet signale de nombreuses voiles dans le N.E. : c'est l'armée anglaise de la Manche.
Le commandant en chef lança une chasse générale et sans ordre. A 10h00, alors que 22 vaisseaux anglais sont en vue, il fait ranger l'armée en ligne sur le plus près bâbord avec ordre d'attaquer dès que possible.
Les vaisseaux anglais restent hors d'atteinte, à 16h00 Lamotte-Picquet qui était très avance avec son escadre légère met en panne.
A 18h00 il rejoint la flotte car le commandant en chef a lancé le signal de ralliement.
La flotte se range sur trois colonne et met en panne tribord amures. La nuit passe ainsi, une nuit à grains au matin, le vent passe au S.E. L'armée anglaise est encore en vue dans le N.E. La flotte combinée prend la chasse quelque temps, puis don Cordova prend la bordée Ouest alors que le reste de la flotte croise vers Ouessant et Belle-Isle. Puis toute la flotte combinée rentre à Cadix comme prévu.

Le flotte combinée reprend la mer et le 10 septembre, mouille à Algériras ou deux vaisseaux français et 7 vaisseaux espagnols l'attendaient déjà.

Cette force navale, destinée à soutenir les attaques sur Gibraltar, attend encore 80 chaloupes canonnières et 10 batteries flottantes.
Ces batteries, dont l'équipage était composé de soldats, étaient établies sur des carcasses de navires de 600 à 1200 tonneaux. On avait cru les rendre incombustibles au moyen d'infiltrations continues à l'intérieur. Malheureusement, on s'aperçoit bien vite que ce procédé favorise l'humidité qui détériore les poudres. C'est sans réfléchir que l'on abandonne bien vite l'idée des batteries. En effet, je dis "bien vite" car les poudres pouvaient être stockées sur les navires, et n'être livrées sur les batteries qu'au dernier moment, annulant ainsi le risque de dégradation.

Voici comment Gibraltar se présente en 1782 :
Gibraltar est bâtie sur la presqu'île à la pointe d'Europe et la partie orientale de la baie d'Algésiras.

Ce rocher fortement découpé dans le sens de sa longueur qui est d'un peu plus de deux milles du Nord au Sud, est taillé à pic à l'Est comme au Nord. L'à pic du Nord est d'environ 350 mètres.
Une falaise presque verticale surplombe au Sud un petit plateau qui termine la presqu'île. Ce plateau est à environ 15 mètre au dessus du niveau de la mer.
La face Ouest présente une pente beaucoup moins rapide. C'est de ce côté, à l'extrémité Nord et au bord de l'eau que se trouve la ville.
Deux môles formant deux darses destinées à procurer un abri aux navires suivant leur force existent sur la côte Ouest.
Le vieux môle est au Nord de la ville, le môle neuf est à un mille et demi au Sud du vieux.
Une presqu'île très basse relie le morne de Gibraltar au continent. L'on aperçoit de l'autre côté de la baie la ville d'Algésiras qui est éloignée de 4 milles et demi
La ville est entouré d'une fortification régulière et de deux gros ouvrages qui en défendent les approches . De plus, un camp retranché est installé sur le plateau Sud.

Le chateau Maure (je suppose qu'il s'agit de cet ouvrage que les rapports signalent les "gros ouvrages défandant les approches)"


Lorsque l'armée navale arrive à Algésiras, plusieurs attaques ont déjà été menées depuis la terre (sans résultat). Le comte de Crillon installe un siège.
Une action combinée Terre/Mer est organisée pour le 13 septembre :
Pilonnage de la partie Nord de la ville par l'artillerie de terre. Pendant ce temps, 4 vaisseaux embossés à la pointe d'Europe protégent le débarquement d'un corps de troupe dans une zone facilement accessible, cette attaque n'étant en fait qu'une diversion.
Les batteries flottantes, mouillées des deux côtés du vieux môles agiraient sur les deux fronts adjacents. Ainsi disposées, elles ont peu à craindre des batteries du môle neuf, et elles étaient soutenues par les batteries de terre qui prenaient des revers sur les fronts attaqués.
Mais l'entente entre l'armée de terre et celle de mer n'est pas parfaite !
Le chef des batteries flottantes (Moréno) ne s'occupe pas de leur placement. L'inventeur des batterie le colonel du génie d'Arçon dû leur faire reprendre leur mouillage dans la nuit du 12 au 13, et encore, ses instructions ne sont pas parfaitement suivies par Moreno : elles sont mouillées trop au Sud et trop près les unes des autres, l'extrémité gauche de la ligne des batteries se trouve vis à vis du grand môle mais à une trop grande distance.... ainsi placées elles sont foudroyées par toute l'artillerie d'un immense front.
D'autre part, les vaisseaux désignés pour prendre poste à la pointe d'Europe ne bougèrent pas. Les rapports espagnols indiquent que des "motifs puissants les empêchèrent d'approcher" sans toutefois préciser ces motifs. Le débarquement prévu dans cette partie de la presqu'île devient impossible, il est donc annulé.
Les canonnières restent absentes.

Le feu commence le 13 septembre à 10h00.
Après plusieurs échanges de boulets, une batterie flottante est touchée par un boulet rouge. Au début l'on n'y porte pas d'importance, mais rapidement le feu prend toute la batterie. Les batteries étant trop proches les unes des autres, le feu se propage d'une batterie à l'autre. Bientôt tous les équipages des batteries sont à l'eau (car il n'existe pas de canot sur les batteries) et tentent de gagner la terre ou de rejoindre les chaloupes que les navires envoient dans la zone de l'incendie.
Puis, la panique devient générale : au lieu de remorquer les batteries non encore atteintes par le feu vers Algésiras, on donne l'ordre de toutes les incendier !
A la tombée du jour, les chaloupes françaises rejoignent leurs bords.
Pendant la nuit, le capitaine anglais Curtis, sort de Gibraltar avec une douzaine de chaloupes, vient terminer le travail déjà bien commencé par l'incendie, puis recueille 357 hommes qui pataugeaient et 30 blessés restés sur les batteries.
Voilà le résultat de cette attaque "formidable"... seuls les préparatifs avaient inquiété l'Angleterre !
Encore une fois l'alliance concertée France/Espagne donnait un résultat pitoyable, le blason de la marine française en sortait bien terni.
Si il faut trouver une cause responsable, nous dirons que la mésentente entre le comte Crillon et le chef Moréno prend une part importante dans cette affaire.
La conclusion suivante fut tirée : "Gibraltar est une place forte imprenable."
Certain que les approvisionnement de Gibraltar étaient réduits, et qu'un convoi était déjà en mer pour ravitailler l'armée anglaise, don Cordova reste au mouillage à Algésiras.
Voyant les navires en embuscade, le moral anglais est à la baisse.
Dans la nuit du 9 octobre, un fort coup de vent du S.O. vient perturber les projets espagnols :
Plusieurs vaisseaux s'abordent, le "San Miguel" est jeté à la côte il est pris sous le feu du bastion Sud de Gibraltar : il amène son pavillon.
Le 11 octobre au matin, le convoi anglais est signalé dans le détroit, mais le vent encore très violent l'entraîne vers l'Est, un très petit nombre de navires atteignent Gibraltar. Don Cordova fait appareiller, mais la flotte combinée génée par les brumes et les sautes de vent ne peut empêcher le convoi d'arriver à destination.
Le 18 octobre, l'escorte anglaise portée par une jolie brise d'Est apparaît dans le détroit : c'est l'amiral Howe avec ses 34 vaisseaux 8 frégates et 3 brûlots.
Le 20 octobre, après deux jours de chasse, la flotte combinée se trouve en bonne position pour attaquer les anglais.
La marche de la flotte combinée était réglée sur celle des meilleurs marcheurs. Seuls 33 vaisseaux peuvent former la ligne, les autres sont loin en arrière.
Le vent est au Nord, les deux flottes sont en lignes tribord amures, la ligne anglaise est sous le vent de la flotte combinée.
18h30 la flotte combinée ouvre le feu sur les vaisseaux de la tête de ligne anglaise. Ceux-ci plient de suite, l'arrière garde engage à son tour, puis le centre passe aussi à l'attaque.
Les mouvements de la ligne anglaise ne permettent pas une attaque régulière sur toute la longueur de la ligne. Les anglais poursuivent cette tactique pendant tout le combat. Les anglais plient sur tous les points, et à 22h00 ils laissent arriver franchement. Le commandant en chef ne les fait pas poursuivrent alors que seul le "Majestueux" avait des avaries sérieuses et que les vaisseaux anglais avaient été maltraités (le "Buffalo" dû rejoindre l'Angleterre).
Les vaisseaux restés à l'arrière rallièrent le lendemain, mais la flotte anglaise s'était éloignée et don Cordova ne jugea pas utile de donner la chasse.
La mollesse avec laquelle tous ces combats ont été menés provoque la fureur des amiraux Lamotte-Picquet et de Guichen. En fin d'année, ce dernier confiera le commandement de toute l'escadre française basée à Cadix à Lamotte Picquet et rentrera en France pour se retirer dans ses terres.
Don Cordova fait route sur Cadix ou il mouille le 28 octobre, de son côté l'amiral Howe détache huit vaisseaux vers les Antilles et met le cap sur l'Angleterre.
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Dim 20 Déc 2009 - 14:20

Côté Océan Indien :


- 9 février 1782 Suffren devient commandant en chef de la flotte en mer des Indes.
- 17 février 1782 Combat de Madras.

Dès l'arrivée de l'escadre de Suffren, on travaille d'arrache pied pour remettre ses navires en état.
La durée des travaux est plus longue que prévue car les navires de Suffren n'étaient pas équipés de pièces de rechanges.
En France, on compte sur les ressources de l'île de France, qui en fait sont nulles puisque les deux convois qui devaient ravitailler la colonie avaient été pris par les anglais.

Les informations suivantes parviennent au commandant d'Orves :
Hyder Ali, a emporté plusieurs victoires sur les anglais, et les Marattes sont disposés à attaquer les anglais du côté de Malabar.
D'Orves décide de profiter de cette situation.
Le 7 décembre 1781 il appareille de l'île de France et se dirige vers la côte de Coromandel, à la tête d'un convoi emportant 1700 hommes de troupe.
Le 19 janvier 1782, les vaisseaux "Artésien" et "Héros" lancent une chasse infructueuse sur un navire anglais. Toutefois, resté dans une zone de calmes et de "folles brises", le 21 janvier, le navire anglais est toujours en vue.
Le "Héros", "Artésien" et "Vengeur" se lancent à sa chasse.
Le "Héros" meilleur marcheur atteint le navire anglais le premier. Ce dernier lui lance deux bordées avant d'être à portée de canon. Le "Héros" attend d'être à mi portée pour lui lancer une volée. Le feu du "Héros" est si précis et si nourri que le navire anglais amène son pavillon avant que "l'Artésien" ait rejoint.

Il s'agit de "l'Hannibal" vaisseau de 50 canons, capitaine Christie.
Venant de Ste Hélène où il avait reçu la mission d'informer l'arrivée de deux autres vaisseaux et d'un convoi amenant des troupes et des munitions.

Attention à l'orthographe du nom de ce navire ! Il existe déjà un "Annibal" dans l'escadre française des Indes. Le navire n'est pas débaptisé. Il conserve donc l'orthographe de son nom anglais.
Au sein de l'escadre, il sera rapidement surnommé "le Petit Annibal"


Ce vaisseau est immédiatement incorporé à l'escadre de d'Orves, et confié au commandement du lieutenant de vaisseau chevalier Morard de Galle qui commandait jusqu'alors la frégate la "Pourvoyeuse".
Nota :
Concernant le commandement du chevalier Morard de Galle, des contradictions existent entre les rôles d'équipage et les notes de Suffren. Notamment dans le rôle de l'Hannibal, il est noté "Chevalier Morard de Galle" passé commandant de la frégate la Pourvoyeuse à la date du 1er novembre 1781. Les états de revues de Brest le signalent comme commandant de l'Hannibal pour les années 1782 et 1783. Les notes de Suffren l'indiquent comme commandant de l'Hannibal dès sa prise. Prenons l'avis de Suffren pour bon.


La santé du commandant d'Orves se dégrade et donne de fortes inquiétudes. Il remet le commandement de l'escadre à Suffren nommé chef d'escadre depuis un mois.
Le 9 février 1782 le commandant d'Orves meurt, le bailli de Suffren devient le commandant en chef de la force navale de la France dans la mer des Indes.

Suffren

Suffren décide immédiatement d'opérer à quelques changements parmi les capitaines d'escadre.

74c - Héros - capitaine Moissace - A bord le bailli Suffren.
74c - Orient - capitaine de la Pallière.
74c - Annibal - capitaine chevalier de Tromelin...... (voir "pour la petite histoire" ci dessous)
64c - Vengeur - capitaine comte de Forbin.
64c - Sévère - capitaine chevalier de Villeneuve Cillart.
64c - Sphinx - capitaine Duchilleau de Laroche.
64c - Bizarre - capitaine chevalier de Lalandèle Roscanvec.
64c - Artésien - capitaine Bidé de Morville.
64c - Ajax - capitaine Bouvet.
64c - Brillant - capitaine de Saint Félix.
50c - Flamand - capitaine de Cuverville.
50c - Hannibal - Chevalier Morard de Galle.
Frégates : Pourvoyeuse - Fine - Bellone
Corvettes : Subtile, Sylphide - Diligent.

Pour la petite histoire :
Six ans plus tôt, le 29 novembre 1776, la corvette "La DAUPHINE" commandée par le lieutenant de vaisseau Chevalier de TROMELIN, mouille devant l'Ile des Sables (située au Nord de l'archipelle des Mascareignes) sur laquelle on a aperçu des signes de vie.
Il aborde ce dangereux récif par une mer calme, et trouve le chenal qui permet d'accéder au seul point abordable de l'île. Il peut ainsi sauver sept femmes et un enfant anciens esclaves arrivés sur l'île lors du naufrage de la flûte "l'Utile" et qui y avaient survécu 15 ans malgré les conditions très difficiles de survie.
Depuis, cette île porte son nom.


Le 16 février 1782, Madras est en vue. Dans la rade, 9 vaisseaux anglais et deux frégates sont à l'ancre sous la protection des batteries du fort Saint Georges et celles de la ville noire.
Les batteries obligent la force navale française à un peu de modestie.
Malgré tout, Suffren veut attaquer. Mais il se méfie de ses capitaines, l'affaire de la Praya lui a servi de leçon. D'autre part, il ne veut pas entamer le prestige de la marine française dans les mers indienne.
Il décide donc de réunir un conseil des capitaines afin de leur exiger de se prononcer sur leur coopération dans le cas ou il déciderait d'attaquer.
Seul le capitaine Pierri de Salvéri de la "Bellone" est d'avis d'attaquer, les autres capitaines préfèrent éviter le combat.
Suffren se range à la majorité.

L'escadre n'ayant plus rien à faire dans les parages, quitte son mouillage prend le cap au Sud en direction de Pondicherry ou les navires doivent se retrouver. Le convoi fait route le long des côtes, les navires mène une route parallèle un peu au large.
Le contre-amiral anglais Hugues s'inquiète de voir la flotte française prendre la direction du Sud. Il s'inquiète de la conservation des anciennes possessions Hollandaise que sa marine avait prises, et dont la défense dépend de la présence de vaisseaux.
Il constate que le convoi prend une route différente de l'escadre. Aussitôt il envisage la capture d'un ou plusieurs navires du convoi. Dès la nuit, il lance la chasse.
Certainement très excités par la prise de quelques navires, les capitaines anglais attaquent dans le désordre. A l'aube du 17 février, les navires anglais sont en ordre dispersés sous le vent des vaisseaux de Suffren qui donne aussitôt le signal de chasse libre. Les vents restent faibles et ne permettent pas une manoeuvre rapide.
De son côté, Hugues rallie ses vaisseaux et les range en bataille bâbord amures.
Suffren fait la même manoeuvre en restant à distance, et à 15h00 il ordonne de laisser arriver quatre quarts largue sur l'escadre anglaise qui l'attend ainsi :
64c - Worcester - capitaine Charles Wood.
70c - Burdord - capitaine Peter Rainier.
72c - Monmouth - capitaine Alms.
64c - Eagle - capitaine Ambrose Riddals.
74c - Superb - capitaine Stevens. A bord le contre amiral Edward Hugues.
74c - Monarca - Capitaine John Gells.
82c - Hero - capitaine Hawker.
64c - Isis - capitaine Lumley.
74c - Exester - capitaine Reynolds. A bord le commodore Richard King.
frégates Combustion - Sea Horse.

Dans cette manoeuvre, Suffren ne tient pas compte de plusieurs paramètres :
- Il est difficile de maintenir un ordre de bataille cohérent par vent arrière (au largue) car la différence de marche des navires devient un vrai problème. Seul trois ou quatre vaisseaux ont leur coque doublée de cuivre, les autres sont seulement mailletés.
- Plusieurs capitaines viennent de prendre leur commandement (sur son ordre) et ne connaissent pas suffisamment leur navire pour anticiper leurs réactions.
-D'autres enfin commandaient pour la première fois.
Suffren commettra souvent ce type d'erreur, il ne se corrigera d'ailleurs jamais, et, la cas échéant, il rejettera la cause du mauvais résultat sur ses sous-ordres.

L'escadre française avance donc en ordre de marche quatre quarts largue sur les anglais qui continent de filer de l'avant. A 15h15, les vaisseaux situés à l'avant de la formation française sont à bonne portée des vaisseaux de l'arrière garde anglaise.

Voici l'ordre de file des vaisseaux français :
"Héros" - "l'Orient" - "le Sphinx" - "le Vengeur" - "l'Hannibal" - "l'Annibal" - "le Bizarre" - "le Sévère"- "l'Ajax" - "le Flamand" - "l'Artésien" - "le Brillant".

Le "Héros" serre le vent bâbord amures, remonte la ligne anglaise, envoie sa première bordée à "l'Exeter", puis poursuit sa course jusqu'au "Superb" qu'il combat jusqu'à la nuit.
"L'Orient" suit le "Héros", envoie une première bordée aux vaisseaux anglais de l'arrière, puis se place et reste par le travers du "Monarca" qu'il ne lachera pas jusqu'à la fin du combat.
Le "Sphinx" suit "l'Orient", il envoie une bordée à "l'Exeter", puis choisi le "Héro" comme adversaire définitif. (Une nouvelle fos attention à l'orthographe : le "Héros" est français et le "Héro" est anglais).
Le "Vengeur" suit, il envoie lui aussi une bordée à "l'Exeter" puis se place par le travers de "l'Isis".
"L'Hannibal" (50 canons) se trouve par le fait de la suite bord à bord avec "l'Exeter" (74 canons). Bien que ce dernier est reçu les bordées des quatre premiers navires français, la position de "l'Hannibal" reste périlleuse, car il a par son travers un navire bien plus puissant que lui. Malgré tout, "l'Hannibal" tient son poste, il est soutenu pendant un temps par les deux vaisseaux remontés de l'arrière garde française obligeant ainsi "l'Exeter" à combattre sur ses deux bords. Lorsque ces deux vaisseaux repoussés par l'avant garde anglaise, cessent de lui porter de l'aide, "l'Hannibal" reste à son poste jusqu'à ce qu'en fin de journée il reçoive l'ordre de rompre le combat.

Alors que sur le "Héros" le signal de prendre un poste de combat dans la ligne de file est en place, les sept navires de queue restent obstinément en ligne derrière la zone de combat. Certanement que leurs capitaines jugent mal venu de rester silencieux, car ils brulent autant de poudre et tirent autant de boulets que ceux que les cinq navires combattant sur leur avant.
Finalement, deux de ces vaisseaux de l'arrière garde française le "Flamand" et le "Brillant" remontent la ligne et viennent se placer sur l'autre flanc de "l'Exeter" soutenant ainsi "l'Hannibal" qui avait fort à faire. Puis l'avant garde anglaise vire lof pour lof et repousse les deux vaisseaux français remontés de l'arrière et les oblige à repasser de l'autre côté de la ligne anglaise. Toutefois cette manoeuvre est tardive, les vaisseaux anglais maltraités sur les deux bords sont en triste état.
La nuit tombe, l'intensité du combat diminue, une bonne moitié de l'escadre française bien que hors de portée continuer à tirer de loin, Suffren dira "continuent à s'étourdir par le bruit des canons".

Suffren sait qu'il ne peut compter sur l'aide des capitaines des vaisseaux de l'arrière, il emmène ses navires mouiller avec le convoi à Pondicherry.
Le "Héros", "l'Orient" et "le Sphinx" ont été très maltraités. Côté anglais, "le Superb" et "l'Exeter" sont en mauvais état, leurs capitaines Reynolds et Stevens ont été tués.

Ce combat du 17 février 1782 (ou combat de Madras) est le premier que Suffren livre en Inde.
L'on constate que malgré la supériorité numérique de près d'un quart, les français n'ont pas obtenu un avantage définitif. L'on remarque aussi l'esprit d'indiscipline et de jalousie qui règne dans le milieu des officiers. Pour sa part, Suffren est bien décidé à lutter contre cet état d'esprit auquel il s'attendait.
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Ven 15 Jan 2010 - 19:59

Océan Indien - Goudelour - avril 1782.

Negapatam, est une ville située à 70 milles au Sud de Pondichery sur la côte de Coromandel.
En novembre 1781, les anglais avaient pris cet établissement Hollandais grâce à une attaque simultanée de terre et de mer.
Après le combat de Madras, Suffren estime le moment favorable pour restituer le comptoir de Coromandel à la Hollande. Le général Duchemin commandant les troupes embarquées sur le convoi de Suffren ne partage pas l'avis de l'amiral.
La rivière Coleroon, du moins l'une de ses branches venant du royaume de Tanjaour, se jette à la mer à Porto Novo situé à 25 milles au Sud de Pondichery. Hyder-Ali avait indiqué cet endroit pour un éventuel débarquement de troupes. L'escadre française vient y mouiller.
Malgré la barre, les troupes débarquent sans problème, et marchent de suite sur Goudelour située à 11 milles au Sud de Porto Novo.
Goudelour capitule le 4 avril 1782.


Les maladies ravagent l'effectif de l'escadre de l'Inde. Il manque déjà 1000 hommes.
Suffren sait que les renforts anglais vont arriver. Il décide donc de les affronter le plus rapidement possible.
Suffren met à la voile le 23 mars 1782.


Le 9 avril, la flotte anglaise est signalée dans le N.N.E. le vent souffle E.N.E. Suffren manoeuvre pour se rapprocher des navires anglais, les deux escadres sont en vue l'une de l'autre, mais le vent reste faible pour pouvoir attaquer.
Au début de l'année 1782, profitant de l'inactivité de l'escadre française, le gouvernement de Madras avait dirigé contre Trinquemalé une expédition qui s'en était emparé. Trinquemalé est un vaste port situé sur la côte N.E. de l'île de Ceylan à 72 lieues au Sud de Pondichéry.
Le 12 avril, la côte est en vue, les anglais veulent joindre Trinquemalé, les deux escadres se sont rapprochées, le vent a légèrement forci, Suffren donne l'ordre de chasse libre.
Les anglais qui voguaient vent arrière en direction de Trinquemalé, voyant les français se mettre en chasse, se rangent en bataille tribord amures dans l'ordre suivant :

64 c - Exeter - capitaine Robert Montagu - A bord le Commodore Richard King.
82 c - Sultan - capitaine James Watt.
64 c - Eagle - capitaine Ambrose reddal.
70 c - Bufford - capitaine Peter Rainier.
72 c - Monmouth - capitaine James Alms.
74 c - Superb - capitaine Mac Lellan - A bord Vice Amiral Edwart Hughes.
70 c - Monarca - capitaine John Gell.
72 c - Magnanime - capitaine Charles Wolseley.
60 c - Isis - capitaine Lumley.
82 c - Hero - capitaine Hawker.
64 c - Worcester - capitaine Charles Wood.


Voyant la manoeuvre anglaise, Suffren rallie ses vaisseaux et les organise en bataille sur le même bord que les anglais dans l'ordre suivant :

64c - Vengeur - Compte de Forbin.
64c - Artésien - Bidé de Morville.
50c - Hannibal - Chevalier Morard de Galle.
64 c - Sphinx - Vicomte Duchilleau de Laroche.
74 c - Héros - Moissac. A bord Bailli de Suffren chef d'escadre.
74 c - Orient - Capitaine de Lapalière.
64 c - Brillant - de Saint Félix.
64 c - Sévère - Chevalier de Villeneuve Cillart.
64 c - Ajax - Bouvet.
74 c - Annibal - de Tromelin.
50 c - Flamand - de Cuverville.
64 c - Bizarre - Chevalier de Lalandelle Roscanvec.

A midi il laisse arriver grand largue sur la ligne du plus près, à 13h30 les anglais sont à porté de fusil, Suffren fait ouvrir le feu.

Le passage de l'ordre de marche sur une ligne de relèvement à un ordre de bataille, est une manoeuvre difficile.
Pendant qu'ils couraient grand largue, les capitaines français n'ont pas suffisamment prêté attention à se maintenir en ligne.
De plus, il semble que les signaux n'aient pas été correctement compris. Si bien que lorsque Suffren donne l'ordre de tenir le vent, les vaisseaux ne sont pas sur la même ligne. Les deux premiers qui sont trop au vent dépassent la tête de la colonne anglaise. Les cinq derniers sont de l'arrière et beaucoup au vent. Le feu de ces sept navires reste sans effet, seul cinq bâtiments français sont au combat.


La frégate située hors ligne sur la gauche du tableau a pour mission de repéter les signaux envoyés par le vaisseau amiral.

Aucun signal ne peut décider les capitaines des premiers à se rapprocher.
Le "Monmouth" est écrasé par l'artillerie du "Héros" et perd deux de ses mâts. Hugues vient protéger le "Monmouth" et place le "Superb" entre lui et le "Héros". Mais le "Héros" à subit bien des avaries, et deux vaisseaux français viennent bientôt à son secours.
Le "Superb" ne peut résister au choc, il va se mettre à l'abris derrière le "Monmouth".
La situation devient très compliquée, à 15h45 Hugues fait virer l'escadre anglaise lof pour lof ce qui permet de se rapprocher des bâtiments de l'arrière garde anglaise qui se trouvait pressée par les bâtiments français. Cette manoeuvre est parfaitement effectuée, un navire prend le "Monmouth" en remorque.
Suffren n'a pas l'intention de laisser partir ce vaisseau qui n'est plus en état de combattre, à son tour il donne l'ordre de virer lof pour lof, mais la manoeuvre s'effectue avec beaucoup moins de réussite !
Les deux premiers vaisseaux hésitent et évoluent avec beaucoup de lenteur, l'un des vaisseaux de l'arrière garde veut virer vent devant, manque sa manoeuvre plusieurs fois mais persiste dans son mouvement. Sur "l'Orient" un incendie se déclare alors qu'il terminait son évolution aussitôt le "Brillant" vient se positionner entre "l'Orient" et l'escadre anglaise, lui permettant ainsi de porter tous ses efforts à combattre l'incendie.
Tous ces évènements ont semé le désordre dans l'escadre française, et chacun combat comme il le peut.
A 17h15, le "Héros" perd son petit mât de hune, Suffren passe sur "l'Ajax".
Cinq vaisseaux français sont au combat, les autres plus ou moins avariés restent à l'écart.
Cependant, l'escadre anglaise se rapproche de plus en plus de la côte.
Soudain, l'orage éclate.
Suffren donne l'ordre de cesser le combat et laisse chaque capitaine libre de sa manoeuvre pour mettre son bâtiment en sécurité. Tous mettent le cap au Nord.
A 20h15, l'orage à faiblit, Suffren envoi le signal de mouiller l'ancre.

L'obscurité est profonde, la frégate "la Fine" cherche le "Héros" pour lui passer une remorque. Soudain elle tombe sur "l'Isis". Les deux capitaines s'interpellent, réalisent qu'ils sont ennemis mais la lassitude est trop forte, aucun des deux ne brûle d'amorce. C'est un grain qui gonfle les voiles de la frégate et la dégage de cette position.
Le jour se lève enfin, les deux escadres sont au mouillage à deux milles l'une de l'autre. Les dégâts sont considérables de deux côtés. Les capitaines Villeneuve de Cillart et Morard de Galle sont blessés.

Le 19 avril, l'escadre française met le cap sur Benticolo comptoir hollandais situé à 56 milles au Sud de Trinquemalé.
Le 22 avril, les anglais touchent Trinquemalé.

Suffren expédie un aviso vers le gouverneur pour lui demander des mâtures et des munitions, et l'informer que si la situation s'aggravait et qu'il devait quitte la côte, il se dirigerait vers Malac il attendrait le convoi du gouverneur à la pointe de Galle (comptoir Hollandais situé sur la côte S.O. de Ceylan.

La décision de Suffren de faire route sur Benticolo fit dire aux anglais qu'ils avaient gagné la bataille du 12 avril.
Pour sa part, Suffren donne pour raison de son départ qu'il avait attendu en vain l'appareillage des navires anglais et qu'il ne voulait pas engager un combat dans des eaux si peu profondes.


Suffren
Par contre, à bord des navires de l'escadre française, un vent de manifestation souffle. Les états majors posent la question de savoir si les navires peuvent tenir la mer plus longtemps, certains n'hésitent pas à rappeler que les ordres sont de rejoindre l'île de France.
Suffren maintient sa décision, "au mépris des intérêts personnels de ses capitaines" estimant que si la flotte française se retire des eaux de la côte du Coromandel, la flotte anglaise restera seule en place et obligera Hyder-Ali à traiter avec eux. "Plutôt ensevelir l'escadre sous les murs de Madras."
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Ven 22 Jan 2010 - 11:03

Mer des Indes - 6 juillet 1782 -

Malgré les ordres reçus de France, ordres qui sont connus de tous, Suffren décide de prolonger le séjour de l'escadre sur la côte du Coromandel. Il fait travailler ses troupes à la réparation des navires, grace aux prises qu'il a faites, et surtout grace aux secours apportés par les hollandais à Benticolo. Les navires embarquent six mois de vivres.
Cela fait, l'escadre se rend à Porto Novo puis à Gondelour.
Suffren pense toujours à Negapatam, mais le général Duchemin n'est toujours pas décidé à y attaquer les troupes anglaises.
Suffren profite de l'escale à Gondelour pour contacter Hyder-Ali et lui propose de mener une attaque conjointement. Hyder-Ali accepte.
1200 hommes dont 800 cipayes embarquent pour compléter les équipages des vaisseaux, ainsi que 300 soldats destinés aux opérations terrestres.
Suffren expédie un courrier au gouverneur de l'Ile de France, précisant ses intentions tout en soulignant les difficultés qu'il rencontre. Difficultés dûes au manque d'argent, de vivres, de médicaments, et signale l'affaiblissement des équipages suite aux maladies.
Il met à la voile, et se dirige vers le Sud. Le 5 juillet, il est devant Negapatam, l'escadre anglaise est mouillée en rade.
L'amiral anglais Hugues n'attend pas d'être attaqué au mouillage, il appareille et se tient en observation au vent.
La nuit se passe sans mouvement. Au matin du 6 juillet, l'escadre française est rangée en bataille tribord amures sauf "l'Ajax" qui a démâté dans la journée du 5. Le vent souffle au Sud Ouest.
Hugues fait arriver sur les français.

Escadre française:
50c Flamand - capitaine de Cuverville.
74c Hannibal - capitaine de Tromelin.
64c Brillant - capitaine de Saint Félix.
74c Sévère - capitaine chevalier de Villeneuve Cillart.
74c Héros - capitaine Moissac. A bord bailli de Suffren.
64c Sphinx - capitaine Duchilleau de Laroche.
50c Annibal - capitaine chevalier Morard de Galle.
64c Artésien - capitaine Bidé de Maurville.
64c Vengeur - capitaine comte de Forbin.
64c Bizarre - capitaine chevalier de Lalandelle-Roscanvec.
74c Orient - capitaine de la Pallière.
Frégates : Bellone - Fine
Corvettes : Naïade - Diligente
(pour mémoire : 74c Ajax - capitaine Bouvet.)

Escadre anglaise :
82c Hero - capitaine Charles Hugue - A bord commodore Richard King.
64c Exeter - capitaine Robert Montagu.
60c Isis - capitaine Lumley.
70c Burford - capitaine Peter Rainier.
82c Sultan - capitaine James Watt.
74c Superb - capitaine Max Lellan - A bord vice-amiral Edward Hugues.
70c Monarca - capitaine John Gell.
64c Worcester - capitaine Charles Wood.
72c Monmouth - capitaine James Alms.
74c Eagle - capitaine Ambrose Reddal.
72c Magnanime - capitaine - Charles Wolsoley.
Fregate : Sea-Horse.

La ligne de relèvement sur laquelle navigue la flotte anglaise n'est pas celle du plus près. Si bien que les deux lignes forment un angle assez prononcé.
10h30, Suffren envoie le signal de commencer le feu.
Etant donné la position des deux lignes l'un par rapport à l'autre, le combat ne s'engage pas avec la même vigueur tout le long de la ligne. Les navires de têtes sont à portée de mitraille alors que ceux de queue ne sont pas encore à portée de canon.
Après trois mois de séparation, les deux amiraux se retrouvent face à face ou plutôt bord à bord, ils sont tous deux bien décidés à emporter une victoire décisive.

Vers 13h00 le vent passera du S.O. au S.S.E.

Il est presque 10h45 lorsque le "Flamant" tire ses premières bordées.
Le "Superb" 6ème dans la ligne anglaise s'est arrêté par le travers du "Héros". Les 4 vaisseaux qui précèdent ce dernier se trouvent en présence des 5 anglais qui marchaient devant le "Superb". Ceux-ci s'étant mis par le travers des vaisseaux français qui leur correspondaient, il en ressort que le "Flamand" se trouve confronté en même temps au "Hero" et à "l'Exeter". Il résiste si fortement que le "Hero" et "l'Exeter" sont gravement endommagés, mais, fortement touché, le "Flamand" doit se retirer du feu.

"L'Annibal" est attaqué par "l'Isis". Suite à la saute de vent, le "Brillant" se trouve sous le feu de "l'Eagle" et du "Worcester", "l'Annibal" prête son côté à ses deux adversaires et permet de dégager "l'Annibal".

Le "Brillant" à le "Sultan" pour adversaire, il ne tarde pas à sentir la puissance de l'artillerie du "Sultan": le grand mât s'abat, la situation devient très critique. Le "Héros" lui vient en aide, mais ce secours est de courte durée, car quand le vent saute au S.E. le "Brillant" masque et abat sur tribord entre "l'Eagle" et le "Worcester". C'est Suffren qui vient encore le dégager de ce mauvais pas.

Le "Sévère" combat le "Burdord" jusqu'à la saute de vent. A ce moment, le navire masque et abat sur tribord, il se trouve alors sous les batteries du "Sultan". Sous le feu de ces deux navires anglais, le chevalier Villeneuve Cillart donne l'ordre d'amener le pavillon. Dès que cet ordre est connu à bord, les officiers du "Sévère" font redoubler le feu forçant leur capitaine à remonter les couleurs. Le "Sultan" qui avait cessé le feu pour amariner le "Sévère" reçoit plusieurs bordées sans répliquer. Les voiles du "Sévère" reprennent enfin le vent, et le navire rejoint l'escadre.

Le "Héros" est confronté au "Superb", mais la position dans laquelle se trouve le "Brillant" suite à la chute de son grand mât le fait changer de vis-à-vis. Il double le "Brillant" et vient se mettre en rempart entre le "Brillant" et le "Sultan".
Peut après, lorsque le vent au S.E. et que le "Brillant" masque, c'est encore le "Héros" qui lui vient en aide.
En fait, Suffren fait les manoeuvres que ses sous-ordres devaient faire.

Le "Sphinx" combat le "Monarca", lorsque le "Héros" porte secours au "Brillant", le "Sphinx" prend la place du "Héros" face au "Superb". Il le combat jusqu'au changement de vent.

"L'Annibal", le "Vengeur" "l'Artésien" le "Bizarre" et "l'Orient" ne participent au combat que très modérément. Les vaisseaux anglais qui leur correspondaient tenant le vent à bonne distance. "L'Orient" reçu l'ordre de se rapprocher, son capitaine tenta de le faire sans y réussir.
"L'Ajax" ne se met pas en ligne et ne participe pas au combat.



Suite à ce combat, la gestion de l'escadre devient très compliquée. En effet, les vaisseaux n'ont pas de pièces de rechange, et suite à cette empoignade, 19 mâts de hunes sont à changer, des vergues à remplacer, etc... Alors, comme souvent dans la marine, on improvise :
La "Pourvoyeuse" donne son grand mât au "Brillant" et prend celui de la flûte "la Fortitude".
La mâture de la "Sylphide" est répartie sur plusieurs navires.

Le lendemain du combat, le vice-amiral Hugues envoie un parlementaire au bailly de Suffren pour réclamer le "Sévère" qui dit-il a continué le combat après avoir amené son pavillon...Suffren ne donne pas suite à cette réclamation car assure-t-il, il s'agit d'une erreur :
"Si le pavillon du "Sévère" s'est un instant arrêté de flotter à sa corne c'est parce la drisse s'est rompue"

Les vaisseaux ainsi munis de gréements provisoires prennent le cap de Gondelour ou ils mouillent. Hugues quant à lui rejoint Madras.

Suffren exige de savoir ce qui s'est exactement passé sur le "Sévère". Il fait mener une enquête qui révèle ce que j'ai expliqué plus haut dans le combat du "Sévère" et qui est la version officielle du rapport de combat.
Suffren est bien décidé à combattre le mauvais état d'esprit qui règne auprès de certains de ses capitaines. Aussi il tranche dans le vif :
Le chevalier de Villeneuve Cillart est démis de ses fonctions. Suite à cette décision il demande à servir dans l'escadre à titre de volontaire, Suffren refuse cette requête.
Les capitaines Bidé de Maurville et le comte de Forbin sont remplacés dans leurs commandements.
Le capitaine Bouvet débarque pour raison de santé.

Le roi approuve les décisions de Suffren et aggrave les punitions :
- Le chevalier Villeneuve Cillart est cassé.
- Les capitaines Tromelin et Bidé de Maurville sont rayés des listes.
- Le comte de Forbin est déclaré incapable d'être employé.
- Le chevalier Lalandelle-Roscanvec est mis à la retraite sans pension.
- Le capitaine de Lapallière est invité à prendre sa retraite.

Certains de ces officiers resteront physiquement à leur poste. S'agit-il du long délai nécessaire aux transmissions de courriers entre Versailles et l'escadre ? Je n'ai pas trouvé d'explication.
Voici un extrait du rapport justificatif rédigé par le chevalier Villeneuve Cillart qu'il débute en déclarant qu'à sa prise de commandement, à la mort du comte d'Orves, il avait trouvé le "Sévère" dans un mauvais état et totalement désorganisé, il décrit le bâtiment comme un mauvais marcheur et le plus mal armé de l'escadre... :

"... Depuis le combat du 12 avril, le "Sévère" avait fait beaucoup de pertes, et le nombre des malades était encore si grand que l'on avait eu beaucoup de peine à armer les deux batteries; il ne restait personne pour celles des gaillards ni pour la manoeuvre.
Lorsque le vent passa au S.E. pendant le combat, le "Sévère" avait perdu sa vergue de petit hunier; le grand hunier était tombé sur le chouque; son mât d'artimon était coupé au tiers et son gréement tellement haché que le chevalier Villeneuve Cillart s'apprêtait à quitter la ligne ainsi que l'avait fait le "Flamand". Cette saute de vent le coiffa, et incapable de manoeuvrer il tomba dans la ligne anglaise et fut entouré. Un vaisseau de 64 canons le prit en enfilade par l'arrière, un 74 canons le prit par le travers bâbord, et un troisième après lui avoir envoyé une volée par l'avant se porta sur son tribord.
Le "Sévère" toujours masqué répondit au mieux au feu de ces trois adversaires, mais lorsque le capitaine Villeneuve de Cillart vit l'escadre française s'éloigner, car tous les vaisseaux à l'exeption du "Brillant" avait abattus sur l'autre bord, il jugea inutile de prolonger la défense et fit amener le pavillon. Les vaisseaux qui le combattaient cessèrent immédiatement le feu, et celui qui était sur son tribord s'éloigna. Dans ce moment le "Sévère" abattit sur tribord, et le vent prit dans ses voiles. Le capitaine Villeneuve Cillart fit alors continuer le feu par sa première batterie, la seule qui restât armée et rejoignit son escadre."



L'admiration que portait le nabab Hyder-Ali au bailli de Suffren augmentait chaque jour.
Quand il aprend que Suffren va faire escale à Gondelour Hyder-Ali quitte Ali et installe son camp à 9 milles de la mer afin d'avoir un entretient avec le balli de Suffren.
Un prince d'Asie se déplace donc avec son armée de 12 000 hommes pour avoir un entretient avec le chef d'escadre. C'est tout de même une anecdote remarquable !


Au cours de cet entretient, Hyder-Ali aurait dit à Suffren : "Je me suis cru un grand homme; mais depuis que tu as paru tu m'as éclipsé".
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Mar 23 Fév 2010 - 17:37

3 septembre 1782 - Trinquemale.


Négligeant les instructions incohérentes venant de France, Suffren veut maintenir la présence de la flotte française sur la côte du Coromandel.
Encore faut-il le pouvoir. L'état des navires et du personnel est inquiétant, ce qui n'est pas étonnant étant donné l'activité maintenue en mer et les différents combats auxquels les navires ont pris part.
Suffren ne peut envisager que deux solutions, soit faire route sur l'île de France, c'est à dire quitter la côte du Coromandel, ou, trouver un abri pour procéder à la remise en état des navires et de leurs équipages.
Trinquemalé fait parfaitement l'affaire le seul problème est que depuis janvier, les hollandais ont livré Trinquemalé aux anglais.
Suffren décide de reprendre la ville de Trinquemalé aux anglais, de la restituer à la Hollande et d'y faire pratiquer les travaux de remise en état de son escadre.
Le 1er août l'escadre quitte Gondelour, en laissant 2000 hommes à l'hôpital, et fait route au Sud.
Il mouille à Benticolo ou il est rejoint par un convoi escorté de deux vaisseaux ( le Saint Michel et l'Illustre) et d'une frégate (la Consolante). Le regroupement a lieu, l'escadre appareille et arrive, le 25 août dans la baie de Trinquemalé. Le "Heros" est en tête, l'escadre et le convoi va mouiller dans l'arrière baie. Elle est ainsi à l'abri des batteries de la ville.

Située à 72 lieues de Pondichéry sur la côte Est de Ceylan, la baie de Trinquemalé est partagée en deux en deux rades par une langue de terre orientée Est/Ouest. En outre des fortifications de la ville, un fort est établi sur cette presqu'île. A priori, pour prendre cette ville, un coup de main ne suffira pas.

Etrangement, les défenseurs ne semblent pas motivés. Ils laissent l'escadre française prendre son mouillage, et n'interviennent pas lors du débarquement de 2400 français. Après trois jours de lutte, le gouverneur anglais capitule.
Le 2 septembre, alors que l'on signe les dernières conventions de la capitulation, l'escadre anglaise est signalée.
L'amiral anglais Hugues s'était douté des intentions de Suffren dès qu'il eut connaissance du cap tenu par l'escadre française.
Voyant le drapeau français flotter sur la ville, Hugues constate qu'il arrive bien tard. Il sait qu'il ne peut attaquer les français alors qu'ils sont installés en ville. Il décide d'attirer Suffren au large pour le combattre selon une disposition qui lui sera plus propice.
Suffren qui voulait affronter les anglais depuis longtemps, ne peut résister à cette manoeuvre anglaise, il appareille dès le lendemain matin avec une brise de S.O. ... Le piège de l'amiral Hugues semble fonctionner.
Hugues sert le vent, et lorsque les français prennent un peu le près pour rectifier la ligne, il laisse arriver de nouveau et continue cette manoeuvre sans jamais gouverner au même air de vent.
Alors que Hugues attend la fausse manoeuvre française pour choisir sa proie, (il connaît la faible cohérence de l'escadre française), Suffren ne devine toujours pas le piège, et il se laisse emporter dans une poursuite ou la différence de marche de ses navires va immanquablement scinder son escadre.
Ce qui devait arriver arrive, Hugues estime que l'escadre française est suffisamment dispersée, il s'arrête et met ses navires en ordre de bataille tribord amures dans l'ordre suivant :

Exeter 64 c - capitaine Robert Montagu.
Isis - 64 c - capitaine Lumley.
Hero - 82 c - capitaine Charles Hugues - A bord commodore Richard King.
Sceptre - 72 c - capitaine Samuel Graves.
Burford - 70 c - capitaine Peter Rainier.
Sultan - 82 c - capitaine James Watt.
Superb - 74 c - capitaine Henri Newcome - a bord vice-amiral Edward Hugues.
Monarca - 70 c - capitaine John Gell.
Eagle - 64 c - capitaine Ambrose Reddals.
Magnanime - 72 c - capitaine Charles Wolseley.
Monmouth - 72c - capitaine James Alms.
Worcester - 64 c - capitaine Charles Wood.

Les frégates "Médéa" et "Coventry" restent en dehors de la ligne.



13h55, les vaisseaux français reçoivent le signal de tenir le vent par le travers de l'escadre anglaise. Il sont dans l'ordre suivant :

Artésien 64 c - capitaine de Saint Félix.
Orient 74 c - capitaine de Lapallière.
Saint Michel 60 c - capitaine d'Aymar.
Sévère 74 c - capitaine Maurville de Langle.
Brillant 74 c - capitaine de Kersauson.
Hannibal 50 c - capitaine chevalier Morard de Galle.
Sphinx 64 c - capitaine vicomte Duchilleau de Laroche.
Héros 74 c - capitaine Moissac. A bord bailly de Suffren chef d'escadre.
Illustre 74 c - capitaine comte de Bruyère.
Flamand 50 c - capitaine Perrier de Salvert.
Ajax 74 c - capitaine vicomte de Beaumont Lemaître.
Consolante 40 c - capitaine Péan.
Annibal 74 c - capitaine de Tromelin.
Vengeur 64 c - capitaine de Cuverville.
Bizarre 64 c - capitaine de Lalandelle Roscanvec.

Les frégates la Bellone, la Fine et la corvette la Fortune accompagnent l'escadre.


Encore une fois, le passage de l'ordre de marche à celui de bataille est mal exécuté.
Les vaisseaux de l'avant garde dépassent la tête de la colonne anglaise. Dans le but de reprendre leurs postes, ils serrent le vent autant que possible, cette manoeuvre les éloigne de la ligne anglaise.
Le Flamand se trouve trop près de l'Illustre, il met un hunier sur le mât pour le faire culer, son chef de file l'imite, le vaisseau amiral qui craint de se trouver isolé du fait de l'éloignement des vaisseaux de tête et du ralentissement des vaisseaux de l'arrière met en panne sans faire de signal. Les trois bâtiments se trouvent en panne. De ce fait, les sept navires de tête s'éloignent un peu plus du corps de bataille, et l'arrière garde dépasse les vaisseaux du centre.
Dans les rangs français, la confusion est totale.
Le Flamand passe sous le vent et ne rentrera pas dans la ligne.
L'Ajax surpris par ces manoeuvres, il ne peut casser son erre, il dépasse son chef et vient se mettre à la hauteur du Héros auprès duquel il combat en compagnie de l'Illustre jusqu'à la fin de la journée.
A 17h00 l'Illustre est démâté de ses mâts de hune; le Héros a ses haubans coupés et ne manoeuvre plus.
"Il semblait que plus nous perdions de monde, dit un combattant anonyme du Héros, mieux les batteries étaient servies; je n'ai jamais vu un feu aussi vif. Mais les ennemis nous le rendait avec usure; nous étions enfilés par devant et par derrière".
A un moment, le pavillon du Héros fut emporté par un boulet; le grand mât et le mât d'artimon se brisent. Les anglais poussent des hourras "ils vont croire que je cède, s'écrie Suffren, qu'un chef d'escadre capitule. Des pavillons blancs ! Qu'on apporte des pavillons blancs ! Qu'on en couvre le vaisseau !"
L'Artésien qui s'est trouvé éloigné de la file anglaise arrive à rejoindre vers 17h20, c'est lui qui participera le plus à dégager les vaisseaux du centre (Héros, Illustre et Ajax).
L'Orient fait la même manoeuvre que l'Artésien.
Le Saint Michel suit les L'Artésien et l'Orient, mais lorsqu'il ouvre les mantelets de la batterie basse, l'eau entre en telle quantité, qu'il ne peut participer au combat, il se retire pour pomper.
Le Sévère imite la manoeuvre des vaisseaux qui le précède.
Le Brillant est le premier vaisseau à rallier la zone de combat, mais au lieu d'entrer dans la mêlée, il nage dans les eaux de l'Illustre et gouverne au large.
L'Hannibal se trouve à un poste en avant de celui qui lui revenait, et combat sans se soucier de trois navires en difficultés : le Héros, l'Illustre et l'Ajax.
Le Sphinx remonte également trop haut dans la ligne anglaise, il ne tient pas compte de son poste de matelot avant du vaisseau amiral et ne vient le soutenir que très tardivement.
L'Annibal avait tenu le vent trop tôt il se trouve trop éloigné de la ligne anglaise pour que son tir soit efficace, il ne se rapprochera pas de l'ennemi.
La Consolante et le Vengeur reçoivent l'ordre de doubler l'ennemi par dessous le vent. La Consolante génée par le Worcester présente son travers à ce vaisseau, le capitaine Péan est victime de l'explosion d'une grenade certainement tombée du mât d'artimon de la frégate.
La manoeuvre du Vengeur est déjouée, obligé de combattre au vent, il se trouve rapidement à court de munitions, de plus le feu prend à bord, il se retire du combat mais un peu comme un épouvantail, il va semer la panique dans l'arrière garde. Enfin le mat d'artimon est coupé, le feu maîtrisé.
Le Bizarre restera à l'arrière sans ennemi en regard.
Vers 17h30, la brise s'élève du large, l'arrière garde rallie, Hugues prend la décision de faire route au Nord. Les vaisseaux anglais ont beaucoup souffert, le Worcester, l'Eagle, le Burford, le Monmouth et le Superb sont criblés. L'Isis et le Sultan ont perdu leurs capitaines. Le capitaine du Worcester est grièvement blessé. L'escadre anglaise se rend directement à Madras.
Coté français, l'Illustre et le Héros sont pris en remorque, et l'escadre française se rend à Trinquemalé. Pour compléter le tableau, l'Orient se jette à la côte et ne peut être relevé.
Les pertes de L'illustre, du Héros et de l'Ajax représentent plus des 3/4 des morts, (64 sur 82) plus des 2/3 des blessés (178 / 255). Le Héros seul, avec ses 30 morts avait plus du tiers des morts. L'Artésien, vaisseau de tête, a compté 4 morts et 20 blessés.


L'Artésien (musée de la marine)

Suffren expédie au roi la lettre suivante :

"A bord du Héros....

Monseigneur,

J'ai le coeur navré par la défection la plus générale :

Je viens de manquer l'occasion de détruire l'escadre anglaise.
J'avais quatorze vaisseaux et la Consolante que j'avais mis en ligne. L'amiral Hugues évitait sans fuir; pour mieux dire, il fuyait en ordre, conformant sa voilure à la marche de ses plus mauvais voiliers; et larguant à mesure, il fit courir jusqu'à dix et même douze aires de vent; ce ne fut qu'à deux heure de l'après midi que pus le joindre. Ma ligne à peu près formée, j'attaquais et fit le signal d'approcher. J'avais fais signal à la Consolante et au Vengeur de doubler par la queue; on n'approcha point. Il n'y eu que le Héros, l'Ajax et l'Illustre qui aient combattu près de la ligne. Les autres, sans égard à leur poste, sans faire aucune manoeuvre ont tiraillé de loin ou pour mieux dire hors de portée de canon. Tous, oui tous ont pu approcher puisque nous étions au vent et de l'avant, et aucun ne l'a fait. Plusieurs de ceux-là se sont conduits bravement lors d'autres combats. Je ne puis traduire cette horreur qu'à l'envie de finir la campagne, à la mauvaise volonté et à l'ignorance, car je ne saurais soupçonner rien de pis.
Le résultat a été terrible. Le Héros, l'Illustre ont perdu leur grand mât, mât d'artimon petit mât de hune etc.
Ce seraient des avaries affreuses en Europe, jugez dans l'Inde ou nous n'avons aucune ressource de ce genre.
Il faut que je vous dise, Monseigneur, que des officiers depuis longtemps à l'Île de France ne sont ni marins ni militaires. Point marins parce qu'ils n'y ont point navigué et l'esprit mercantile d'indépendance et d'insubordination est absolument opposé à l'esprit militaire. Les maîtres y ont contracté un esprit de rapine qu'il est absolument impossible de réprimer.
Vous ne sauriez imaginer, Monseigneur, toute les petites ruses qu'on a employées pour me faire revenir. Vous ne serez pas surpris si l'on vous dit qu'à l'île de France l'argent vaut 18 p. 100, et quand on a fait des affaires, infiniment plus, et pour cela il faut y être.
Messieurs de Lalandelle, Tromelin, Saint Félix de Galle m'ont demandé de quitter leurs vaisseaux, j'ai été trop mécontent d'eux pour ne pas leur accorder avec plaisir.

(Lorsque ces quatre officiers arrivèrent à l'Île de France, Bussy refusa de les recevoir; à leurs mémoires justificatifs il répondit par une note très sèche ).
Si je ne change pas plusieurs autres, c'est faute d'avoir des personnes en état de commander des vaisseaux; je vous envoie la liste apostillée.
(Suffren accompagne les noms de ses officiers sur l'état de ses pertes qu'il envoie au ministre : "mal", "très mal", "très mal et toujours de même", "on ne peut plus mal".
Mais à côté du nom de Beaumont, il y a "Très bien", et à côté du nom de Bruyères : "Très bien, on ne peut mieux.")
Il est affreux d'avoir pu quatre fois détruire l'escadre anglaise et qu'elle existe toujours.
Le choix des officiers pour l'Inde est des plus essentiels, parce qu'on n'est pas à même de les changer.
Je ne crois pas avoir les talents qu'il faudrait; je ne suis rassuré que par la confiance que vous avez en moi. Mais en vérité si ma mort ou ma santé faisait vaquer le commandement, qui me remplacerait ? Monsieur d'Aymar ? Vous le connaissez, Monsieur Peynier est brave, zélé, excellent pour un jour de combat, mais je croirais la conduite d'une escadre au dessus de ses forces dans ce moment, n'ayant point encore été éprouvé dans cette partie. Je ne connais qu'une personne qui ait toutes les qualités qu'on peut désirer, qui est très brave, très instruite pleine d'ardeur et de zèle, désintéressée, bon marin, c'est monsieur d'Albert de Rions et fût il en Amérique, envoyez lui une frégate. J'en vaudrais mieux l'ayant, et il m'aidera; et si je meurs, vous saurez que le bien du service n'y perdra rien.
Si vous me l'aviez donné lorsque je vous l'ai demandé, nous serions maîtres de l'Inde. Je puis avoir fait des fautes à la guerre, qui n'en fait pas ! Mais on ne pourra m'en imputer aucune de celles qui font perdre les affaires.
Je suis....

Bailly de Suffren"


Les anglais ne tiennent plus Trinquemalé, mais la flotte anglaise est loin d'être détruite; les anglais sont convaincus d'êtrre les maîtres de la mer, les chicaneries françaises continuent...

Ci dessous un site reprenant les rapports de combats écrits par de Saint Felix. Il est évident que les rédacteurs se donnent le beau rôle et dénigrent leur chef... c'est encore valable aujourd'hui !

http://olivier.frechet.free.fr/Notes_personnelles_de_Armand_de_Saint_F%E9lix.html

study


Dernière édition par gégé le Mar 23 Fév 2010 - 21:46, édité 1 fois
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Jeu 25 Fév 2010 - 20:43

1782 - 3 septembre - Sur les côtes de France -

La frégate L'Hébé sortie neuve armée, avitaillée des chantiers de Saint Malo le 2 septembre, est prise par le Rainbow pratiquement sans résistance.
Le Rainbow, commandé par le capitaine Henry Trollope, est armé uniquement de caronades.
Cette prise reste un mystère.
Cette frégate était commandée par le capitaine de vaisseau Vigny qui avait pour second le lieutenant de vaisseau Chevalier de Lanidy.
Ces deux officiers avaient magnifiquement menée la frégate La Néréïde. Le chevalier de Lanidy meurt lors de cette prise.
Il semble qu'il y ait eu incompréhension entre les deux hommes.
Le rapport du conseil de guerre qui reçu le commandant de Vigny, fait apparaitre un étrange défense du commandant. En fait, on ne s'explique pas la faible réplique de la frégate.

Voir "La frégate l'Hébé" de François Jahan éditions Guénégaud

avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Jeu 23 Déc 2010 - 15:08

De l'autre côté de l'Atlantique

Lorsqu'à la fin du mois de juin l'armée navale avait fait route sur les états unis d'Amérique, le lieutenant général de Vaudreuil avait laissé le Sceptre (74 canons) capitaine Lapérouse, et avait donné à cet officier la mission d'aller détruire les établissement anglais de la baie d'Hudson.


Lapérouse

Cette mission présente l'énorme difficulté de naviguer dans des eaux quasi inexplorées dont aucune carte n'a été dressée.
Cette mission convient parfaitement au caractère aventureux du capitaine Lapérouse.
Le Sceptre appareille du cap Français le 31 mai accompagné des frégates de 32 canons l'Astrée et l'Engageante. Capitaines Chevalier de l'Angle de de Lajaille. 300 soldats sont embarqués.
Après une navigation très pénible dans les glaces, le 8 août la division est en vue du fort du Prince de Galle. Les troupes débarquent le jour même.
Le 9 août, le fort se rend sans résistance. Lapérouse fait détruire tous les magasins.
Le 11 août, la division met à la voile en direction de fort York, centre des établissements anglais des parages, qu'elle atteint le 20 août.
Avant de s'approcher des côtes, Lapérouse fait sonder la rivière Deshaye au bord de laquel fort York est construit.
Le 21 août 1782 au soir, une force de 250 hommes débarque. La faiblesse de profondeur des eaux ralentie très rapidement la progression des embarcations, les hommes progressent à pied dans la vase, puis l'on décide de faire un détour pour atteindre le fort. Deux jours sont nécessaires pour atteindre l'objectif. Les portes du fort s'ouvrent à la première sommation. Toutes les marchandises sont brulées.
Les trois navires font voiles sur l'Europe.
bateau-a-voile
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Jeu 23 Déc 2010 - 15:37

Bâtiments perdus ou pris par l'ennemi pour l'année 1782

Anglais
110 canons - Ville de Paris
108 canons - Royal Georges.
74 canons - Glorieux - Hector - Ramilies.
64 canons - Lion - Centaure
50 canons - Hannibal
36 canons - Santa Monica - Stag
26 canons - Speedy - Swift
22 canons - Cormoran
20 canons - Chasseur
18 canons - Alligator - Céres - Molly - Chacer
16 canons - Pollecat
14 canons - Racoon

Français
110 canons - Ville de Paris - (pris à la bataille de la Dominique)
74 canons - Hector - Glorieux (pris à la bataille de la Dominique)
César - Magnifique - Scipion - Orient
64 canons - Solitaire - Ardent - Caton - Jason
40 canons - l'Aigle
38 canons - l'Hébé
26 canons - l'Aimable - Speedy - Necker
32 canons - Cybèle (armée en flûte)
18 canons - Pigmy - Espion - Ceres
16 canons - Aigle (pris à l'ennemi et non rebaptisé)
14 canons - Bonetta
Corvette - Expédition

bateau-a-voile
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Dim 26 Déc 2010 - 18:08

Une série de tableaux avec de brêves explications très bien faites et très précises sur cette période si riche. Un excellent résumé.
bateau-a-voile


avatar
Roland 22




Age : 60 Date d'inscription : 29/09/2010 Nombre de messages : 1677 Localisation : Hénon 22150 Emploi/loisirs :

Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Jeu 30 Déc 2010 - 15:39

Elle est très bien cette vidéo ! merci Roland.

Atlantique Ouest 1783 -

La bataille de la Dominique n’apporte aucune modification au projet d’expédition anglais.
L’alliance franco*espagnole dispose d’un nombre de vaisseaux considérable pour une attaque contre la Jamaïque.
Le conseil de guerre franco espagnol décide d’expédier un message au lieutenant général de Vaudreuil lui annonçant l’arrivée d’un renfort de navires et un corps de 24 000 hommes. Ce message lui donne l’ordre de se tenir à une soixantaine de lieues au vent de la Barbade pour y attendre ces renforts.
Ce même conseil de guerre décide, sur les observations du chef d’escadre espagnol Solano, que la jonction des escadres aurait lieu à Porto Cabello sur la côte ferme.
Ayant pris connaissances des décisions des gouvernements, le gouverneur de Saint Domingue expédie le Tarleton (capitaine Lecamus) brigantin de 14 canons à Boston.
Le 3 janvier 1783, le Tarleton est engagé par un brigantin anglais qui l’oblige à rejoindre Port au Prince pour réparations. Il remet sous voile le 9 février 1783. Il est pris en chasse et canonné par une frégate et un brigantin anglais. Ce qui oblige le Tarleton à s’abriter sous les batteries côtières.
Ainsi retardé dans sa mission, le capitaine Lecamus arrive trop tard pour trouver l’armée de de Vaudreuil à Boston et même pour le rencontrer en mer car l’escadre avait pris la mer depuis le 20 décembre 1782 pour se rendre dans le golfe avec un convoi portant 4 000 hommes des troupes du général de Rochambeau.
De Vaudreuil finit cependant par prendre connaisance des intentions des gouvernements français et espagnol. Il fait route sur le Cap Français ou il mouille le 15 avril 1783.
Le Duc de Bourgogne (capitaine Champmartin) s’est perdu dans le golfe sur le cap Ribero, il ne rejoindra pas de Vaudreuil.

Pendant que , faute d’instructions précises, l’escadre navale des Antilles court les mers, le vice amiral d’Estaing avait été nommé au commandement en chef de la force combinée franco espagnole devant agir contre la Jamaïque.
D’Estaing se rend immédiatement à Cadix ou il trouve des bâtiments mal armés et en mauvais état : à la date du 1er janvier 1783 il leur manquent déjà plus de 2 000 hommes. Ceci représente l’escadre espagnole qui est aux ordres du lieutenant général don Juan de Langara y Xuarte.
La réunion des escadres françaises et espagnole porte l’armée de l’alliance à 60 vaisseaux, 17 000 hommes de troupes dont
5 700 espagnols sont destinés à embarquer sur les navires de Cadix.
Si cet effectif ne devait pas suffir les garnisons des différentes îles fourniraient le complément qui serait jugé nécessaire.

Le gouvernement anglais n’ignore rien du projet et de tous ces préparatifs. Il a décidé que les 28 navires situés en Amérique avec un renfort de 8 ou 10 navires venant d’Europe, attendraient le vice amiral d’Estaing dans la mer des Antilles, tandis que le vice amiral Hood, avec 13 vaisseaux de la Nouvelle Angleterre et 6 ou 7 de la JamaÏque, croiserait devant le Cap Français afin d’empêcher le lieutenant général de Vaudreuil d’atteindre le point de rendez vous.
Si le vice amiral d’Estaing passait aux îles sans s’y arrêter, il devait être suivi par les deux armées anglaises réunies.

Les préliminaires de paix entre la France et l’Espagne d’un côté et l’Angleterre de l’autre, signés le 20 janvier 1783 rendirent tous ces préparatifs inutiles.
Le Vice amiral d’Estaing reçut l’ordre de renvoyer immédiatement en France les vaisseaux et les troupes qui étaient à Cadix.
Le lieutenant général Lamotte-Piquet conduisit 9 vaisseaux et 4 frégates à Brest.
Le capitaine de vaisseaux Comte de Flotte part pour Toulon avec 12 vaisseaux, 3 frégates et 2 corvettes.
Le capitaine Vialis de Fontbelle du Réfléchi est chargé avec l’Eveillé, d’accompagner les transports qui avaient reçu des vivres pour les Antilles.

C’est ainsi qu’est définitivement dissoute l’armée combinée qui avait entraîné l’Espagne et la France dans des dépenses énormes.
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Ven 31 Déc 2010 - 15:38

Océan Indien :

L’escadre de l’Inde quitte Trinquemalé le 1er octobre 1782 pour se rendre à Gondelour. Le vaisseau le Bizarre (capitaine Trehouret de Pennelé)se perd en se rendant à ce mouillage.
Le mauvais temps force Suffren à quitter ces parages. Il met le cap vers Sumatra et mouille le 1er novembre à Achem.
C’est pendant cette relâche qu’il est informé de l’arrivée à l’Ile de France des renforts que le lieutenant général de Bussy attendait ; mais il apprend en même temps que les hommes et les bâtiments sont dans un état lamentable. Le scorbut a décimé les équipages et règne encore. Le Général de Bussy est lui même atteint de cette maladie.
Les vaisseaux Hardi et l’Alexandre ne sont pas en état de reprendre la mer. L’Alexandre, jugé comme foyer d’infection est incendié.
Malgré tout, le 20 décembre 1782 l’escadre met sous voile et s’établie en croisière sur la côte d’Orixa (partie Nord de la côte du Coromandel).
Cette croisière est préjudiciable au commerce anglais. La frégate anglaise (30 canons) Coventry est capturée sans combattre : croyant avoir rallié son escadre, elle mouille en pleine nuit au milieu de l’escadre française alors à l’ancre dans l’embouchure du Gange.
Le capitaine de la Coventry apprend à Suffren la mort d’Hyder Ali. Suffren décide de se rendre à Gondelour d’où il fait route pour Trinquemalé.

Le général de Bussy, nommé au commandement supérieur des forces de terre et de mer dans l’Inde, avait quitté la France, peu de mois après le départ de la division de Suffren, avec le Saint Michel, l’Illustre, la frégate la consolante et quelques navires portant des troupes et des approvisionnements de toutes espèces. Ces navires n’avaient qu’une partie des renforts qu’on envoyait dans l’Indre. Le reste devait suivre de près. C’était la division commandée par le capitaine de Soulange qui fut prise ou dispersée.
De Bussy touche Trinquemalé le 10 mars 1783, et fait route sur l’Ile de France qu’il touche le 23 avril 1783. De là, il envoie ses vaisseaux et sa frégate rejoindre l’escadre et attend l’arrivée du second convoi qui est amené par le capitaine de Peynier après la jonction faite à Benticolo.
Pendant ce temps, la corvette le Chasseur envoyé à la recherche de Suffren est capturée par la frégate anglaise Medea.

Suffren et de Bussy ayant fait la jonction, l’escadre fait voile et les troupes apportées sont débarquées à Porto Novo. Après quoi les vaisseaux retournent à Trinquemalé sauf le Fendant, le Saint Michel et les frégates la Cléopatre et la Coventry qui sont envoyés croiser devant Madras avec le capitaine de Peynier.
Presque tous les vaisseaux sont carénés à Trinquemalé, les gréments sont visités. Le Bizarre et l’Orient sont canibalisés et leurs mâtures sont données aux vaisseaux qui en avaient le plus besoin.

Le jour même ou l’escadre rentrait à Trinquemalé, l’escadre anglaise que l’on croyait toujours en réparation à Bombay, est aperçue faisant route au Nord.
Il était donc important que le commandant de Peynier et le général de Bussy en soit informé.
Le lieutenant Villaret Joyeuse (capitaine de la Naïade) reçoit cette mission qu’il ne peut remplir car sa corvette est capturée par un vaisseau anglais.
Cette capture n’a pas les conséquences que l’on pouvait craindre, car Peynier avait quitté sa croisière la veille du jour où le vice amiral Hugues était arrivé à Madra, il toucha Trinquemalé sans avoir connaissance de la présence de l’ennemi.

Voici le plan de campagne tel que tracé pour de Bussy :

« Si la Hollande, portaient ses instructions, si la Hollande fait partir à une époque convenable les 8 vaisseaux de 50 canons que la Compagnie arme en ce moment, et qui sont destinés pour les Indes, jamais l’escadre anglaise ne s’élèvera assez haut pour pouvoir, sans un grand désavantage, se mesurer avec les deux divisions combinées de France et de Hollande.
Si par des circonstances qu’on ne peut prévoir, les 8 vaisseaux hollandais ne sortaient pas du Texel, et que les anglais devinssent supérieurs, la division du roi n’en doit pas moins sortir de l’Ile de France ; c’est au commandant de cette division à naviguer de manière à éviter de combattre jusqu’à ce qu’lle ait débarqué ses troupes sur quelque partie du continent ; elle combattra ensuite sans craindre qu’un revers maritime puisse arrêter la révolution que l’armée du Roi doit opérer si elle débarque dans l’Inde.
Alors, rien ne peut plus s’opposer à ce que le compte d’Orves aille attaquer la division anglaise parce que, assuré des ports de Ceylan, lorsque les anglais auront perdu Bombay, ils n’auront plus de retraite qu’à la côte Est, lorsque nous en aurons de tous genres.
La division française ayant ainsi des ports de retraite, ne sra plus obligée, comme dans les guerres précédentes ,d’employer six mois tous les ans pour aller se réparer aux îles.
L’importance de Ceylan est telle que, si les troupes anglaises s’étaient emparées de cette ïle, ou si Hyder Ali ayant fait la paix ? l’armée du continent s’en était rendue maîtresse, l’objet de la reprendre serait peut-être plus important que toutes les autres conquêtes par lesquelles on pourrait commencer la guerre de l’Inde. »

On peut constater que sans les connaître, Suffren avait largement rempli les intentions du gouvernement.
Mais l’on constate aussi que les navires du Texel ne rejoignent pas l’escadre française. Que la division hollandaise reste à Batavia, spectatrice des combats franco anglais, laissant à Suffren le soin de défendre les possessions hollandaises. Le gouvernement hollandais était il intéressé par ces possessions ?

Malgré tout, la prise de Trinquemalé avait porté ses fruits. Tandis que le vice amiral Hughes s’était vu forcé de passer de l’autre côté de la presqu’île de l’Inde pour visiter ses vaisseaux, Suffren utilisait ce port pour réparer ses propres navires. Il était resté le maître de la mer.
Malgré les renforts amenés par de Bussy, les affaires sur terre ne changent pas. La mésentente entre le général Duchemin et Hyder Ali dont les troupes combattaient côte à côte, se poursuit au delà de la mort du général français et celle du chef indien car l’insouciance de de Bussy vaut largement celle de Duchemin. Il est vrai que l’état de santé de ces chefs français les obligeait à rester sous leurs tentes.
Au lieu de s’améliorer, les choses empirent et l’armée des alliés se voit obligée de se retirer sous Goudelour et demander abri à la ville. Mais les fortifications de Goudelour sont insignifiantes, la ville est sans vivre ni munition. Son ravitaillement devient rapidement impossible car à l’investissement par terre s’ajoute le blocus par mer. Blocus mené par le vice amiral Hughes qui a mouillé ses vaisseaux devant la ville.
Le sort de l’armée est donc aux mains de Suffren tenu au courant de la situation par de Bussy qui l’appelait à son secours.
Suffren presse les préparations. C’est avec 15 mauvais vaisseaux qu’il vient s’opposer aux 18 anglais stationnés devant Goudelour.

Voici l’ordre du jour adressé aux capitaines des navires français :
« L’état critique ou se trouvent les affaires du Roi exige que nous travaillions tous de concert. Loin de nous toute mésintelligence capable de nuire au bien de la chose ; montrons que l’honneur d’être français vaut bien l’avantage dont se prévaut l’ennemi. L’armée sous les murs de Goudelour est perdue si nous n’allons pas à son secours. La gloire de la sauver nous est peut-être réservée ; nous devons du moins le tenter. Vous connaissez, messieurs, les nouveaux ordres du roi : croyez qu’il ne faut pas moins que cela pour m’empêcher de partager vos périls »
Voici cet ordre du roi :

« Considérant qu’il est impossible au commandant d’une armée navale de juger, pendant un combat, du mouvement de sa ligne et de celle de l’ennemi, tant à cause de la fumée du canon dnt il est enveloppé, que par l’attention qu’il est obligé de porter à la manœuvre particulière du vaisseau sur lequel son pavillon est arboré ;
Considérant que les vaisseaux de tête distinguent difficilement les signaux qui leurs sont adressés du centre de la ligne, et que le moment de les exécuter est souvent passé lorsqu’ils les aperçoivent,
Je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que, si dorénavant vous trouvez l’occasion de combattre mes ennemis, vous aurez à quitter le vaisseau sur lequel votre pavillon sera arboré et que vous passiez sur la frégate dont vous arez fiat le choix, d’où il vous sera plus facile l’observer la manœuvre des ennemis, d’indiquer celle que vous jugerez à propos de faire faire à l’armée navale dont je vous ai confié le commandement et d’en presser l’exécution.
Signé Louis »

Cet ordre était la conséquence d’une ordonnance royale qui avait été promulguée après la bataille de la Dominique.

Bien qu’ayant connaissance de l’état de l’escadre française, le vice amiral anglais n’accepte pas le combat lorsque le 14 juillet 1783 les navires de Suffren se présentent devant Goudelour. Il se décide à mettre sous voiles et manœuvre de telle sorte que les français viennent prendre le mouillage devant la ville ce qu’ils font le 17 juillet 1783.
Suffren profite de cette situation pour demander à de Bussy de lui fournir un renfort de 500 soldats et 700 cipayes. C’est avec cette composition que Suffren appareille le 18 juillet 1783 et fait route sur les anglais.
Les variations dans la force et la direction du vent s’opposent à la rencontre des deux armées.
Le 20 juillet, la brise s’est fixée à l’Ouest, l’escadre française laisse porter sur l’anglaise disposée en bataille bâbord amures et en panne dans l’ordre suivant :
Defence 82 c – capitaine Newnham
Isis 60 c – Christopher Halliday
Gibraltar 80 c – Thomais Hicks – Robert Bickerton contre amiral.
Inflexible 82 c – J. Chetwind
Exeter 64 c – John Smith
Worcester 64 c – Charles Hughes
Africa 64 c – Robert Macdonall
Sultan 82 c – Andrew Mitchell
Superb 74 c – Henry Newcome – Edward Hughes vice amiral.
Monarca 70 c – John Gell
Burford 70 c – Peter Rainier
Sceptre 72 c – Samuel Graves
Magnanime 72 c – Thomas Mackensie
Eagle 64 c – William Clarke
Hero 82 c – Theophilus Jones – Richard King commodore
Bristol 50 c – James Burney
Monmouth 72 c – James Alms
Cumberland 82 c – William Allen.

À 15h30 l’escadre française est à distance convenable, Suffren à bord de la Cléopatre (capitaine de Rosily) fait serrer le vent bâbord amures et le combat s’engage sur toute la ligne dans l’ordre suivant :
Sphinx 64 c – Duchilleau de Laroche
Brillant 64 c – de Kersauson
Fendant 74 c – chevalier de Peynier
Flamand 50 c – Perrier de Salvert
Ajax 64 c – Dupas de Lamancelière
Hannibal 50 c – Pas de Beaulieu
Argonaute 74 c – de Clavières.
Héros 74 c – Moissac
Illustre 74 c – comte de Bruyères
Saint Michel 60 c – vicomte de Beaumont-Lemaître
Vengeur 64c – de Cuverville
Sévère 64 c – Maurville de Langle
Annibal 74 c – d’Aymar
Hardi 64 c – de Kerbué
Artésien 64 c – de Vignes d’Arrac.
Et les frégates Consolante – Cléopâtre, Coventry.

Les deux escadre maintiennent leurs lignes, le combat est acharné.
La nuit fait cesser le combat.
Suffren veut recommencer le combat le lendemain, les frégates reçoivent l’ordre d’observer l’ennemi pendant la nuit. Mais les vaisseaux sont entraînés sous le vent de Pondichéry, et il mouille dès la pointe du jour.
A midi les anglais sont aperçus à 15 milles dans le Nord Est. Quoique les vent viennent du large ils ne jugent pas à propos d’approcher d’avantage. Suffren fait mettre à la voile et les chasse jusqu’au 20 juillet ou il les perd de vue. Il retourne à Goudelour. Les troupes qui avaient été embarquées sont remises à terre.
Le 27 juillet 1783 la frégate anglaise Medea arrive à Goudelour en parlementaire.
Le contre amiral Hughes venait d’apprendre que les préliminaires de la paix avaient été signés et il faisait proposer une suspension d’armes au chef d’escadre de Suffren. Celui-ci y consent.
Le comité de Madras fait les mêmes proposition à de Bussy qui les accepte également.
Le 21 août 1783 la frégate la Surveillante arrive de France avec la nouvelle officielle de la paix. Cette frégate apportait aussi au bailli de Suffren l’avis de sa nomination au grade de lieutenant général, par ordonnance du 8 février, et l’odre de rentrer en Europe. Le capitaine de Peynier était désigné pour lui succéder dans le commandement des force navales de la France dans l’Inde.
Les vaisseaux le Fendant, l’Argonaute, le Brillant, le Saint Michel, l’Hannibal, les frégates la Bellone la Surveillante et la Coventry devaient composer sa division. Le 26 mars 1784 le lieutenant général bailli de Suffren mouille à Toulon avec les vaisseaux qu’il ramenait en France.
Louis XVI voulant honorer Suffren, créa une quatrième charge de vice amiral qui fut supprimée à sa mort.

Le 3 septembre 1783 la paix de Versailles est signée.
study


Dernière édition par gégé le Ven 31 Déc 2010 - 15:42, édité 1 fois
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Ven 31 Déc 2010 - 15:39

Bâtiments perdus ou pris par l'ennemi en 1783

Anglais
Superb 74 canons
Caton 50 canons
Pallas 36 canons
Covestry 30 canons


Français :

Duc de Bourgogne 74 canons
Bizarre 64 canons
Concorde 32 canons
Sibylle 32 canons
Naïade 20 canons
Coquette 18 canons
Chasseur 18 canons
Dragon 16 canons
Railleur 14 canons
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Ven 31 Déc 2010 - 15:53

Le temps d'un post, je vais rompre la chronologie de l'histoire.
En effet, l'épopée de Lapérouse vient tout naturellement après la paix de Versailles mais je préfère vous donner la fin de Suffren qui depuis son retour en France fait bombance à la cour...

Suffren meurt le 8 décembre 1788. Et on lui découvre deux morts !
L'une d'un duel, l'autre de maladie. Voici les deux versions :

Voici le texte écrit par M. A. JAL historiographe de la marine. (Scènes de la vie maritime - 3è tome - édition 1832) - Le texte est cité dans l'ouvrage de Ch. Cunat "Histoire du bailli de Suffren" édition 1852.
"Puisque je suis amené à vous parler de duels, il faut que je raconte un fait historique absolument inconnu et qui est venu bien par hasard à ma connaissance.
On a toujours dit que le bailli de Suffren était mort d'apoplexie; il avait en effet la conformation apoplectique au plus haut degré, et on put facilement répandre dans le public qu'il avait été étouffé par le sang.
Eh bien, il mourut en duel ! Voici en quelles circonstances :
Le prince de Mirepoix avait deux neveux sur l'un des vaisseaux de l'escadre de M. de Suffren; ils se comportèrent mal à je ne sais quelle affaire dans l'Inde.
Le roi les fit mettre à l'ombre dans une des prisons d'état. Ils y étaient encore lorsque le prince de Mirepoix rencontra par hasard l'amiral dans un salon.
- Tu es bien en cours et tu peux me faire obtenir la grâce de mes neveux; emploie toi pour cela tu obligeras beaucoup notre famille.
Suffren ne répondit pas. Le prince de Mirepoix renouvela ses instances, même silence obstiné de la part du Bailli qui enfin poussé à bout lui répartit :
- Je ne veux rendre aucun service à tes neveux, n'insiste pas.
- Mais pourquoi ce refus ?
- Je ne saurais employer mon crédit pour des Jean foutres.
La réplique était cruelle, Mirepoix s'emporta il soutint l'honneur de ses neveux, et dit au Bailli de Suffren :
- Je ne supporterais pas qu'on outrage mes parents, et si tu as du coeur, tu me rendras raison de ce jugement qui outrage toute ma famille.
Le bailli de Suffren pouvait faire rougir le prince de Mirepoix d'une démarche aussi peu raisonnable; il semblait en effet que pour toutes sortes de raisons le duel devait être impossible; mais l'illustre chef d'escadre accepta le cartel.
On se rendit à Versailles derrière le cavalier Bernin (au bout de la pièce d'eau des suisses), et on se battit à l'épée. Il arriva dans cette rencontre ce qui devait arriver : Suffren fut blessé au dessous de l'estomac. On le remit promptement dans sa voiture et le ramena à Paris en l'hôtel de Montmorency qu'il habitait.
On fit venir un médecin qui demanda des orties blanches pour fouetter la plaie.
L'intendant du bailli de Suffren, M. Gérard, demanda à l'un de ses employé M. Dehodency, d'aller chercher des orties, il en trouva sous la neige dans les champs Elysées. Quand il revint, l'amiral n'était plus. En mourant, le bailli avait demandé que l'on garde le plus profond secret sur cette affaire".

Ch Cunat raconte aussi l'entretient qu'il a eut avec ce M. Dehodency quelques 20 ans plus tard, confirmant que Suffren serait mort trois jours après le duel. Il affirme aussi que plusieurs membres de la famille de Suffren niaient cette version, et se tenaient à la version officielle qui était celle d'une maladie.

O Troude indique "l'on lit dans le manuel des goutteux et des rhumatisans d'Alphonse Leroy (paris 1805) que Suffren est mort des suite d'une saignée qu'on lui aurait répétée au bras. Opération faite contre l'avis de l'auteur qui était son médecin. M. Etienne Taillemite " Les hommes qui ont fait la marine française" :
"Sa santé était altérée depuis longtemps et il mourut à Paris, le 8 décembre 1788, d'une "goutte remontée jointe à un abcès putride", et non pas tué en duel ou assassiné comme l'ont prétendu d'absurdes et tenaces légendes."

Comme je ne sais pas ou est la vérité, vous avez ainsi les deux versions.
avatar
Invité
Invité




Revenir en haut Aller en bas
MessageSujet: Re: 1766 à la révolution Mar 7 Juin 2011 - 10:51

L’affaire Jeanne Baret
Jeanne Baret est née, le 27 juillet 1740 dans une petite bourgade de Bourgogne, La Comelle, au nord-ouest d’Autun. Elle passe les premières années de son existence à la ferme de son père. Lorsque ce dernier décède en 1762, elle devient gouvernante chez le docteur Philibert Commerson, veuf, pour veiller à l’éducation de son jeune fils Archambaud.
Elle a 22 ans, le docteur en a 35. Très vite, il est séduit par l’intelligence et la vivacité d’esprit de la jeune femme. Il lui donne des leçons de botanique et lui confie la préparation des herbiers.
Deux années plus tard, le couple déménage pour Paris. Commerson vient d’être nommé botaniste du roi Louis XVI et, à ce titre, doit entreprendre un voyage dans les terres australes. Il accompagne Monsieur de Bougainville en qualité de médecin botaniste de sa Majesté pour y faire, comme il l’écrit dans son testament, avant de partir : « des observations sur les trois règnes de la nature dans tous les pays où les officiers me conduira ; ainsi Dieu me soit en aide… »
Dans un premier temps, Jeanne n’est pas du voyage. Une ordonnance datant du 15 avril 1689 interdit aux femmes d’embarquer sur les navires de la Marine Royale. Mais Commerson écrit peu de temps avant d’embarquer à un ami : « On m’a passé un valet de chambre, gagé et nourri par le Roy ».
Il risque beaucoup : toute sa carrière scientifique est en jeu mais il ne peut pas laisser Jeanne. Elle sera son valet !
Deux bateaux sont affrétés pour l’expédition de Bougainville : une frégate, La Boudeuse, et une flûte, L’Etoile.
Le 6 février 1767, à Rochefort, Commerson suivi de son valet Jean Baret montent à bord de L’Etoile pour un long périple.
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] Philibert COMMERSON [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] Jeanne BARET

La vie à Bord
Pour accompagner son amant, le botaniste Philibert Commerson, Jeanne Baret, déguisée en valet au service du docteur, a réussi à s’embarquer sur l’Etoile le 1er février 1767 pour une expédition dans les mers australes dirigée par Monsieur de Bougainville.
La vie à bord n’est pas des plus simples… En effet, il n’y a que des hommes à bord des bateaux de la marine royale et Jeanne doit faire preuve de beaucoup de finesse et de prudence pour garder son secret. Les premiers jours à bord sont difficiles. Commerson et Jeanne sont très à l’étroit sur cette flûte qui sert de navire entrepôt à l’expédition. De surcroît, le docteur n’a pas le pied marin. Pendant près de deux semaines, Commerson reste alité, soigné et nourri par son domestique Jean Baret. Pour ne pas attirer les regards sur eux, il cesse d’évoquer sa santé, objet de toute son attention depuis le départ de Rochefort. Quant à Jeanne, elle fait tout son possible pour paraître un homme, tant par la force de travail que par les propos. Elle travaille comme un forcené afin d’écarter les soupçons. Mais sans s’en douter, ils sont observés.
Vivès, chirurgien major et membre de l’expédition, jaloux du statut de botaniste du Roi de Commerson, écrit dans son journal de bord « Le soin particulier qu’elle prenait pour son maître ne paraissait pas naturel à un mâle domestique. Après le premier mois, le doux repos qu’ils goûtaient fut interrompu par un petit murmure qui s’éleva dans l’équipage sur ce que, disaient-ils, il y avait à bord une fille déguisée. On jeta sans balancer les yeux sur notre petit homme. Tout annonçait en lui une femme : une petite taille, courte et grosse, de larges fesses, une poitrine élevée, une petite tête ronde, un visage garni de rousseur, une voix tendre et claire, une adroite dextérité et délicatesse…faisaient le portait d’une fille assez laide et assez mal faite. » Le commandant feint d’ignorer cette rumeur mais le bruit devient trop général. Jeanne Baret est alors obligée de rejoindre les autres domestiques sous le gaillard d’avant sous peine d’être mise aux fers. Mais là encore, ses compagnons tentent de vérifier s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Elle se défend en affirmant à qui veut l’entendre « qu’il n’est nullement du sexe féminin mais si fait de celui dans lequel le Grand Seigneur choisit les gardiens de son sérail. » Bref Jean Baret est un eunuque. Cette explication, soufflée probablement par Commerson, calme l’équipage quelques temps.
La traversée jusqu’à Montevideo dure trois mois sans autres faits majeurs, si ce n’est le passage de l’équateur. L’usage veut que l’on prête serment, devant le « bonhomme » fabriqué à cette occasion, de « ne jamais baiser la femme d’aucun marin ni matelot absent. » Jeanne Baret et Philibert Commerson se soumettent alors de bonne grâce à ce rituel. Après l’escale de Montevideo, l’Etoile poursuit sa route vers le sud, sans s’arrêter aux Malouines que Bougainville doit restituer aux Espagnols. L’expédition arrive en Patagonie, Commerson peut enfin herboriser en compagnie de son domestique.
Les soupçons sur Jeanne se sont un peu calmés, comme en atteste ce passage du journal de Bougainville, « Comment reconnaître une femme dans cet infatigable Baret, botaniste déjà fort exercé que nous avons vu suivre son maître dans toutes ses herborisations et porter même, dans ses marches pénibles, les provisions de bouche, les armes et les cahiers de plantes avec un courage et une force qui lui ont valu le surnom de bête de somme ? »
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

La supercherie est dévoilée.
Jeanne Baret navigue à bord de l’Etoile, déguisée en homme. Elle a tout fait pour se fondre dans l’équipage. Jusque là, le voyage se déroule sans encombre.
Après la Patagonie, l’expédition continue sa route vers le détroit de Magellan. Le 26
janvier 1768, l’Etoile entre dans le Pacifique. Voilà tout juste douze mois que l’on a quitté Rochefort. On n’a pas beaucoup avancé, alors qu’au départ, la durée du voyage était estimée à dix-huit mois. Muni de cartes plus ou moins exactes, Bougainville évite l’île de Pâques et continue sa route pour enfin mouiller au large de Tahiti le 3 avril 1768.
Le 4, alors que les navires se rapprochent des côtes, plus d’une centaine de pirogues à balancier les abordent. Aoutourou, un indigène, monte à bord et y reste quelques jours.
La cohabitation entre Tahitiens et Français est pacifique : ces derniers ont pu, après d’âpres négociations, installer un camp à terre pour soigner les malades. C’est alors que survient l’épisode du 7 avril.
Jusqu’alors, les marins ne connaissaient qu’un seul mot du vocabulaire tahitien « Tayo » qui signifie « ami ». Mais ce matin-là, Commerson accoste sur l’île avec son domestique pour herboriser. A peine ont-ils mis pied à terre qu’une foule d’indigènes surexcités les encercle en criant « Ayenne !
Ayenne ! ». Un indigène s’empare alors du jeune domestique et s’enfuit avec sa proie sous les yeux éberlués du pauvre Commerson...
Il fallut la présence d’esprit d’un officier qui se trouvait là par hasard et qui, de son épée « fit écarter toute la populace et effraya le courcié qui lâcha prise »
L’incident est rapidement maîtrisé, mais le soir du 7 avril, les marins de l’Etoile avaient appris un nouveau mot en tahitien, « femme ».
En fait, il semblerait que les indigènes ont reconnu Jeanne à l’odeur. Cela est vraisemblable, compte tenu des conditions d’hygiène à bord et du climat de Tahiti. De plus, ils n’avaient pas d’a priori sur le langage social du vêtement chez les Européens. Ils ont simplement « senti une femelle ».
Jeanne reste désormais à bord par mesure de sécurité tandis que Commerson continue d’herboriser sur l’île sans plus trop de conviction. Bougainville, qui se trouve sur la Boudeuse, ne peut ignorer l’incident mais ne fait rien.
L’expédition repart le 14 avril et ce n’est qu’un mois plus tard, à la suite de conditions de navigation difficiles et d’un début d’épidémie de scorbut qu’il règle cette question. Le 28 mai, il note dans son journal « j’ai vérifié à bord de l’Etoile un fait assez singulier. Depuis quelque temps, il courait le bruit dans les deux navires que le domestique de Monsieur de Commerson était une fille. Plusieurs indices
avaient fait naître et accréditaient le soupçon. Elle m’a avoué, les larmes aux yeux, qu’elle avait trompé son maître en se présentant à lui sous des habits d’homme à Rochefort au moment de son embarquement. Elle savait, qu’en embarquant, il était question de faire le tour du monde, et ce voyage avait piqué sa curiosité. Elle sera la seule de son sexe et j’admire sa résolution, d’autant qu’elle s’est toujours conduite avec la plus scrupuleuse sagesse. La Cour, je crois, lui pardonnera l’infraction aux ordonnances. L’exemple ne saurait être contagieux » ;
A bord des deux navires, tous savent désormais que Jean Baret est une femme. Malgré cela, les hommes de l’équipage n’auront de cesse de vérifier par eux même la féminité du domestique, en vain.


La disgrâce
Embarquée depuis 14 mois à bord de l’Etoile, Jeanne s’était faite passer pour homme mais son stratagème est découvert lorsqu’elle débarque sur l’île de Tahiti en avril 1768.
L’expédition poursuit sa route à travers le Pacifique puis l’Océan Indien. L’attention finit par se détourner de Jeanne Baret et de Philibert Commerson. Il n’y a plus de mystère à leur sujet et d’autres préoccupations sont venues prendre le relais. La mer devient mauvaise et les navires ont besoin de réparations, les vivres s’épuisent et les rencontres de pirogues deviennent de plus en plus hostiles. Jeanne Baret n’apparaît donc plus digne d’intérêt jusqu’à l’Ile de France devenue aujourd’hui l’Ile Maurice. Le couple débarque le 8 novembre 1768 à Port Louis avec toutes ses collections d’histoire naturelle.
Bougainville note alors sobrement : « Messieurs de Commerson et Verron consentirent pareillement à différer leur retour en France ; le premier pour examiner l’histoire naturelle de ces îles et celle de Madagascar ; le second pour être à portée d’aller observer dans l’Inde le passage de Vénus. »
Le 12 décembre, la Boudeuse suivie de l’Etoile quittent Port Louis. Bougainville rajoute dans son carnet de bord : « J’y ai laissé sur la demande de l’Intendant pour le service du Roi dans la colonie : Commerson des Humbert, naturaliste embarqué sur l’Etoile, et son valet fille en homme. » Et plus loin « Sur la demande qui m’a été faite par Monsieur Poivre, Commissaire
Général de la Marine, faisant fonction d’Intendant en cette isle, d’y laisser Monsieur de Commerson Médecin Naturaliste du Roi envoyé par sa Majesté pour examiner toutes les parties relatives à l’histoire naturelle dans le cours de notre expédition, nous lui avons permis de débarquer » puis à propos de Jeanne Baret : « la cour, je crois, lui pardonnera l’infraction aux ordonnances. »
C’est, à n’en pas douter, une mesure disciplinaire mais c’est aussi une forme de protection au regard des sanctions qu’ils pouvaient tous les deux encourir à leur retour en France. Cette disgrâce dure trois longues années au cours desquelles le naturaliste passe de déconvenues en découragements, dans une situation financière de plus en plus critique. Il meurt à l’âge de 46 ans, le 13 mars 1773, six ans après son départ de Rochefort. Redevenue officiellement femme, Jeanne reste auprès de lui en prenant soin de cet homme souffrant et ce, jusqu’au dernier moment. Un descendant par alliance de Commerson, F.B. de Montessus de Ballore écrira en 1889 dans une biographie à propos de Jeanne : « Il lui restait un serviteur fidèle, celui qui avait assisté à toutes ses peines, à tous ses dangers. Sa main hospitalière était là pour lui rendre de grands services, sa parole était là pour lui apporter des consolations et l’exhorter à l’espérance.
Il suffit souvent, dans l’abandon, d’un serviteur zélé pour procurer un soulagement aux misères humaines, et Jean Baret était ce serviteur. »
Elle a 32 ans à la mort de son maître, elle se retrouve maintenant seule sur cette île, si loin de la France.


L’épilogue
Pour avoir enfreint la règle Philibert Commerson et « son valet » sont débarqués sur l’île Maurice, Jeanne Baret se retrouve bientôt seule et abandonnée après le décès de son maître. Elle a 32 ans. Elle n’a plus droit à la moindre considération ni à la moindre assistance. Jeanne trouve alors un moyen de survie en ouvrant un cabaret-billard à Port Louis, la capitale de l’Ile Maurice. Quelques mois plus tard, elle est condamnée à titre d’exemple pour la colonie : elle sert de l’alcool le dimanche et ses clients sont ivres à l’heure de la messe. Elle rencontre alors Jean Dubernat, un périgourdin, soldat de la Marine avec lequel elle se marie le 17 mai 1774. C’est, pour elle, l’occasion de pouvoir enfin rentrer en France car ce mariage avec un militaire est le seul moyen d’obtenir une autorisation de rapatriement.
Elle revient à Paris en 1776 avec plus de 30 caisses scellées contenant 5000 espèces de plantes ramassées au cours de son périple autour du monde, 3000 d’entre-elles sont nouvelles. Elle fait parvenir ce trésor au Jardin du Roi. Ces collections iront rejoindre celles du Muséum d’Histoire Naturelle où l’on peut toujours consulter les manuscrits de Commerson, qui n’a malheureusement rien publié. Buffon en fera l’inventaire puis Jussieu et Lamarck les étudieront. Elle reçoit la part de l’héritage que lui a léguée Philibert Commerson et, le 13 novembre 1785, elle est honorée pour son engagement dans l’expédition de Monsieur de Bougainville. Son travail auprès de Commerson est reconnu de façon officielle par le Roi qui lui accorde une pension de 200 livres.
A 45 ans, Jeanne peut être fière de son parcours. Elle partage maintenant sa vie entre sa Bourgogne natale et Saint Aulaye sur Dordogne, sans doute pour avoir épousé un périgourdin. Saint Aulaye est alors un petit village autonome dont le port, aux quais de pierres, témoigne d’une activité florissante à cette époque. Il fera partie plus tard, en 1824, de la commune de Saint Antoine de Breuilh.

Jeanne Baret s’éteint au lieu-dit « Les Graves » le 5 août 1807 à l’âge de soixante-sept ans. Restée fidèle à la famille Commerson, elle fera à son tour d’Archambaud, le fils légitime de Philibert Commerson, son héritier. Elle repose depuis, au cimetière de Saint Aulaye près de l’église.

Jeanne Baret a donc bien fait le tour du monde. Partie de Rochefort en 1767, elle rentre en France neuf ans plus tard. Elle est la première femme a avoir réalisé un tel exploit.


En décembre 2008, la municipalité de Saint Antoine de Breuilh a voulu honorer Jeanne Baret en donnant son nom à la salle des fêtes ainsi que le nom du bateau sur lequel elle navigua : l’Etoile, à l’ancienne salle polyvalente.

Sources :
L’affaire Jeanne Baret, par Nicole Creystey, professeur agrégée
de sciences naturelles à l’IUFM.

avatar
toine21




Age : 60 Date d'inscription : 18/12/2010 Nombre de messages : 469 Localisation : Côte d'Or Emploi/loisirs : retraité - camping-car

Revenir en haut Aller en bas
1766 à la révolution Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 3 sur 3 Aller à la page : Précédent  1, 2, 3

Permission de ce forum: Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le rendez-vous des Anciens de La Royale :: 

La vieille Marine

 :: 

La Marine des XVIIème et XVIII siècle

-