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Tahiti et Polynésie aux temps anciens Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
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MessageSujet: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Sam 14 Fév 2009 - 7:08

SACRIFICES HUMAINS : mythe ou réalité ?

Extrait des « Relations de voyages autour du monde – Troisième voyage » James Cook
(excellent travail de mon ami Pierre CARABASSE résident à TAHITI)

2 septembre. L'infortunée victime qu'ils sacrifièrent à leur divinité dans cette occasion* me parut être un homme d'âge moyen; on m'apprit qu'il était taotao, c'est-à-dire qu'il appartenait à la plus basse classe de la société. Je cherchai à savoir si quelque crime le désignait pour mériter cette mort, mais il n'y avait rien à alléguer contre lui. Il est certain cependant qu'en général ils choisissent pour leurs sacrifices un homme qui mérite une punition, ou un individu appartenant à la lie du peuple, qui vagabonde de lieu en lieu et d'île en île sans avoir de demeure attitrée ni de gagne-pain honnête, comme on n'en rencontre que trop sur ces terres. J'eus l'occasion de regarder de près le corps du pauvre homme qui avait été sacrifié, et de remarquer qu'il avait le visage et la tête ensanglantés et la tempe droite défoncée ; ce qui indiquait la façon dont il avait été tué, et en effet on nous dit qu'on l'avait isolé pour l'assommer à coups de pierre.
Ceux qui sont appelés à être les victimes de ce culte sanguinaire ne sont jamais instruits du sort qui les attend avant le moment où est porté le coup qui met un terme à leur vie. Quand un des grands chefs estime dans quelque occasion particulière qu'un sacrifice humain est nécessaire, il désigne la victime sur laquelle son choix s'est porté. Quelques-uns de ses hommes de confiance tombent soudainement sur le malheureux et le mettent à mort avec une massue ou à coups de pierre. On prévient alors le roi, dont la présence, durant la célébration des rites solennels qui suivent, est indispensable, à ce qu'on m'a dit ; et, en effet, dans le cas présent, nous pûmes voir qu'Otou y avait une part des plus importantes. On appelle cette solennité poure eri, ou prière du chef, et la victime tabou-tabou, ou homme consacré. C'est le seul cas dans lequel nous entendîmes employer le mot « tabou > sur cette île ; il semble y avoir la même signification mystérieuse qu'à Tonga, où cependant on l'emploie pour désigner toutes les choses que l'on ne doit pas toucher. Mais à Tahiti le mot raa a aussi ce sens, et une signification d'ailleurs très étendue.

*. La guerre entre l'île de Tahiti et celle de Moorea (que Cook appelle Aïmïo) étant imminente, les chefs préparaient un sacrifice au dieu la Toua, pour obtenir son appui. Jusque-là, Cook n'avait jamais voulu ajouter foi aux récits dans lesquels Bougainville rapporte que la victime est un être humain.

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A gauche : Tu, le chef suprême de Tahiti lors du second voyage de Cook. Sous le nom de Pomare I, il devint le premier roi de l'île.
A droite : Odiddy, naturel de Bora-Bora qui voyagea avec Cook dans le Pacifique en qualité d'interprète.
(Portraits au crayon de Hodges)
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Sam 14 Fév 2009 - 17:37

Nassau de l'expédition Bougainville évoque ces sacrifices humains mais dans un style bien différent. Tout comme Bougainville, il enjolive les faits (extrait de Bougainville et ses compagnons de Jean Lefranc) :

"....Dans cette nation, la différence des rangs est très marquée. On n'y trouve que de faibles traces de religion. Ils sacrifient sans cesse à l'amour, leur seul dieu. Sous certains aspects de la lune, ils procèdent toutefois à des sacrifices humains, choisissant les vicitimes "parmi les hommes d'une espèce inférieure dont il font peu de cas"; on voit sur la côte des autels de branches d'arbres où se déposent les offrandes. Ils conservent longtemps leurs morts, desséchant le cadavre en allumant dessous un petit feu. Un prêtre, vêtu d'une dalmatique de plumes, le retourne plusieurs fois et l'enduit d'huile de coco. Pendant ce temps, les femmes pleurent. Ils n'ont aucune idée de l'âme, non plus qu'aucune croyance ridicule sur le passage de la vie à la mort."


Commerson y va lui aussi de son couplet, il a choisi de présenter Tahiti comme Bougainville, pour un scientifique c'est étonnant.... mais il voulait entrer à l'académie ! (extrait de Bougainville et ses compagnons de Jean Lefranc) :

"Commerson se fera éloquent pour chanter Tahiti et ses charmes. Lui l'avait baptisée : Ile Utopie, peut-être en souvenir du roman de Thomas Morus. Le nom ne fit pas fortune. Il n'entendait certes point annoncer que la beauté en était tromeuse, car il y voit "la seule terre où habitent des hommes sans vices, sans préjugés, sans besoins, sans dissension,....île incomparable, couverte d'un peuple immense et qui ne s'est point écarté encore de l'institut de la nature, chez lequel semble se réaliser l'âge d'or vainement chanté par les poètes". Et Commerson reprend le refrain : "Ils ne connaissent d'autres dieux que l'amour. Tous les jours lui sont consacrés, toutes les femmes en sont les autels, tous les hommes les sacrificateurs......C'est l'état de l'homme naturel né essentiellement bon...."

Commerson avait manifestement lu Rousseau...et tout avalé !

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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Sam 14 Fév 2009 - 18:19

Oui à cette époque tout le monde propageait les idées rouseauistes, LA FAYETTE, LA PÉROUSE, D'ESTAING, BOUGAINVILLE, maintenant COMMERSON et même LOUIS XVI et sa cour, mais attention ils étaient jeunes, pas la vieille noblesse qui souvent était en conflit avec sa propre progeniture.
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Lun 16 Fév 2009 - 9:31

(Suite et fin)
SACRIFICES HUMAINS : mythe ou réalité?
Extrait des « Relations de voyages autour du monde – Troisième voyage » James Cook
Résumé de Pierre CARABASSE

Le moraï est sans aucun doute un lieu de culte, de sacrifice et de sépulture tout à la fois ; c'était dans celui-là que l'on enterrait les chefs suprêmes de l'île entière, et il est réservé à leur famille et à quelques-uns des principaux du pays. Il ne diffère des plus ordinaires que par son étendue. Il se compose principalement de pierres sèches posées les unes sur les autres en un tas de forme oblongue, haut d'environ quatorze ou quinze pieds, et plus étroit au sommet. De part et d'autre est réservé un carré de terrain plat recouvert de galets, sous lequel on enterre les ossements des chefs. A quelque distance de l'extrémité la plus rapprochée de la mer se trouve l'emplacement où l'on offre les sacrifices qui est aussi recouvert de pierres sur presque toute son étendue. On dépose les fruits et les autres offrandes de même nature sur un grand échafaud appelé ouatta. Il y en a un plus petit pour les animaux, et les victimes humaines sont enterrées de place en place sous les pierres. L'ignorance et la superstition se manifestent par la présence de diverses reliques dispersées sur le terrain, telles que pierres dressées dont certaines sont entourées de morceaux d'étoffé, et devant le grand amas de pierres qui fait face à la plate-forme il y a un grand nombre de morceaux de bois sculptés qui servent parfois de résidence à la divinité, et sont par conséquent regardés comme sacrés. Mais il y a un endroit particulièrement remarquable, c'est un tas de pierres situé à un bout du grand ouatta devant lequel le sacrifice a été fait à côté d'une sorte de plate-forme, et sur lequel sont déposés les crânes des victimes humaines, que l'on va chercher sous terre plusieurs mois après les avoir enterrés. On place juste au-dessus des crânes un grand nombre de ces pièces de bois sacrées et c'est aussi là que l'on met, pendant la cérémonie, le maro, et l'autre ballot (que j'appelle l'arche) et qui est censé contenir le dieu Ouro : ce qui indique sa similitude avec l'autel des autres peuples.

Il est bien regrettable de trouver encore en vigueur une coutume si horrible par elle-même, et si contraire au droit inviolable à la conservation de soi-même que chaque être humain apporte en naissant ; et c'est au sein d'un peuple qui, à tant d'autres égards, est sorti de la brutalité de la vie sauvage que règnent ces mœurs, tant la superstition a de pouvoir pour contrecarrer les principes d'humanité les plus naturels. Le pis, c'est que ce culte sanguinaire est probablement prédominant sur toutes les îles situées dans la vaste étendue de l'océan Pacifique. La conformité de mœurs et de langue que nos derniers voyages nous ont permis d'établir entre ces îles, si distantes soient-elles les unes des autres, permet de croire que les plus importantes de leurs institutions religieuses leur sont communes. Et nous avons en effet des preuves certaines que des sacrifices humains ont lieu aux îles de l'Amitié. Dans ma description de natche à Tongatabou, j'ai rapporté qu'à la suite de cette fête on nous annonçait le sacrifice de dix hommes ; ce qui peut donner une idée de l'importance des massacres religieux dans cette île. Et, bien qu'on ait lieu de croire qu'à Tahiti on ne sacrifie dans chaque occasion qu'une seule personne, il est probable que ces occasions se répètent assez souvent pour causer une effrayante perte de vies humaines, car j'ai compté quarante-neuf crânes devant le moraï, au moment même où l'on ajoutait encore un à ce nombre. Comme ces crânes n'avaient encore guère subi les atteintes des intempéries, on peut en conclure que le laps de temps n'était pas long pendant lequel le sang d'un si grand nombre d'infortunées victimes avait été versé sur cet autel.

Aucune considération ne peut empêcher cette coutume d'être abominable, mais elle pourrait à certains égards être regardée comme moins nuisible si elle avait pour effet d'inspirer à la multitude le respect de la religion et la crainte de la divinité. Cependant, c'est si loin d'être le cas que. bien qu'une grande assemblée se fût réunie au moraï à cette occasion, personne ne semblait témoigner les égards convenables à la célébration des rites qui se succédaient. Omaï étant arrivé lorsque la cérémonie était commencée, beaucoup d'assistants se pressèrent autour de lui et passèrent le temps à lui faire relater quelques-unes de ses aventures, qui retinrent toute leur attention, au détriment de l'office solennel que célébraient leurs prêtres. Et il faut dire que les prêtres eux-mêmes, soit qu'ils fussent trop familiarisés avec ces scènes par l'habitude, soit qu'ils eussent peu de confiance dans l'efficacité de leurs rites, ne mettaient pas dans leur célébration cette solennité qu'exigent les cérémonies religieuses pour être douées de tout leur pouvoir. Ils étaient vêtus comme à l'ordinaire, ils s'entretenaient les uns avec les autres sans le moindre scrupule ; et pour assurer un air de décence à la cérémonie ils se contentèrent d'écarter avec autorité les assistants du lieu où elle se déroulait afin de nous en laisser approcher, nous, étrangers. Ils répondirent cependant sans détours à toutes nos questions et nous dirent que cette coutume était ancienne, et agréable à leur dieu, qui en faisait ses délices, ou qui, suivant leur expression, venait se nourrir de sacrifices, en retour de quoi il leur accordait ce qu'ils demandaient. Nous leur objectâmes qu'on ne voyait pas le dieu se nourrir de ces offrandes, et que les corps des animaux sacrifiés ne disparaissaient pas plus vite que d'autres ; quant aux victimes humaines, on empêchait de s'en nourrir, puisqu'on les enterrait. Mais à tout cela ils répondaient que le dieu venait pendant la nuit, restait d'ailleurs invisible, et ne se nourrissait que de l'âme ou partie immatérielle des êtres humains, qui, suivant leur doctrine, demeure sur le lieu du sacrifice jusqu'à ce que la putréfaction du corps soit complète.

Il serait à souhaiter que l'erreur où sont ces peuples se dissipât, et qu'ils eussent pour le meurtre de leurs semblables, accompli dans le dessein de fournir à leur dieu un invisible banquet, la même horreur qu'ils ont de nos jours pour la consommation de la chair humaine ; ils ne l'ont pas toujours eue, car nous avons de bonnes raisons de croire qu'il fut un temps où ils étaient cannibales. Ils nous dirent que le prêtre au cours de la cérémonie devait absolument prélever l'œil gauche du misérable qui a été sacrifié, et le fait est que nous fûmes presque témoins de cet usage. Il présente cet œil au roi, le lui tient devant la bouche, qu'il le prie d'ouvrir, mais presque aussitôt le retire. C'est ce qu'ils appellent « manger l'homme », ou « nourriture pour le chef », et c'est peut-être un vestige de coutumes anciennes, en un temps où l'on se repaissait réellement du cadavre.
Je note sur la dernière phrase que le prénom de Eimata est toujours utilisé, on pourrait le traduire par "voleur d'oeil".
Terminé pour le moment, mais nous y reviendrons... James Cook est un écrivain intéressant et je ne risque pas d'avoir des problèmes de copyright, James et le dessinateur sont décédés depuis plus de 50 ans.
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La baie de Matavai, aquarelle de William Ellis, chirurgien en second sur le Discovery, 3ème voyage
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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mar 17 Fév 2009 - 7:08

Toujours de Pierre CARABASSE
Plusieurs écrivains, en particulier John Byron, Jules Verne et surtout Charles Nordhoff et James Norman Hall, se sont inspirés du journal de james Morrisson (second maître à bord de la Bounty) pour écrire leur roman. Le roman écrit par les deux derniers étant à l’origine de quatre films.
Mais, ce qui est moins connu, c’est le fait que sur les 200 pages que compte le journal de James Morrison, seulement 110 concernent l’épopée de la Bounty, la mutinerie et les infortunes qui en résultèrent pour les mutins. Le reste, soit environ 90 pages, est une description de l’île de Tahiti et des mœurs des insulaires.
Enfin, pour comprendre l’intérêt du texte de Morrison, il faut savoir que c’est grâce aux 16 marins restés à Tahiti (et à leurs fusils) que Pomare put prendre possession de toute l’île. Neuf marins dont Fletcher Christian partirent pour Pitcairn avec la Bounty.
Je souhaite donc vous communiquer, en plusieurs fois, quelques notes de Morrison.

NOTE
SUR L'HISTOIRE DES MANUSCRITS
DE JAMES MORRISON

James Morrison écrivit son «Journal» l'automne de 1792, en partie comme prisonnier à bord de l'Hector après le procès des mutins de la Bounty, alors qu'il attendait sa grâce ; en partie comme homme libre, après l'avoir reçue. A la même époque, Peter Heywood préparait son vocabulaire de la langue tahitienne. Pendant leur captivité sur l'Hector, les prisonniers de la Bounty s'étaient liés d'amitié avec un pasteur, aumônier des marins de Portsmouth, William Howell (┼ 1822), qui allait voir les prisonniers tous les jours. Après que la sentence de mort eut été prononcée, Howell semble avoir encouragé Heywood et Morrison dans leurs travaux littéraires. Il est actuellement impossible de déterminer avec certitude si Morrison et Heywood basaient leurs manuscrits sur des notes prises pendant leurs séjours à Tahiti de 1788 à 1791 ; mais certains détails laissent supposer qu'au moins la description donnée par Morrison de Tahiti utilise des notes, sauvées par le capitaine Edwards ou par le lieutenant Corner, lors du naufrage du Pandora en 1791 et rendues plus tard à Morrison. Lorsque Morrison eut terminé son récit et Heywood son vocabulaire, ils remirent leurs manuscrits à Howell pour que celui-ci, après avoir révisé le texte de Morrison, tente de le publier.

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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mer 18 Fév 2009 - 7:50

Pierre CARABASSE nous entraine sur les planches, pas les profilés fartés que nous connaissons aujourd'hui, non les vraies, certes polies mais avec les moyens rudimentaires de l'époque....

Dans exercices et jeux, j'ai trouvé un passage étonnant, il concerne..... LE SURF :


Lorsque les vents d'ouest dominent, une houle de très hautes vagues vient briser sur la plage ce qui est l'occasion d'un sport très apprécié ; l'endroit choisi étant celui où les vagues brisent avec le plus de violence. Pour cet amusement ils prennent une planche d'une longueur variable et nageant jusqu'à la naissance de la houle attendent la formation d'une vague, quelquefois à plus d'un mille du rivage, et s'étendant à plat ventre sur la planche se tiennent sur l'arête de la vague de façon à avancer avec elle avec une rapidité extraordinaire. Lorsqu'elle commence à briser ils se retournent avec dextérité et plongeant sous la crête repartent vers le large avec leur planche. Hommes et femmes excellent dans ce sport et certains sont mêmes capables de se tenir debout sur la planche jusqu'à ce que la vague brise. Les enfants pratiquent ce sport sur les petites vagues et apprennent à nager dès qu'ils sont capables de marcher. Les noyades sont très rares.

Ils sont très nombreux à pratiquer ce sport auquel ils consacrent plusieurs heures et doivent faire preuve d'une grande habileté pour éviter de se rencontrer à l'aller ou au retour. Ils ne réussissent pas toujours à s'éviter et sont alors projetés et culbutés avec violence sur la plage, faisant parfois un atterrissage très brutal qui ne paraît pas les troubler car après avoir repris leurs esprits ils repartent vers le large.

Les chefs sont en général les meilleurs à ce sport ainsi que dans tous les autres, et leurs femmes ne leur sont pas inférieures. Itia, est une des meilleures nageuses des îles de la Société et rivalise avec les meilleurs nageurs masculins.

Nous assistâmes à une manifestation de ce sport lorsque la « Bounty" était au mouillage dans la baie de Matavai ; la houle venant du récif du Dauphin était si haute qu'elle brisait par-dessus le navire au point de nous obliger à fermer le panneaux des écoutilles et nous craignions d'être drossés sur le rivage à chaque instant.

Une fois ce sport terminé ils vont se baigner dans l'eau douce ainsi qu'ils le font toujours après avoir été en mer ou à la pêche.

Ce sport est également pratiqué dans une pirogue qui est maintenue avec une grande dextérité sur le haut de la vague ; ils peuvent soit les faire virer avant que la vague ne se brise, soit aller jusqu'à la plage malgré la hauteur à laquelle la vague déferle.

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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Jeu 19 Fév 2009 - 17:18

Aujourd'hui, toujours dans le chapitre "Exercices et jeux", voyons ce que dit James Morrison au sujet de la lutte :

Pierre CARABASSE précise que James MORISSON , révolté de la Bounty, est resté plusieurs années à TAHITI avant d'être récupéré par la marine Anglaise. Pendant ce temps il est devenu non seulement l'ami des indigènes, a appris leur langue, mais est surtout devenu un observateur de leurs usages et coutumes. Deux autres facettes, ses connaissances de naturaliste chevronné et de linguiste aguerri feront qu'il sera gracié par le roi d'Angleterre et pourra ainsi reprendre la mer....

Ils pratiquent plusieurs sports parmi lesquels la lutte et le lancement du javelot sont les plus courants. Les hommes ainsi que les femmes sont experts dans l'art de la lutte mais ne boxent jamais, bien que ce sport soit répandu à Raiatea et dans les autres îles. Lorsqu'ils se réunissent pour lutter, ainsi qu'ils le font à toutes les fêtes publiques, une estrade est dressée sur laquelle les lutteurs se promènent frappant de la main droite sur leur bras gauche replié sur la poitrine ; celui qui veut se mesurer avec l'un d'eux en fait autant et se mettant en posture de combat ils s'empoignent immédiatement. Si l'un des lutteurs trouve son adversaire trop fort pour lui il le dit et ils se séparent, sinon, un des adversaires doit tomber et les femmes qui sont du côté du vainqueur se mettent à chanter et à danser, tandis que le vainqueur se remet à frapper son bras, cherchant un autre adversaire. Le vaincu se retire tranquillement, nullement abattu par sa défaite. En général ils luttent entre districts, les femmes étant toujours les premières à lutter ; elles sont plus rancunières que les hommes et ne supportent pas de perdre. Itia et sa sœur excellent dans ce sport et sont souvent victorieuses, Itia dirigeant toujours les combats et décidant du nombre de manches à disputer. L'équipe qui a obtenu le plus grand nombre de tombés est déclarée victorieuse ; lorsque la lutte est terminée, les femmes se mettent à danser tandis que
les hommes vont lancer le javelot.

Je n'ai pas trouvé de photo d'époque représentants des lutteurs, le photographe de l'expédition ayant épuisé son stock de pellicules (sic).
Donc, pour agrémenter ce texte un peu rébarbatif, je vous mets un dessin représentant la forteresse que Cook avait fait construire sur la pointe Venus, tellement il avait peur d'être dérangé le jour où les observations du passage de Vénus se feront (1er voyage), objet premier de son voyage.

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Lancer de javelots et tir à l'arc

Les javelots sont de 2,50 m à 5 m de long, faits d'une tige de purau dont on a enlevé l'écorce et portant à leur extrémité une pointe de fara. Ils le lancent avec une grande précision sur une cible, en général un bananier, placée à 30 ou 40 m de distance. Le javelot qui est au-dessus des autres dans la cible est celui qui obtient le plus de points. Ils lancent le javelot de bas en haut en le posant sur l'index de la main gauche et le lançant de la main droite ou inversement s'ils sont gauchers. Les femmes le lancent également mais sans faire d'enjeux, le district dans lequel elles jouent organisant toujours une fête à cette occasion.
Ils pratiquent également le tir à l'arc. Les arcs sont faits en purau et les flèches en bambou avec une pointe en toa, arbre de fer. Ils s'efforcent de chercher la distance, sur un flanc de colline sans avoir de cible. Le jeu terminé, une fête a lieu. Les femmes tirent aussi à l'arc, mais entre elles et ceux ou celles qui le pratiquent doivent avoir des vêtements spéciaux consacrés pour ce jeu et qui ne peuvent être portés en aucune autre occasion. C'est pour cette raison que ce jeu est réservé aux gens de qualité qui s'y consacrent sérieusement. Les arcs ne sont utilisés que pour ce jeu.
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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Sam 21 Fév 2009 - 15:02

Aujourd'hui, toujours dans le chapitre "Exercices et jeux", voyons ce que dit James Morrison au sujet de la dance et du chant :
J'en profite pour relire ce texte que j'ai lu, il y a fort longtemps. Je suis surpris de la qualité des descriptions..... Pierre CARABASSE

Heiva est le nom qui désigne tous les amusements, que ce soit la musique, la danse, les chants, etc. La danse appelé hura est exécutée par 2, 4, 6 (ou plus) jeunes femmes habillées avec recherche et un nombre convenable d'hommes dont l'un dirige la performance, faisant jouer des flûtes et des tambours pendant toute la danse, tandis que les femmes battent la mesure avec différents mouvements de mains et de pieds. Cette danse est généralement exécutée sur des nattes étendues sur le sol pour la circonstance et, la nuit, la danse a lieu sous un abri, sorte de maison sans côtés, éclairé par des torches et autres lumières. Les costumes portés par les femmes pour cette danse sont élégants et leurs tournures gracieuses. Il consiste en un turban de tamau fait de cheveux tressés de plusieurs centaines de mètres de longueur et décoré de dents de requin, de perles et de fleurs ; les bras et les épaules sont nus et une sorte de gilet en tissu blanc ou de couleur leur couvre les seins, la place de chaque sein étant marquée par une rosé de plumes noires ; dans le dos elles portent plusieurs morceaux d'étoffé en plis réguliers bordés de rouge et attachés de façon à imiter des ailes allant- de la hanche à l'épaule ; à la taille, un genre de jupe qui tombe jusqu'aux pieds également bordé de rouge, avec une raie rouge et une raie jaune, les deux raies d'une même largeur de 2,5 m environ et à 25 cm environ du bas. A la taille sont également fixés plusieurs pendentifs de plumes noires qui tombent jusqu'au genou et 2 ou 3 plumes rouges ou noires sur chaque index.

Lorsque les femmes se retirent pour se reposer, elles sont remplacées par la musique et les chanteurs ; ces derniers sont loin d'être déplaisants car leurs chants, lorsqu'on les comprend, sont doux et agréables. Quelquefois un groupe d'acteurs les remplacent et leur forme de jeu est surtout la satire, souvent au dépens de leurs chefs et ils ne manquent pas d'exposer les caractères dont ils ont connaissance ; bien que traitant leurs chefs avec grande liberté ils ne s'attirent pas leur mécontentement du moment qu'ils s'en tiennent à la vérité. De cette façon ils leur reprochent leurs fautes en public les ayant tout d'abord divertis pour attirer leur attention. C'est en quelque sorte une pantomime et ils y excellent si bien qu'il est facile de reconnaître la personne qu'ils veulent représenter, pour peu qu'on la connaisse un peu.

C'est ainsi qu'une de leurs représentations, à laquelle assistait notre commandant, permit à tous les spectateurs de comprendre qu'il s'agissait de lui et qu'il y jouait d'ailleurs un rôle très distingué. Cette représentation eut lieu à la demande de Mate ou Tu et une partie des officiers et de l'équipage de la « Bounty » étaient présents. Les maisons dans lesquelles ils donnent ces représentations sont habituellement un simple abri ouvert sur un côté et aux deux extrémités, le fond étant fermé par des feuilles de cocotiers tressées pour l'occasion. Ce fond constitue un des côtés d'un carré, les trois autres côtés étant fermés par une petite barrière ; l'intérieur est tapissé d'herbe et les acteurs sont installés sur des nattes. A l'extérieur de la barrière qui a environ 30 cm de hauteur, se trouvent les spectateurs qui sont assis ou debout.

Ils donnent quelquefois une représentation dans la maison d'un chef, abandonnant tous leurs costumes à la fin de la représentation ; certains de ces costumes ont jusqu'à 30 et 40 m de longueur de tissu sur 2 à 6 m de largeur, tissu, natte et plumes comprises.

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La hura est une danse exécutée par les parents des guerriers tués au combat, lorsqu'ils se lient d'amitié avec celui qui les a tués. Ces costumes étant très onéreux, ils en ont rarement plus de quatre et le plus souvent deux seulement, mais ils peuvent en avoir jusqu'à vingt s'ils en ont les moyens.

La uparaa est une autre danse qui est pratiquée presque tous les soirs dans tous les districts de l'île. Les femmes de tous âges et de toutes conditions y participent, jeunes, vieilles, riches et pauvres ; pour cette danse elles sont toujours bien habillées et portent sur la tête une couronne de fleurs parfumées ; ayant choisi le terrain, elles se séparent en deux groupes et l'une d'elles se saisissant d'un petit fruit vert de forme ronde, le lance devant elle dans le camp opposé en le frappant du coup de pied ; si le fruit traverse le groupe opposé sans que celui-ci puisse l'arrêter, celui-ci exécute une danse avec chants, rythmée des pieds et des mains et qui dure de 5 à 6 minutes, puis à son tour lance la balle, etc. Lorsque la balle est interceptée c'est au camp qui l'a lancée à recommencer la danse tandis que l'autre reste immobile ; après quelques heures de ce jeu le fruit est abandonné et les deux groupes dansent ensemble, présentant chacun, pour attirer les spectateurs, deux ou 3 jeunes femmes lascives qui, ne conservant qu'une étoffe autour des hanches, l'ouvrent à certains endroits de la chanson montrant leur nudité aux spectateurs et faisant des gestes obscènes qui sont plutôt le fait d'une coutume qu'une exhibition de lascivité ; en effet, celles qui se montrent ainsi en public, sont, en privé, timides et modestes et ne permettent pas aux hommes de prendre des libertés que cette danse pourrait leur suggérer.

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Les jeunes gens célibataires ont également des danses au cours desquelles ils font des gestes indécents qui seraient inadmissibles partout ailleurs car en temps normal il est honteux pour l'un et l'autre sexe d'exposer leur nudité ; lorsqu'ils vont au bain, ils cachent leur corps beaucoup plus que certains Européens, utilisant toujours de grandes feuilles pour rentrer et sortir du bain et les femmes ne découvrant leurs seins qu'à cette occasion.
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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Lun 23 Fév 2009 - 9:34

Un arrêt momentané pour l'actualité, nous parlions de surf justement, quand est-il actuellement?...Ci-joint un document paru dans Tahiti presse ces jours derniers

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Mettons nous un moment à la place de Pierre CARABASSE, papy de la petite vahiné Moerava de 8 ans qui surf régulièrement sur ces eaux.

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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Lun 23 Fév 2009 - 10:24

LE JOURNAL DE JAMES MORRISON, SECOND MAITRE A BORD DE LA BOUNTY narré par Pierre CARABASSE (suite)

Aujourd'hui, j'en termine avec le chapitre "Exercices et jeux", ainsi qu'avec James Morrison. Mais nous y reviendrons. Le sujet divers exercices, jeux et musique :

Dès leur jeunesse ils se livrent à des assauts de bâton et se défendent remarquablement bien ; en temps de guerre ce n'est pas un honneur, en effet, de recevoir une blessure, sauf d'une lance et même dans ce cas ils cherchent à s'en protéger le plus possible.
Ils s'entraînent aussi à la fronde et arrivent à lancer une pierre avec une assez grande précision et une force considérable ; la fronde est faite de fibre de coco tressée avec à son centre une partie plus large pour tenir la pierre, qui est de la taille d'un œuf de poule, l'une des extrémités formant une boucle que l'on passe au poignet pour retenir la fronde lorsqu'on lâche l'autre extrémité ; pour le lancer ils saisissent leur poignet droit dans la main gauche, et sautant sur leurs pieds, font faire à la fronde 3 tours au-dessus de leur tête avant de la lâcher ; la pierre a une force suffisante pour briser l'écorce d'un arbre à plus de 200 m et sa trajectoire est droite sur la presque totalité de son parcours.
Ils ont beaucoup d'autres amusements, entre autres les combats de coqs ; ils ne les plument pas et ne leur mettent pas d'éperons. Lorsque leurs coqs combattent ils prient pour leur succès et dès qu'ils semblent fatigués par la chaleur, ils les séparent pour leur permettre de récupérer avant de reprendre le combat. Ils ne font pas de paris, aimant ces combats seulement pour le sport et 200 coqs sont quelquefois amenés dans l'arène lorsqu'une partie du district a provoqué l'autre ; ceux qui ont lancé le défi donnent une fête, quelle que soit l'issue des combats. Le soir ils jouent de la flûte et chantent jusqu'à l'heure du coucher s'accompagnant parfois de tambours.
Leurs flûtes sont faites d'un bambou à trois trous ; en conséquence ils ont peu de notes mais ils les varient et s'accordent entre eux, et le résultat est doux et assez harmonieux. Ils soufflent dans l'instrument avec une narine, tenant l'autre fermée avec le pouce, et, avec le médium de la même main, ferment le deuxième trou ; le troisième trou qui est le plus bas étant fermé et ouvert par l'index de l'autre main.
Leurs tambours sont des pièces de bois cylindriques et creuses couvertes de peau de requin, battues avec les doigts ; leur son est puissant et clair et ils en ont généralement deux, une basse et un ténor ; le premier de 1,20 m de haut et de 25 à 30 cm de diamètre, l'autre du même diamètre mais seulement de 45 à 50 cm de hauteur. Ils possèdent aussi de grands tambours de basse sur les marae qui, avec les conques, sont utilisés par les prêtres dans les cérémonies religieuses solennelles. Lorsqu'un chef est malade, ces tambours sont battus continuellement.
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PATU POTO
MASSUE COURTE
Les Maoris, lors des temps préeuropéens, vivaient pour la plupart dans des villages fortifiés (pa) situés sur des collines, des volcans ou sur des plateaux surélevés. Encore aujourd'hui, beaucoup de fouilles archéologiques ont permis de mettre en évidence nombre de ceux-ci. En effet, entre les différentes tribus, les combats étaient fréquents, que ce soit pour demander réparation à une insulte, entériner une vengeance ou agrandir un territoire. Les batailles, série de combats singuliers placés sous l'égide des dieux, ne duraient en général que très peu de temps.
Les Maoris avaient principalement des armes légères leur permettant d'exercer leur agilité lors des combats corps à corps et dont le but était d'asséner un coup mortel sur la tête de l'ennemi. Selon la forme, on dénote trois types de patu, comportant tous, un ou des motifs sculptés à l'extrémité de leur manche:
le mere
le wahaika
le kotiate.
De plus, les patu étaient également qualifiés selon le matériau utilisé pour leur fabrication:
onewa, en basalte
pounamu, en néphrite
paraoa, en os de baleine
ou encore en bois (tumere).
Peu après la pénétration européenne de la Nouvelle-Zélande, les tribus maories s'acharnèrent à obtenir des armes à feu ; ainsi on troquait contre des mousquets de grosses quantités de fibre de lin. Une des conséquences de ce commerce fut l'accroissement des guerres intertribales durant lesquelles les balles des fusils, selon les estimations entre 1830 et 1850, frappèrent mortellement près de 100.000 Maoris. Ce chiffre n'est en rien comparable aux décès occasionnés par les armes traditionnelles.
Par la suite, ces différents patu poto, délaissés donc pour les fusils européens, obtinrent une nouvelle fonction : tout en ayant conservé leur mana, ils servirent d'objets cérémoniels aux orateurs.

VIVO
FLUTE
Flûte en bambou
]Longueur : 44 cm
Muséum für Völkerkunde, Vienne (151)
(Collectée par James Cook)
Cette flûte est taillée dans un morceau de bambou entouré d'une cordelette végétale tressée. Deux trous sont situés près de l'extrémité bouchée; c'est dans le premier de ceux-ci que l'on insufflait l'air par une narine afin de produire les quatre notes possibles que permettait l'instrument.

(Photos et textes extraits de "TA'AROA, L'univers polynésien" catalogue d'une exposition en Belgique - Paul et francine De Decker)
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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mar 24 Fév 2009 - 17:39

Une autre version des seins nus ou pas?, les moeurs débridés ou pas?
Un passage de quelques jours permet il sans connaître la symbolique des danses ou des chants par exemple de pouvoir établir des certitudes?

BOUGAINVILLE : VOYAGE AUTOUR DU MONDE
Chapitre X - description de la nouvelle île, moeurs et caractère de ses habitants



On voit souvent les Tahitiens nus, sans autre vêtement qu'une ceinture qui leur couvre les parties naturelles. Cependant les principaux s'enveloppent ordinairement dans une grande pièce d'étoffe qu'ils laissent tomber jusqu'aux genoux. C'est aussi là le seul habillement des femmes, et elles savent l'arranger avec assez d'art pour rendre ce simple ajustement susceptible de coquetterie. Comme les Tahitiennes ne vont jamais au soleil sans être couvertes, et qu’un petit chapeau de cannes, garni de fleurs, défend leur visage de ses rayons, elles sont beaucoup plus blanches que les hommes. Elles ont les traits assez délicats mais ce qui les distingue, c'est la beauté de leurs corps dont les contours n'ont point été défigurés par quinze ans de torture.

Au reste, tandis qu'en Europe les femmes se peignent en rouge les joues, celles de Tahiti se peignent en bleu foncé les reins et les fesses ; c'est une parure et en même temps une marque de distinction. Les hommes sont soumis à la même mode. Je ne sais comment ils s'impriment ces traits ineffaçables ; je pense que c'est en piquant la peau et y versant le suc de certaines herbes, ainsi que je l'ai vu pratiquer aux indigènes du Canada. Il est à remarquer que de tout temps on a trouvé cette peinture à la mode chez les peuples voisins encore de l'état de nature. Quand César fit sa première descente en Angleterre, il y trouva établi cet usage de se peindre ; omnes vero Britanni se vitro inficiunt, quod coerulem efficit colorem. Le savant et ingénieux auteur des recherches philosophiques sur les Américains donne pour cause à cet usage général le besoin où on est, dans les pays incultes, de se garantir ainsi de la piqûre des insectes caustiques qui s'y multiplient au-delà de l'imagination. Cette cause n'existe point à Tahiti, puisque, comme nous l'avons dit plus haut, on y est exempt de ces insectes insupportables. L'usage de se peindre y est donc une mode comme à Paris. Un autre usage de Tahiti, commun aux hommes et aux femmes, c'est de se percer les oreilles et d'y porter des perles ou des fleurs de toute espèce. La plus grande propreté embellit encore ce peuple aimable. Ils se baignent sans cesse et jamais ils ne mangent ni ne boivent sans se laver

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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mer 25 Fév 2009 - 9:26

Il existait à cette époque des troupes de joyeux lurons qui allaient d'île en île divertir les peuplades (nous y reviendrons) est-ce que la route de Bougainville a croisée l'une d'elle?....Ia ora na outou à toi Pierre CARABASSE,

BOUGAINVILLE : VOYAGE AUTOUR DU MONDE
Chapitre X - description de la nouvelle île, moeurs et caractère de ses habitants(suite)

Le mythe créé par Bougainville qui avait baptisé Tahiti : La Nouvelle Cythère

La polygamie paraît générale chez eux, du moins parmi les principaux. Comme leur seule passion est l'amour, le grand nombre des femmes est le seul luxe des riches. Les enfants partagent également les soins du père et de la mère. Ce n'est pas l'usage à Tahiti que les hommes, uniquement occupés de la pêche et de la guerre, laissent au sexe le plus faible les travaux pénibles du ménage et de la culture. Ici une douce oisiveté est le partage des femmes, et le soin de plaire leur plus sérieuse occupation. Je ne saurais assurer si le mariage est un engagement civil ou consacré par la religion, s'il est indissoluble ou sujet au divorce. Quoi qu'il en soit, les femmes doivent à leurs maris une soumission entière : elles laveraient dans leur sang une infidélité commise sans l'aveu de l'époux. Son consentement, il est vrai, n'est pas difficile à obtenir, et la jalousie est ici un sentiment si étranger que le mari est ordinairement te premier à presser sa femme de se livrer. Une fille n'éprouve à cet égard aucune gène ; tout l'invite à suivre le penchant de son cœur ou la loi de ses sens, et les applaudissements publics honorent sa défaite. Il ne semble pas que le grand nombre d'amants passagers qu'elle peut avoir eu l'empêche de trouver ensuite un mari. Pourquoi donc résisterait-elle à l'influence du climat, à la séduction de l'exemple ? L'air qu'on respire, les chants, la danse presque toujours accompagnée de postures lascives, tout rappelle à chaque instant les douceurs de l'amour, tout crie de s'y livrer. Ils dansent au son d'un espèce de tambour, et, lorsqu'ils chantent, ils accompagnent la voix avec une flûte très douce à trois ou quatre trous, dans laquelle, comme nous l'avons déjà dit, ils soufflent avec te nez. Ils ont aussi une espèce de lutte qui est en même temps exercice et jeu.

Cette habitude de vivre continuellement dans le plaisir donne aux Tahitiens un penchant marqué pour cette douce plaisanterie, fille du repos et de la joie. Ils en contractent aussi dans le caractère une légèreté dont nous étions tous les jours étonnés. Tout les frappe, rien ne tes occupe ; au milieu des objets nouveaux que nous leur présentions, nous n'avons jamais réussi à fixer deux minutes de suite l'attention d'aucun d'eux. Il semble que la moindre réflexion leur soit un travail insupportable et qu'ils fuient encore plus les fatigues de l'esprit que celles du corps.

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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Jeu 26 Fév 2009 - 15:26

Toujours d'après les recherches de notre historien Pierre CARABASSE
BOUGAINVILLE : VOYAGE AUTOUR DU MONDE
Chapitre X - description de la nouvelle île, moeurs et caractère de ses habitants
(suite)

Le mythe créé par Bougainville qui avait baptisé Tahiti : La Nouvelle Cythère

A mesure que nous avions approché la terre, les insulaires avaient environné les navires. L’affluence des pirogues fut si grande autour des vaisseaux, que nous eûmes beaucoup de peine à nous amarrer au milieu de la foule et du bruit. Tous venaient en criant tayo, qui veut dire ami, et en nous donnant mille témoignages d'amitié; tous demandaient des clous et des pendants d'oreilles. Les pirogues étaient remplies de femmes qui ne le cèdent pas, pour l'agrément de la figure, au plus grand nombre des Européennes et qui, pour la beauté du corps, pourraient le disputer à toutes avec avantage. La plupart de ces nymphes étaient nues, car les hommes et les vieilles qui les accompagnaient leur avaient ôté le pagne dont ordinairement elles s'enveloppent. Elles nous firent d'abord, de leurs pirogues, des agaceries où, malgré leur naïveté, on découvrit quelque embarras ; soit que la nature ait partout embelli le sexe d'une timidité ingénue, soit que, même dans les pays où règne encore là franchise de l’âge d'or, les femmes paraissent ne pas vouloir ce qu'elles désirent le plus. Les hommes, plus simples ou plus libres, s'énoncèrent bientôt clairement : ils nous pressaient de choisir une femme, de la suivre à terre, et leurs gestes non équivoques démontraient la manière dont il fallait faire connaissance avec elle. Je le demande : comment retenir au travail, au milieu d'un spectacle pareil, quatre cents Français, jeunes, marins, et qui depuis six mois n'avaient point vu de femmes ? Malgré toutes les précautions que nous pûmes prendre, il entra à bord une jeune file, qui vint sur le gaillard d'arrière se placer à une des écoutilles qui sont au-dessus du cabestan ; cette écoutille était ouverte pour donner de l'air à ceux qui viraient. La jeune fille laissa tomber négligemment un pagne qui la couvrait, et parut aux yeux de tous telle que Vénus se fit voir au berger phrygien : elle en avait la forme céleste. Matelots et soldats s'empressaient pour parvenir à l'écoutille, et jamais cabestan ne fut viré avec une pareille activité.

Nos soins réussirent cependant à contenir des hommes ensorcelés ; le moins difficile n'avait pas été de parvenir à se contenir soi-même. Un seul Français, mon cuisinier, qui, malgré les défenses, avait trouvé le moyen de s'échapper, nous revint bientôt plus mort que vif. A peine eut-il mis pied à terre avec la belle qu'il avait choisie qu'il se vit entouré par une foule d'Indiens qui le déshabillèrent dans un instant, et le mirent nu de la tête aux pieds. Il se crut perdu mille fois, ne sachant où aboutiraient les exclamations de ce peuple qui examinait en tumulte toutes les parties de son corps. Après l'avoir bien considéré, ils lui rendirent ses habits, remirent dans ses poches tout ce qu'ils en avaient tiré, et firent approcher la fille, en le pressant de contenter les désirs qui l’avalent amené à terre avec elle. Ce fut en vain. Il fallut que les insulaires ramenassent à bord le pauvre cuisinier, qui me dit que j'aurais beau le réprimander, que je ne lui, ferais jamais autant de peur qu'il venait d'en avoir à terre.

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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Ven 27 Fév 2009 - 8:01

Comme beaucoup d'entre nous, pour avoir fait TAHITI je savais pour y avoir été piqué, que contrairement aux affirmations de BOUGAINVILLE il y avait des moustiques, mais à cette époque, quand était il?.... J'ai posé la question à Pierre CARABASSE

Ia ora na outou, Voilà ce que j'ai trouvé concernant les insectes, d'après Bougainville et Morrison. Il faut savoir que plus de vingt ans se sont écoulés entre leur séjour à Tahiti.

BOUGAINVILLE en Avril 1768 :
Nous n'avons pas éprouvé de grandes chaleurs dans cette île. Pendant notre séjour le thermomètre de Réaumur n'a jamais monté à plus de vingt deux degrés et il a été quelquefois à dix-huit degrés. Le soleil il est vrai, était déjà à huit ou neuf degrés de l'autre côté de l'équateur. Mais un avantage inestimable de cette île, c'est de n'y pas être infesté par cette légion odieuse d'insectes qui font le supplice des pays situés entre les tropiques ; nous n'y avons vu non plus aucun animal venimeux. D'ailleurs le climat est si sain que, malgré les travaux forcés que nous y avons faits, quoique nos gens y fussent continuellement dans l’eau et au grand soleil, qu'ils couchassent sur le sol nu et à la belle étoile, personne n'y est tombé malade. Les scorbutiques que nous avions débarqués, et qui n'y ont pas eu une seule nuit tranquille, y ont repris des forces et s'y sont rétablis en aussi peu de temps, au point que quelques-uns .ont été depuis parfaitement guéris à bord. Au reste, la santé et la force des insulaires qui habitent des maisons ouvertes à tous les vents et couvrent à peine de quelques feuillages la terre qui leur sert de lit, l'heureuse vieillesse à laquelle ils parviennent sans aucune incommodité, la finesse de tous leurs sens et la beauté singulière de leurs dents qu'ils conservent dans le plus grand âge, quelles meilleures preuves et de la salubrité de l'air et de la bonté du régime que suivent les habitants ?


MORRISON de 1789 à 1791 :

OISEAUX: Il existe de nombreuses espèces que nous n'avons pu identifier, mais parmi celles que nous connaissons : hérons bleus et blancs (aigrettes des récifs), canards sauvages (sarcelles d'Océanie), perruches vertes (le « 'a'a » peut-être ?), bleues et blanches (perruches nonnettes ou loriquets bleus), gobe-mouches, picverts, tourterelles (ptilopes pourpres), pigeons sauvages (carpophages), un oiseau jacasseur semblable au geai, (bécasseaux gris), pluviers (pluvier doré du Pacifique), martins (martin-chasseur ou halcyon vénéré), frégates et paille en queue ainsi que des oiseaux de mer. Il existe en montagne différents oiseaux qui nous sont inconnus, entre autres un oiseau de la taille d'une oie qui est comestible. On ne les voit jamais près de la mer ni dans la plaine.
Il n'y a pas de reptiles ou d'insectes venimeux en dehors des cent-pieds et des scorpions, les premiers sont nombreux et de grande taille, les seconds petits et rares et je n'ai pas entendu dire qu'ils fussent dangereux. Les indigènes n'en font aucun cas et les manipulent comme nous manipulerions un ver de terre. Il existe deux espèces de lézards; l'une de couleur brillante a l'air innocente et inoffensive, l'autre noire ou brun sale et d'un aspect redoutable ; elles sont toutes deux inoffensives et ont rarement plus de 15 cm de long. Il y a aussi des papillons, des mites et des mouches comme ceux d'Europe. Ils ont aussi des mouches ressemblant à la mouche ordinaire mais dont la piqûre est douloureuse et qui sont très ennuyeuses. Ils disent qu'elles furent introduites par les navires de Lima (1). Les moustiques ne sont pas très gênants. Les autres insectes, tels que sauterelles, grillons, etc. sont les mêmes qu'en Europe.

(1) Deux navires espagnols avaient visité l’île en 1774 et y avaient débarqué deux prêtres qu’ils reprirent un an plus tard, à leur voyage de retour.

Pas d'image pour aujourd'hui, je n'ai pas trouvé de gravure ancienne d'insectes.
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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Sam 28 Fév 2009 - 5:13

Bonjour Claude,

Je viens de fouiller mes archives et je n'ai trouvé aucune encienne gravure représentant des insectes (excepté trois petits dessins de l'époque de Bougainville, mais ce sont des insectes de Nouvelle-Bretagne).
Il me semble avoir lu dans le livre de Morrison que lui-même et ses compagnons résidaient à la pointe Popoti (deuxiéme pointe du cap Vénus). Popoti est le nom tahitien des cancrelats ou ravet (Periplaneta americana),mais c'est aussi le nom de petits crustacés vivant dans le sable (Hippa).
Faute de mieux, je publie les photos des insectes de Nouvelle-Bretagne (îles Bismark, îles oceaniennes de la Papouasie-Nouvelle Guinée) donc très loin de la Polynésie.

insectes dessinés au cours de la relâche en nouvelle-Bretagne. Manuscrits Commerson-Jossigny (M.H.N.)
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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Sam 28 Fév 2009 - 8:11

Sous toutes réserves, en me fiant aux moyens mnémotechniques appris dans le primaire, mouche= 6 lettres donc 6 pattes. Araignée = 8 lettres donc 8 pattes. Sauf exception, les antennes ne comptant que pour du beurre, nous aurions dans ces dessins deux mouches et une araignée. Le dernier croquis ressemblant fort à un charançon, un nuisible à l'origine de nombreuses disettes et autres famines européennes entre-autre. Mais la question de datation de l'arrivée du moustique piqueur appelé aussi nono à TAHITI, n'est pas résolue et ne le sera sans doute jamais.
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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Sam 28 Fév 2009 - 12:46

SAINT ETIENNE Claude a écrit:
Sous toutes réserves, en me fiant aux moyens mnémotechniques appris dans le primaire, mouche= 6 lettres donc 6 pattes. Araignée = 8 lettres donc 8 pattes. Sauf exception, les antennes ne comptant que pour du beurre, nous aurions dans ces dessins deux mouches et une araignée. Le dernier croquis ressemblant fort à un charançon, un nuisible à l'origine de nombreuses disettes et autres famines européennes entre-autre. Mais la question de datation de l'arrivée du moustique piqueur appelé aussi nono à TAHITI, n'est pas résolue et ne le sera sans doute jamais.

Bonjour Claude,
Je vais essayer de te trouver des renseignements sur tout les types d'aedes, moustique, nono... (le nono étant une minuscule mouche piqueuse à peine visible). J'ai travaillé plusieurs années avec des entomologistes médicaux qui cherchaient à éradiquer cette peste.....
ils ont beaucoup cherché... et les bestioles sont toujours-là !!!
Je ne dois pas avoir de document mais je demanderai à mes anciens collègues de l'IRD. Idea
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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Lun 2 Mar 2009 - 10:05

Aujourd'hui à seule fin que la continuité n'engendre pas la monotonie nous allons évoquer une triste affaire survenue à Tematangi en cette fin du XVIII ème siècle . Les écrits sont toujours de Pierre "LES DERNIERS CANNIBALES

LA SARAH ANN

C'est vers cette époque que se situe un des drames les plus célèbres du Protectorat : la disparition du navire Sarah Ann.
Partie de Valparaiso au mois de mars 1856 pour les îles Gambier, où elle devait prendre un chargement de nacre, cette goélette était commandée par le capitaine Krayser, qui avait avec lui sa femme, un jeune enfant de vingt-deux mois et pour servante, une jeune fille de Tahiti. L'équipage se composait du subrécargue, M. Ehlers et de neuf marins. Trois passagers se trouvaient également à bord, M. Botcher, négociant et deux enfants, fils du capitaine Stevens de Tahiti.
En avril, la Sarah Ann avait mouillé à Mangareva où se trouvait déjà la corvette de guerre la Sarcelle. Au moment où celle-ci levait l'ancré, M. Botcher avait demandé aux officiers de la corvette de prévenir ses amis de Tahiti de leur arrivée prochaine.
Et pourtant, depuis cette date, avril 1856, jusqu'au mois de juin 1857, on n'avait plus jamais entendu parler de la Sarah Ann et tout le monde pensait qu'elle avait dû sombrer dans une tempête. Or voici que le 1er juin 1857, la goélette du Protectorat Julia jette l'ancre à Tahiti avec d'inquiétantes nouvelles. Son capitaine, M. Danhum, raconte, en effet, qu'ayant cru apercevoir des débris d'un navire sur les rivages de Tematangi, il s'en est suffisamment approché pour distinguer «des naturels, armés de lances, suivre le long de la plage la marche de sa goélette. Il reconnut flottant sur leurs épaules ou attachées à quelques arbres, des étoffes de couleurs diverses, et remarqua certains débris qui lui firent penser que ce pouvait bien être là le lieu du naufrage de la Sarah Ann. Ne voyant pas de traces d'Européens, mais au contraire des indigènes montrant des dispositions très hostiles, il prit le large, persuadé que l'équipage avait dû être mis à mort et dévoré par eux.»

LES RECHERCHES COMMENCENT
Tout de suite, le gouvernement français donne l'ordre au capitaine de frégâte M. de Peralo, commandant l'aviso à vapeur le Milan de se rendre à Tematangi et de procéder aux recherches nécessaires. Parmi les officiers du navire se trouve l'enseigne auxiliaire Xavîer Caillet, qui va être chargé par son chef de l'exploration de l'île et de la recherche des habitants. A son retour, il rédige un rapport dont voici quelques extraits :
«J'avais sous mes ordres la baleinière et le canot major armé en guerre ; ces deux embarcations, outre le personnel ordinaire, contenait un supplément de douze canaques. Pour ne pas effrayer les habitants de Tematangi, comme le prescrivaient vos ordres, tous les hommes, à l'exception de trois dans la baleinière, et de dix dans le canot major, étaient couchés avec leurs armes au fond des canots.
Nous aperçûmes sur la pointe gauche de la passe, dans un endroit sans végétation, deux tentes dont les rideaux en mousseline blanche, étaient déchirés par bandes, un peu plus loin, les restes presque fumants de deux cases formées avec les débris d'une embarcation. Tout était dans un grand désordre et indiquait qu'un drame terrible avait dû se passer sur cette langue de terre, des effets européens souillés et déchirés gisaient pêle-mêle sur le terrain, j'y ai même ramassé des cheveux ayant appartenu probablement aux victimes des cannibales.»
Le jour suivant, après avoir éprouvé quelques difficultés pour faire passer les chaloupes au-dessus du récif car la mer est déferlante, Caillet s'engage dans le lagon : «Aussitôt dans le lac, je fis mettre le cap sur les pirogues et les cases que nous avions aperçues la veille ; cette route me permettait de suivre la côte à 70 m. du rivage et par une profondeur de 5 brasses d'eau. En arrivant près des cases, d'après vos ordres, Commandant, je fis crier en canaque aux Paumotu de cette partie que je désirais avoir des relations amicales avec eux, que j'étais venu pour leur demander différents renseignements. Je leur fis même offrir du biscuit s'ils voulaient venir me parler.
N'ayant obtenu aucune réponse, je descendis à terre, accompagné de M. Wichmann et de deux canaques armés de sabres et de pistolets. Je recommandais au patron de la baleinière de se tenir à longueur de touée mais sans échouer, et les armes prêtes.

LES SOUPÇONS SONT FONDÉS
Nous aperçûmes d'abord une petite pirogue ou plutôt une baleinière à balancier. Cette pirogue faite avec des bordages épais, cousus les uns au-dessus des autres pouvait avoir environ 1 m. 30 de creux, 5 mètres de long et tout au plus 60 cm de large. A quelques pas dans les pandanus, M. Wichmann aperçut un bateau de même forme que la pirogue, mais sur un bien plus grand modèle, elle n'était pas encore achevée, malgré cela sa longueur était de 9 mètres, sa largeur de 1 m et son creux de 1 m. 50. Cette pirogue était construite avec des bordages de navire, une partie de la carène était bien doublée en cuivre et le clouage ainsi que le travail en général annonçait une main exercée, ce n'était pas l'oeuvre d'un canaque paumotu. Là aussi nous trouvâmes des morceaux de chemises en mousseline, mais sans marque, des barriques, des boites de conserves en fer blanc, du fil de caret en quantité.
Je voulais poursuivre mes recherches, mais le jour baissait et le pavillon de ralliement nous rappelait à bord, nous nous rembarquâmes sans rien brûler pour essayer de gagner la confiance des habitants qui suivaient probablement nos mouvements à petite distance.»
Les 10, 11 et 12 juin, l'expédition fouille l'atoll, tantôt à l'est, tantôt à l'ouest, mais ne découvre aucun des naufragés, ni même un habitant de l'île. Ces derniers se dissimulent et observent en cachette les étrangers. Quant aux naufragés, ils ont laissé de nombreux signes qui prouvent bien qu'ils ont dû séjourner longtemps dans l'île avant d'être massacrés :
«Dès le point du jour je descendis à terre. M. Wichmann qui, lui aussi avait pris à cœur cette expédition, me fit remarquer des traces de pas sur le rivage. Les Paumotu nous avaient surveillés pendant la nuit. La case de la veille avait disparu. Je pris toutes les précautions possibles pour ne pas être surpris pendant notre œuvre de destruction. Des oiseaux inquiets nous montraient que nous étions surveillés de près par les habitants.
Je fis faire les mêmes sommations que la veille, et aucune réponse n'ayant été donnée, je fis abattre et brûler la grande tente, démolir et jeter au feu 3 pirogues, le gui, plusieurs filets de pêche, un coffre de matelot, plusieurs barriques, des effets déchirés de femmes et d'enfants, une case faite avec des morceaux d'embarcation. Je fis mettre dans la baleinière des cheveux tressés, une boîte d'octant, un soulier de jeune homme, un bas d'enfant, un couteau de table, des outils de charpentier, un coffre de matelot et la serrure d'un autre, une cuvette de compas, un double canon de fusil de chasse etc. M. Wichmann découvrit des feuilles de code maritime allemand, un canaque m'apporta une bobine de fil blanc.»

TE MATA EINA
Comme les recherches ne donnent toujours rien et après avoir brûlé une dizaine de maisons et de pirogues, Caillet décide de retourner au Milan, non sans avoir laissé un avertissement aux habitants de Tematangi :
«J'oubliais de vous dire, Commandant, que M. Wichmann ayant trouvé sur une barrique le mot tahitien : te mata eina, eut l'heureuse idée d'écrire sur une planche placée bien en vue, ces mots en canaque : Le bâtiment de guerre français aux habitants des Iles Basses. Nous sommes venus deux fois à terre pour avoir avec vous des relations amicales, nous vous avons appelés en vain, vous n'avez pas voulu répondre. Nous avons brûlé vos cases et vos pirogues parce que vous avez attaqué le canot de la Julia. Si vous attaquez encore les embarcations qui viendront à votre lac, vous verrez paraître un navire de guerre français. Vous serez tous tués ou transportés sur une autre terre.
Enfin, Commandant, tout porte à croire que la Sarah Ann s'est perdue sur la pointe S-E de l'île Tematangi, que pendant longtemps les naufragés ont vécu en bonne intelligence entre eux et avec les Paumotu, que plus tard l'autorité du capitaine n'ayant plus été respectée, les uns auront excité les habitants, les autres forcés d'évacuer, auront suivi le capitaine et sa famille sur la pointe N-E. Là ils se trouvaient dans une position plus facile à défendre : les mutins sont venus s'établir de l'autre côté de la passe, qu'un jour, enfin le capitaine et les siens auront été surpris et probablement massacrés à l'exception des enfants que les Paumotu auront adoptés.»

LA CACHETTE EST DÉCOUVERTE
Mais l'échec de l'expédition du Milan est une chose que la mère des deux enfants qui se trouvaient à bord de la Sarah Ann, ne peut accepter. Mme Stevens loue donc la goélette Julia pour la somme de 1500 piastres ou 7500 francs de l'époque et part pour Tematangi à la recherche de ses enfants. En passant à Anaa, elle embarque pour l'aider et la protéger, si nécessaire, vingt-cinq hommes commandés par le chef Teina.
Le pharmacien Gilbert Cuzent se trouve à Papeete lors du retour de la Julia et il interroge les membres de l'équipage. Voici comment ils lui racontent leur macabre découverte :
«Arrivés à Tematangi, les indigènes pénétrèrent au milieu des fourrés de pandanus et, faisant le tour de l'île, ils se rencontrèrent sans avoir rien trouvé. Pendant ce temps le chef Teina, demeuré seul parce qu'il avait laissé aller devant les éclaireurs, se disposait à rejoindre ses compagnons, lorsque le bruit d'un caillou qui roule attira son attention. Il aperçut alors entre des blocs de coraux amoncelés une main qui travaillait à les écarter pour déblayer l'entrée d'une cavité souterraine. Les naturels de Tematangi n'entendant plus de bruit, crurent au départ des étrangers et s'apprêtaient à sortir de leur cachette.
Au cri de ralliement poussé par Teina, tous ses compagnons accoururent et l'aidèrent à se frayer un passage dans la cavité. Là, se trouvèrent seize personnes dont quatre enfants, qui furent amenés à bord de la Julia.
Des débris d'ossements humains, une chevelure blonde qu'on suppose avoir appartenu à la femme du capitaine, une moitié d'enfant desséchée au soleil et plantée au sommet d'un bâton pour servir de fétiche, des dents et des phalanges furent retrouvées dans l'île. Les crânes avaient été taillés triangulairement pour en extraire le cerveau. Beaucoup de ces débris et la chevelure blonde furent emportés à Tahiti. La Julia mouilla sur la rade de Papeete, n'ayant plus à bord que treize prisonniers, trois étant morts dans la traversée, mais rapportant la triste certitude du désastre de la Sarah Ann.»
A Papeete, dès que l'on apprend la fin tragique de l'équipage et des passagers de la Sarah-Ann, l'indignation est d'abord générale. Mais à la vue des «anthropophages» qui, enchaînés, débarquent de la Julia, la pitié remplace la colère. Les malheureux sont en effet dans un état de santé déplorable et deux d'entre eux meurent quelques jours après leur arrivée. Les autres ont les cheveux longs où fourmille la vermine, et la peau sèche couverte «d'énormes collections purulentes». Le gouvernement local comprendra bien que ces pauvres gens ne peuvent être considérés comme responsables de leur crime et ils ne seront pas condamnés à mort.
«C'est là un acte de haute humanité», conclut Cuzent, «qui honore le Protectorat de la France.»

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Les habitants de Tematangi semblent vraiment sortir d’un monde étrange, où la lutte pour survivre ne laisse place à aucun sentiment humain.

(extrait du Mémorial Polynésien – tome 2)
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mar 3 Mar 2009 - 10:24

Reprenons le cours normal avec Pierre, aujourd'hui le CODE POMARE

l'original en tahitien (en 4 fois), ensuite la traduction avec quelques explications. C'est assez "amusant", si ce code était toujours appliqué, je connais quelques élus locaux qui auraient finis aux requins (Je regrette c'est pas très lisible..).

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Je vous recommande l'article VII "De l'inobservance du Sabbat" et VII les 71 cas de "Fauteurs de troubles"
A suivre en Français.....
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mar 3 Mar 2009 - 13:15

SAINT ETIENNE Claude a écrit:
Reprenons le cours normal avec Pierre, aujourd'hui le CODE POMARE

l'original en tahitien (en 4 fois), ensuite la traduction ....Je vous recommande l'article VII "De l'inobservance du Sabbat" et VII les 71 cas de "Fauteurs de troubles"
A suivre en Français.....

Oui, ben nous allons attendre la traduction !
narguer
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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mar 3 Mar 2009 - 13:41

Il est vrai qu'il ne s'agissait que d'une photo, voici la première partie de la traduction

POMARÉ

Que Dieu a donné comme roi à Tahiti, à Moorea et à toutes les îles avoisinantes... A tous ses fidèles sujets salut au nom du vrai Dieu (te Atua mau ra. — Vrai Dieu par opposition aux Dieux indigènes).

Dans la bonté que Dieu a pour nous, il nous adresse sa parole. Nous t'avons recueillie pour notre salut. Nous voulons que l'on observe strictement ses commandements. Afin que nous suivions, maintenant, le Chemin des hommes de Dieu, nous vous faisons connaître :
LES LOIS DE TAHITI


I. De ceux qui tuent les personnes. — Les parents qui tuent les nouveau-nés et ceux qui ne sont pas nés, leurs parents ou proches parents ou d'autres personnes ainsi que tous ceux qui tuent leurs semblables, ils mourront tous aussi.

II. Du vol. [On ne précise pas mais il ne s'agit ici que des détournements de nourriture] Quand un individu vole un cochon, il devra en élever quatre : deux pour le propriétaire du porc et deux pour le roi; et s'il n'a pas de porc, il donnera une pirogue double au propriétaire et une pirogue au roi. S'il n'a pas de pirogues, deux rouleaux d'étoffe : un au propriétaire du porc, un au roi; à défaut d'étoffe, ce qu'il aura d'autre. Et il en sera ainsi pour racheter tous les vols de nourriture : le voleur multipliera par quatre l'objet réclamé, deux pour le propriétaire et pour le roi aussi deux. S'il n'a pas de biens, il devra cultiver là terre de celui qu'il a volé. Sinon pour le roi sera sa terre. Il n'aura plus la liberté de fréquenter le sentier où il avait coutume d'aller. Si le roi lui rend sa terre, elle sera rendue. S'il ne la lui rend pas, il n'en aura plus. Ce sont les juges qui diront à ceux qui ont volé, exactement, la peine pour leur mauvaise action.

III. Des porcs. — S'il pénètre un porc dans un enclos et que la nourriture y soit dévorée par ce porc, on regardera si cet enclos était en bon état; ce sont les gens de la Justice qui regarderont si l'enclos était en bon état, ce sont les gens de la Justice qui diront au propriétaire du cochon le dommage. C'est celui-ci, propriétaire du cochon, qui devra donner le prix calculé exactement, même pour la plus petite quantité de nourriture qui aura été dévorée. C'est lui aussi, alors (le propriétaire du cochon) qui devra réparer l'endroit démoli. Si l'enclos est mal entretenu et que les porcs y pénètrent facilement pour que la nourriture soit dévorée par les porcs, il ne faut pas, alors, réclamer de dommages. Si quelqu'un lance quelque chose sur le porc et lui casse une patte ou le frappe et qu'il en soit affaibli, celui qui l'a assommé le prendra pour lui. Il cherchera, alors, un autre porc de la même taille pour le donner au propriétaire du porc. S'il ne trouve pas de porc, il donnera quelque chose d'autre pour son prix et s'il n'a rien il travaillera pour la personne à qui appartient le porc. Ce sont les gens de la Justice qui lui diront son travail pour prix. S'il n'apporte pas ce qu'il doit, s'il ne travaille pas, qu'il soit chassé [c'est-à-dire expulsé de sa terre; on sait que toute terre abandonnée revenait au roi qui en disposait à sa guise].

IV. Des objets volés. — Lorsque quelqu'un vole un objet, et le conserve, s'il vient à vendre cet objet à quelqu'un d'autre et que cet autre sache que l'objet qu'on lui vend a été volé, s'il ne le déclare pas, s'il le cache, c'est voler aussi. Et c'est comme pour le vol même qu'il sera puni; et les personnes qui cachent les objets que d'autres ont volés et qui savent que ces objets ont été volés, c'est voler aussi. Comme pour les voleurs mêmes, semblable sera la punition.

V. .Des objets perdus. — Si quelqu'un trouve un objet perdu, qu'il connaisse le propriétaire à qui appartient l'objet, il doit le rendre alors à la personne à qui appartient l'objet. Si l'objet est bon, on donnera un petit quelque chose. Si c'est un objet mauvais (sans valeur) il ne faut pas alors réclamer de récompense. On le rendra simplement. Si l'on cache l'objet trouvé, connaissant ensuite son propriétaire on le cache encore, c'est voler aussi. Le taux de la punition sera comme pour le vol.

VI. Des échanges. [Nous avons ici les règles du droit commercial tahitien} — Lorsque les gens échangent ou achètent des marchandises si l'acquisition est faite avec connaissance que l'accord soit juste, l'un emportant le sien, l'autre conservant le sien. Si longtemps après on le rapporte, on ne doit pas le reprendre, si on ne le veut pas. Si la personne à qui appartient la marchandise veut reprendre la marchandise qu'on vient lui rendre, c'est à lui de la reprendre, qu'il la prenne. Si la marchandise était mauvaise, à l'achat, et qu'à l'arrivée à la maison, on s'aperçoive que cette marchandise était mauvaise, il est juste alors de la rapporter. Si la mauvaise qualité était connue à l'achat, qu'on l'emporte à la maison, et qu'on la rapporte à la personne propriétaire de la marchandise, on ne doit pas alors la reprendre. Cependant les personnes qui sont malades et à qui d'autres ont apporté la marchandise peuvent renvoyer la marchandise. S'ils la renvoient il est juste de la renvoyer, la personne qui l'a achetée ne l'ayant pas vue. Si le vendeur veut bien la reprendre, qu'il la reprenne. Il ne faut pas que ceux qui ne sont pas acheteurs déprécient la marchandise des autres. C'est mal, il ne faut pas faire cela. A ceux qui n'achètent pas à un marchand et aux vendeurs et acheteurs qui déprécient entre eux, il n'y a rien à dire.

VII. De l'inobservance du Sabbat. (Dans le Code, il y a pour Sabbat — Sabati — les dictionnaires tahitiens ne donnant aucun mot commençant par S, Sabati est devenu Tapati.) — Lorsque les gens font un travail le jour du Sabbat, c'est alors une très grande faute devant Dieu. Les travaux qui ne peuvent pas être laissés, ceux-là, alors, on peut les faire. Non pas comme celui de construire une pirogue, de faire une maison, cultiver et tous autres travaux semblables. Il ne faut pas non plus se promener au loin le jour du Sabbat. Si l'on veut aller dans une localité éloignée vers le Pasteur pour entendre la parole de Dieu, mais pour l'entendre vraiment, il est alors possible d'y aller, mais pas dans un autre but et que ce but soit bien déterminé. Si ce n'est pas dans le but véritable d'entendre la parole de Dieu, alors il ne faut pas, c'est mal. Si l'on veut y aller le Samedi, pour se rendre auprès du Pasteur, c'est alors bien.
Si des gens continuent à faire les travaux qu'on vient de défendre, qu'on leur dit de ne pas faire et qu'ils n'obéissent pas, ils travailleront pour le Roi, et ce sont les gens de la Justice qui diront le genre des travaux.

VIII. Des fauteurs de troubles. [Avec l'interprétation très large de rébellion, querelle, esprit de guerre,]
Area : à savoir :
Pour la clarté de l'article, les 71 délits qu'il sanctionne ont été numérotés, alors que dans le texte, tahitien ils se suivent, chacun, terminé par la particule ra.
[1. Area ra ia faatupu te taata i te tamai ra.] — Ceux qui poussent à la discorde.
[2. la fafau raro haere ra.] — Ceux qui font le mal, en dessous [excitent clandestinement].
[3. la taamu haere i te fatu ra.] — Ceux qui complotent contre le chef [portent des entraves à l'autorité].
[4. Te ara pofaî ra.] — Ceux qui cueillent [les fruits et les produits du sol] le long des chemins [les maraudeurs].
[5. Hufa papai ra.] — Ceux qui provoquent, en se frappant la cuisse [geste indécent, que l'on retrouve chez d'autres Océaniens, réprimé par la nouvelle religion].
[6. Te marotairi ra.] — Ceux qui s'entêtent dans la discussion [discutent avec violence].
[7. Te hie ma te oà ra.] — Ceux qui dédaignent en riant [se réjouissent du malheur d'autrui].
[8. Te orero titia ra.] — L'orateur intempestif [qui intervient d'une manière inconsidérée].
[9. Te taata mutamuta ra.] — L'homme qui bougonne [le groumeur].
[10. Te reo riirii ra.] — La voie mielleuse [l'hypocrite].
[11. Te moe apaapa ra.] — Le sommeil agité [le dormeur agité parce qu'il n'a pas la conscience tranquille].
[12. Te faaitoito ra.] — Celui qui excite la querelle [encourage au mal].
[13. Te pioi aau ra,] — Celui qui contrarie les intestins [les intestins siège des bonnes pensées et des bons sentiments].
[14. Te mata amoamo ra.]^— Celui qui cligne des yeux [dans une mauvaise intention].
[15. Te niho aati ra.] — Celui qui grince des dents [signe de la colère, avec ses fâcheuses conséquences].
[16. Te tiaouou ra.] — Celui qui remue, secoue la tête [marquant par là une désapprobation belliqueuse].
[17. Te puhi airoto ra.] — L'anguille qui se cache dans son trou pour digérer sa proie [consommation clandestine d'un produit volé. — Celui qui mange seul en se cachant. — Conduite contraire à l'usage tahitien de partager la nourriture],
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mar 3 Mar 2009 - 17:25

Ia ora na Claude,

J'adore ces 71 délits.... Cool
Ce matin je suis sous le coup du 11ème, debout à 5 heures de matin suite à un sommeil agité.
J'ai pourtant la conscience tranquille, j'espère que le roi me pardonnera... "ce sera alors fini".
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Pierre CARABASSE




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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mar 3 Mar 2009 - 17:46

Cette loi peut entraîner la mort. Les gens peuvent mourir pour l'avoir transgressée. Rendors toi Pierre
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SAINT ETIENNE Claude




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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mar 3 Mar 2009 - 22:03

Bonjour à vous tous,

Je n'ai pas l'original de ce magnifique tableau (un acheteur a été plus rapide que moi Very Happy )
Mais j'ai une copie malheureusement sabotée par un tagger ignare... Shocked

La Boudeuse et l'Etoile, bateaux de Bougainville, au mouillage d'Hitiaa

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Peinture de Gustave Alleaux
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Pierre CARABASSE




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MessageSujet: Re: Tahiti et Polynésie aux temps anciens Mer 4 Mar 2009 - 9:38

(suite 2)

[18. Te mamea matatahurî ra.]. — Le calme trompeur [celui qui simule là douceur pour tromper].
[19. Te hopoi pute ra.] — Celui qui prend le sac ou dans le sac.
Hopoi pute : hopoi, prendre; pute, anciennement nombril, centre, chose importante. Après l'arrivée des missionnaires protestants, pute, par analogie et extension, prit le sens de bourse, sac, poche, dans lesquels les nouveaux venus enfermaient leurs valeurs monétaires ou autres objets à préserver de la tentation. Hopoi pute devint ainsi et surtout défense et délit de voler de l'argent dans le sac où on le tenait.
[20. Te mata huira ra.] — Le regard fuyant [le sournois],
[21. Te paparia hoiai ra.] — Le coléreux. Te paparia hovai ra. — Les joues en feu.
[22. Te taata tuiau orero ra.] — L'homme aux discours belliqueux. -
[23. Te papai uru vaa ra.] — Celui qui tapote, frappe la proue de la pirogue [marque d'irrespect à l'autorité, l'avant de la pirogue étant l'insigne royal du pouvoir].
[24. Te tia rauti ra.] — Celui qui se dit rauti [rauti : feuille de l'arbuste ti; chant de guerre; celui qui récitait les chants de guerre. Cette fonction de l'ancienne société tahitienne devenait un délit, après la conversion de Pomaré II au protestantisme, d'où son interdiction].
[25. Te haerepo ra.] — Les promeneurs de nuit [c'est-à-dire les harepo, diseurs de traditions sacrées, récitées, la nuit, en de lentes promenades. Membres de la société des aerois, les harepo devenaient des interdits comme les rauti].
[26. Te arihi raro ra.] — Les arihi i raro [ceux dont le rôle était d'exciter à la vigilance et au courage le peuple, les grands prêtres et les chefs dirigeants. Les arihi raro faisant partie de l'ancienne classe dirigeante suivaient le sort, des rauti et des harepo dans l'interdiction réprimée],
[27. Te hee ra.] — Celui qui se faufile, passe à l'ennemi.
[28. Te rohi ra.] — L'envieux, le jaloux [te rori : losi en langue samoane avec le même sens].
[29, Te fa opu tii ra.] — Celui qui se gonfle [à l'imitation du tii dieu secondaire au gros ventre].
[30. Te faa uruai upoo ra.]. — Celui qui se monte, lève trop haut la tête [indices d'esprit séditieux],
[31, Te ta vai mania ra.] — Celui qui fait l'eau dormante," donne l'apparence de l'eau tranquille [alors que le fond est tout autre].
[32. Te faatomo hau ra.] — Celui qui essaie de taire couler [tomber] le gouvernement.
[33. Te vavahi vaa ra.] — Celui qui tente de démolir la pirogue [c'est-à-dire l'autorité dont l'insigne est la pirogue royale].
[34. Te tuati nana ra.] — Celui qui réunit des bandes, des troupes.
[35. Te haavarea ra.] — Celui qui endort, avec des mensonges [qui ment pour tromper].
[36. Te fa uta rafare ra.] — La querelle, à propos d'un fau [c'est le sens littéral de fautarafare qui contient fau ancien chef suprême et casque de guerre. Les discussions sur le fau étaient susceptibles de développer un état d'esprit à la fois renié et hostile au roi].
[37. Te haavivo parau au ra.] — Celui qui vous abuse, au son agréable du vivo [la flûte tahitienne].
[38. Te tapu taura ra.] — Celui qui coupe la corde [c'est-à-dire le lien ; rupture d'accord, de promesse, de parole].
[39. Te hahae haa pora ra.]~— Celui qui détériore Vhaapora [panier à offrandes utilisé, lors de la fête des prémices. Cette détérioration était considéré comme un manque de respect au roi].
[40. Te faarue honoa ra.] — Celui qui abandonne (viole) un accord.
[41. Te honore apaa ra.] —Celui qui arrache les vêtements de cérémonie à un dignitaire [aux pasteurs dans l'exercice du culte].
[42. Te ti hema urio ra.] — Celui qui parle mal des détenteurs du salut des gens [les pasteurs protestants].
[43. Te pito a fenua ra.] — Le lâche envers son pays.
[44. Te urutanu rua ra.] — Celui qui plante deux arbres à pain [c'est-à-dire qui a deux opinions ou deux chefs. L'article s'applique aux Tahitiens opposés aux nouvelles idées du roi].
[45. Te putii taai e ra.] — Les tresses attachées séparément. [Dans un but d'hygiène avait été imposé la coupe à ras des cheveux; d'où l'interdiction des tresses qui étaient l'ornement des cheveux longs.]
[46. Te rae hiehie ra.] — Le front plissé [signe de colère].
[47. Te mata faaneneva ra.] — L'œil de l'homme fou [simulation de tromperie],
[48. Te reo tairiiri ra.] — La voix qui frappe [le hâbleur],
[49. Te tahitohito ra.] — Celui qui parle, répond avec insolence.
[50. Te ahi tahutahu ra.] — Le feu constamment allumé, le feu du sorcier [propos incendiaires de conséquences mauvaises].
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SAINT ETIENNE Claude




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